Les anarchistes naturiens, précurseurs de la décroissance

17 juin 2016 / François Jarrige



Qui se souvient encore du mouvement des anarchistes naturiens, fondé en 1894 ? Critiques du gigantisme industriel et de la technique, pionniers oubliés de l’écologie politique, les naturiens nous lèguent une réflexion d’une troublante actualité, tout en rappelant la violence exercée et l’aversion suscitée dès le début du XXe siècle par la croissance urbaine et industrielle.

Pourfendeurs des ravages de l’industrialisation, du mythe du progrès et de l’expansion impérialiste, ils ont milité, jusqu’à l’expérimentation concrète, pour une vie simple et frugale, fondée sur le refus des marchandises frelatées. Ils ont annoncé nombre des enjeux qui, de la déforestation à l’épuisement des ressources en passant par la pollution et la fabrication d’aliments artificiels, concernent désormais l’ensemble de la planète... Ils refusaient de se laisser enfermer dans la fausse alternative du retour aux cavernes ou de la poursuite inéluctable du développement industriel et mécanique. Ils ont tenté de dessiner une autre voie, plus simple, fondée sur la promotion de l’autonomie, sur l’entraide, sur la simplicité volontaire contre l’exacerbation des faux besoins. La critique de la modernité industrielle que révèlent leurs textes conserve toute sa pertinence, tandis que le changement climatique et l’effondrement écologique deviennent chaque jour plus patents. Face au renforcement des inégalités, de l’exploitation de la nature et de l’être humain dans un monde asservi par la marchandise, les propos des naturiens, inaudibles à leur époque, résonnent aujourd’hui comme de véritables prophéties. La décroissance et les naturiens sont tous les deux nés d’une révolte contre leur temps, tous les deux à la recherche d’une nouvelle harmonie avec le monde. Comme eux il y a plus d’un siècle, la décroissance tente aujourd’hui de s’opposer aux idéologues de la modernisation forcenée.

En une passionnante introduction et un choix de textes particulièrement éclairant, François Jarrige invite ici à la redécouverte de ce mouvement porteur d’idéaux et de craintes qui demeurent plus que jamais les nôtres.

Les auteurs réunis dans cette collection dirigée par Serge Latouche constituent les racines de la pensée politique de la décroissance. L’apport des anarchistes naturiens à cette pensée est présenté ici par François Jarrige ; la seconde partie de l’ouvrage est composée d’extraits qui offrent un accès direct à son œuvre.


- Gravelle, Zisly et les anarchistes naturiens contre la civilisation industrielle, introduction et présentation des textes par François Jarrige, Le Passager clandestin, 108 p., 8 €.

Source : Le Passager clandestin




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