La joie naît du barbouillage des publicités au Havre

Durée de lecture : 5 minutes

24 janvier 2012 / Collectif haut-normand d’objecteurs de croissance



« Le groupe est joyeux voire excité. C’est très gratifiant d’associer la virtualité de notre conscience politique à des actes très concrets de désobéissance civile. »


Cette action a eu lieu dans le cadre de l’action d’information sur la dette, dont le meeting-débat du vendredi 27 janvier 2012 – 18h – à la Grande Salle de Franklin, est un point d’orgue (voir sur la page web des OC). Mercredi 25, est organisé, à l’université du Havre, un porteur de parole.

Barbouillage : dégradation assumée et non violente de panneaux publicitaires sur la voie publique pour inciter à une prise de conscience des masses sur les effets néfastes de la publicité. Tout ceci est parfaitement toléré : il n’y a pas de dégradation de matériel.

En ce 14 janvier 2012, 15h, nous voilà partis pour notre premier acte de désobéissance civile. Nous sommes une dizaine à nous mettre d’accord sur quelques règles : porter un gilet jaune, avoir une carte d’identité et agir de façon non violente. L’organisation s’est déjà rodée chez les déboulonneurs de Rouen. Chacun prend un pot de blanc d’Espagne et un pinceau qui servira bientôt à peindre sur les « sucettes » (panneaux publicitaires situés sur les trottoirs) nos slogans préférés. Nous sommes divisés en deux groupes, un médiateur est désigné dans chacun d’eux. C’est lui qui parlera pour le groupe en cas de contrôle de police ou problèmes divers.

Dix minutes plus-tard, notre premier panneau est barbouillé : « La publicité nous gave ». Une petite affiche est scotchée pour expliquer notre geste. Le groupe est joyeux voire excité. C’est très gratifiant d’associer la virtualité de notre conscience politique à des actes très concrets de désobéissance civile.

Dans cette euphorie, nous tatouons notre deuxième sucette : « La publicité vous ment » puis notre troisième : « Faites l’amour pas les magasins ».

Pendant que nous contemplions notre dernier chef d’oeuvre, une patrouille de police passa par là… Pas de bol, la voiture hésita et fit marche arrière pour venir à notre rencontre. Notre médiateur alla aussitôt les voir pour expliquer notre démarche. Au départ, le ton était agressif mais les policières ne se sentant nullement agressées par notre groupe, baissèrent de ton. Puis elles sont devenues franchement courtoises. On nous a juste demandé nos papiers et nos outils de peinture. Les flics, certainement d’accord avec une partie de nos convictions, laissèrent même partir un militant avec une affiche anti-publicité alors que celui-ci affirmait la coller dans l’heure qui suivait sur une publicité dans un endroit bien visible.

Le plus drôle dans l’histoire, c’est cette charcutière qui s’insurgea auprès des policiers pour savoir qui allait nettoyer cet immonde TAG en face de sa vitrine : « Faites l’amour pas les magasins ». C’était sympa d’entendre les flics reprendre nos arguments pour expliquer à cette pauvre dame que ce n’était qu’une dégradation minime.

Après, puisque les fonctionnaires de police nous l’ont demandé, nous avons cessé notre action, en précisant bien que nous recommencerions une autre fois. Nous nous sommes dirigés vers un bistrot pour attendre l’autre groupe qui aura eu, je l’espérons-lu, plus de chance que nous.

L’autre groupe plus chanceux a pu faire toute la ballade prévue sans encombre. Tout le trajet sur le cours de la République a été un peu décevant car avec les travaux pour le tramway nous n’avons trouvé que très peu de panneaux à commenter. Mais c’est sûr, nous retrouverons, lorsque l’aménagement sera terminé, plein de beaux panneaux tout neufs à badigeonner ! Enfin c’était l’occasion de discuter … et de se plaindre qu’ « il n’y a pas assez de panneaux de pub à Le Havre » … hum !

Nous avons commencé à la gare. « Chanel n° ? : Sentez bon pour la fin du monde ! ». Des jeunes filles à l’arrêt de bus cherchent avec nous des slogans à mettre sur une affiche à dominante verte… mais nous sommes exigeant et souhaitons un slogan sur le capitalisme vert et là c’est beaucoup demandé ! « le capitalisme repeint tout en vert ». Nous avons évité de peinturlurer les affiches du Volcan : décision unanime ! On ne touche pas à la culture. Quoique… Nous avons tout de même craqué sur les affiches du festival de Mr le Maire… Au passage nous n’avons pas pu résister à décorer la vitrine de la LCL : « Ah Ah Ah A qui profite la dette ? »

Nous nous sommes fait plaisir sur la voie rapide, où il y a beaucoup de passage et des feux, ce qui permet, on l’espère, aux conducteurs de réfléchir en regardant les pubs pour une fois. Sur la route nous rencontrons plusieurs fois des passants qui nous encouragent.

Nous créons même un bel attroupement : 2-3 personnes s’arrêtent. Du coup, d’autres s’arrêtent aussi, puis d’autres et d’autres encore ! Peut-être une quinzaine de personnes attendent la fin de la phrase : « La pub…. parce que…. parce que ? …. parce que ?… parce que nous l’avalons bien ! »
La police passe à côté sans nous voir. Tant mieux. De toute façon sommes-nous réellement dans notre tort ?

L’autre groupe nous appelle (on s’était fait prêter un portable car aucun de nous sept n’en avait ! Ah ! Les attardés !). Ça nous glace un peu tout de même qu’ils se soient fait confisquer leur matériel… Alors on préfère aller les rejoindre, et renonçons à faire le tour des sucettes de l’Hôtel de ville et du centre commercial Coty. Nous serons d’autant plus motivés et organisés pour la prochaine fois. Nous ne renonçons quand même pas à honorer les panneaux de pub qui se trouve sur la route de nos amis.

C’est très plaisant de s’exprimer sur ce sujet. La télé ; on peut éviter de regarder les chaînes pourries par la pub. Les journaux ; on peut arracher les pages ou ne pas les lire. La radio ; on peut n’écouter que les stations sans pub (en gros France Culture)… Mais dans la rue, à part ne plus sortir …il n’y a pas grand chose à faire contre …






Source : Collectif haut-normand d’objecteurs de croissance

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