La production totale des 5 ‘majors’ du pétrole a chuté d’un quart depuis 2004

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26 février 2013 / Matthieu Auzanneau




Le cumul de la production de brut des 5 principales compagnies pétrolières internationales (Exxon, BP, Shell, Chevron et Total) a atteint un maximum historique en 2004. Depuis, il a diminué de 25,8 %.

La production totale de brut des majors était de 10,760 millions de barils par jour (Mb/j) en 2004. Elle a atteint seulement 7,981 Mb/j en 2012. La baisse est de 2,779 Mb/j en 8 ans (- 1/4).

S’agit-il du clair signal avant-coureur d’un déclin prochain de la production mondiale d’or noir, phénomène prédit depuis 1998 par d’anciens responsables scientifiques de compagnies pétrolières, issus notamment du groupe français Total ?

Les majors font toutes face à un déclin de leur production de brut amorcé par chacune avant 2007, en dépit d’un accroissement très massif de leurs efforts d’investissement, consentis à la faveur de la forte augmentation des cours du brut depuis la fin des années 2000. Total, par exemple, a vu sa production baisser de près de 20 % depuis 2007, alors même que le géant français dispose aujourd’hui d’au moins 40 % de puits d’extraction en plus ! La production de brut du groupe Total décline elle aussi depuis 2004.

Depuis 2004, le cumul des extractions des majors n’a augmenté qu’à une seule reprise, entre 2008 et 2009, de 0,13 Mb/j seulement, malgré les chiffres d’affaires sans précédent engrangés au cours des dernières années. Les contrats dits de partage de production, qui allouent une part plus importante de la production aux pays hôtes lorsque le prix du baril augmente, ne semblent pas permettre d’expliquer la baisse de la production des majors, loin s’en faut.

La part de la production de brut des cinq majors dans la production mondiale totale est passée de 13,39 % en 2004 à 9,98 % en 2011. Cette part a encore diminué en 2012.

Entre 2004 et 2011, la production mondiale de brut s’est accrue de 4 %. Mais elle n’a plus guère augmenté après 2006 : elle est demeurée depuis sur un plateau ondulant à l’intérieur d’une faible marge, inférieure à 1,25 %.

Le fort déclin des extractions des majors a été compensé par les pays de l’Opep (+ 2,189 Mb/j), essentiellement l’Irak et l’Arabie Saoudite, et par les pays de l’ex-Union Soviétique (+ 2,131 Mb/j). Dans le reste du monde, là où les majors sont avant tout implantées et occupant souvent les positions clé, la production de pétrole (hors agrocarburants) a diminué de 1,104 Mb/j, toujours entre 2004 et 2011.

En 2012, la production mondiale paraît avoir sensiblement augmenté, en premier lieu grâce au boom des huiles de schiste aux Etats-Unis ; l’ensemble des données détaillées n’est pas encore disponible (à suivre.)

Source : Energy Information Administration. Pétrole brut, NGL, bitumes & agrocarburants.

Le cas BP. Depuis 2011, le déclin de la production cumulée des majors est sensiblement amplifié par la vente à la compagnie nationale russe Rosneft des parts du groupe BP dans TNK-BP, une importante coentreprise fondée en Russie en 2003. A elle seule, la cession de TNK-BP ampute BP d’environ 40 % de sa production antérieure. Cette production a atteint son niveau record en 2005. Si ce rachat ne s’était pas produit, la production totale des 5 majors aurait encore reculé de 17,7 % en 8 ans, pour s’établir à 8,86 Mb/j en 2012. Et la production de BP aurait tout de même été en net repli.

Depuis 2011, BP a dû se séparer d’autres capitaux de production importants afin de régler la facture de la marée noire du golfe du Mexique en 2010. Dans ce cas comme dans celui de TNK-BP, c’est la nécessité d’aller chercher les sources intactes de pétrole dans des conditions toujours plus extrêmes qui aura entravé le développement de BP : le forage responsable de la catastrophe du golfe du Mexique était situé à une profondeur record ; le conflit entre les actionnaires de TNK-BP à l’origine de la cession des parts de BP portait sur l’opportunité d’une vaste campagne de forages en océan Arctique, où les échecs se sont récemment répétés pour les compagnies pétrolières.

Les « sept sœurs » ont vieilli. Exxon, Shell, Chevron, BP et Total demeurent des acteurs incontournables de l’industrie pétrolière, tant par leur extractions encore très importantes, par leurs capacités d’investissement et leur expertise technique, que par leur rôle stratégique de fournisseurs prioritaires des consommateurs des vieilles puissances industrielles occidentales. Ces majors occidentales, à commencer la plus puissantes d’entre elles, Exxon, demeurent plus que jamais aux tout premiers rangs des plus grosses entreprises privées de la planète.

Les majors ont vu le jour entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. Longtemps surnommées les « sept sœurs », elles ne sont désormais plus que cinq, au terme des méga-fusions intervenues au cours des deux dernières décennies.

Jusqu’aux années soixante, les majors anglo-saxonnes ainsi que les ancêtres de la compagnie française Total dominaient très largement la production mondiale. Le cartel des pays pétroliers de l’Opep a été crée en 1960 pour faire pièce à l’étroit cartel occulte des « sept sœurs », lequel a régné sans partage hors des Etats-Unis durant un demi-siècle.

Au cours des années soixante et surtout des années soixante-dix, à mesure que les membres de l’Opep ont nationalisé leurs champs pétroliers dans le sillage de l’Algérie, de la Libye et de l’Irak, le contrôle exercé sur la production par les majors occidentales s’est réduit.

La riposte intervenue à la fin des années soixante-dix, a grosso modo stabilisé depuis l’équilibre des parts de marché, grâce notamment au lancement de la mer du Nord et de l’Alaska. Deux zones d’extraction en fort recul depuis plus d’une décennie, du fait de l’épuisement de leurs réserves de brut.

L’Opep se contente aujourd’hui d’assurer un peu plus de 40 % de la production mondiale. Mais elle contrôle plus de 70 % des réserves prouvées de la planète.

Par conséquent, à mesure que les champs de pétrole connus s’épuiseront, la production devrait de plus en plus se concentrer dans les principaux pays de l’Opep, à commencer (ou à terminer) par l’Arabie Saoudite, ainsi que, dans une moindre mesure, en ex-Union Soviétique.

Il semble peu plausible pour l’heure que le développement des pétroles non-conventionnels et extrêmes, notamment celui des hydrocarbures de schiste dont il est beaucoup question aujourd’hui, puisse changer cet état de fait. Nous y reviendrons.






Source : Blog Oil Man

Consulter par ailleurs le DOSSIER : Pétrole et pic pétrolier

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