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Prendre soin des sols pour transformer l’agriculture

28 septembre 2016 / Nature & Progrès



L’éditorial du numéro 109 de la revue Nature & Progrès

La crise devenue permanente de notre modèle agricole, dans laquelle un grand nombre d’agriculteurs vivent des drames, conduit inéluctablement à la nécessité de transformer ce modèle en y intégrant les paramètres agroécologiques dont il a cru pouvoir s’exonérer. De récentes études scientifiques en démontrent, avec précisions, les sérieux problèmes de durabilité. Cette transition, ainsi que les enjeux du dérèglement climatique — hautement politiques ! — sont d’une actualité brûlante. Le présent dossier montre la complexité et l’importance de la gestion des sols pour amorcer cette transformation de notre agriculture, une dynamique à laquelle Nature & Progrès prend part depuis longtemps.

Ainsi, les néo-paysans, racontés par Gaspard d’Allens et Lucile Leclair dans leur livre du même nom [1], ont changé de vie pour devenir maraîchers, apiculteurs, éleveurs, arboriculteurs… Ils veulent travailler avec le vivant, les saisons, faire vivre des territoires délaissés. Ces alternatifs parviendront-ils à donner un nouveau visage à notre système agricole ?

Ces paysans s’installant « hors cadre familial » représentent actuellement 30 % des installations. Beaucoup se tournent vers des productions maraîchères, optant le plus souvent pour des pratiques écologiques, sur de petites surfaces, des microfermes très diversifiées, avec commercialisation en circuits de proximité. C’est le profil de bon nombre de nouveaux adhérents-professionnels à Nature & Progrès !

Un travail de thèse (en cours) sur les microfermes par Kevin Morel et François Léger (INRA- Agro Paris Tech) parle de ces nouveaux installés qui portent un projet global de recherche d’autonomie, inscrivant leur activité et leur engagement dans leur territoire. Ils accordent une grande importance à la santé et à la fertilité de leurs sols. Ils privilégient d’une part variété des cultures et biodiversité pour développer leur agro-écosystème, et d’autre part travail manuel et/ou traction animale pour limiter les investissements. Nous sommes intéressés, et très curieux de connaître les résultats de ce travail.

Au Centre d’études biologiques de Chizé (79) — unité d’écologie du CNRS datant de 1968 —, une équipe mène des travaux, en grandeur réelle, sur les interactions entre environnement et production agricole. La zone-atelier de 450 km2 suivie depuis 16 ans, recouvre 15.000 parcelles, explique Vincent Brétagnolle, directeur de l’unité de recherche. L’expérience présentée cette année testait l’efficacité des herbicides et engrais azotés. Elle aboutit aux conclusions qu’une réduction d’herbicides et d’azote ne conduit à aucune baisse de rendement. Les informations recueillies sont aussi utiles pour étudier la rémanence de certains pesticides, notamment les néonicotinoïdes, suspectés d’être la cause de l’effondrement des populations d’insectes, en particulier les pollinisateurs, dont l’abeille. Qu’attendent nos décideurs, en s’appuyant sur ces connaissances, pour orienter notre système agroalimentaire vers la transition écologique ?

À propos d’apiculture, l’article de notre ami le paysan-écrivain Bernard Bertrand, paru dans le précédent numéro [2], bien que n’engageant que son auteur, a suscité bien du débat. Il nous semble donc important de rappeler que cette revue aborde des sujets de société pour qu’ils soient débattus et enrichis à l’aune de l’évolution des pratiques, des différentes connaissances, de l’expérience, etc. Avec en ligne de mire le projet de société agroécologiste et humaniste défendu par Nature & Progrès, cette revue se veut une aide à la réflexion de tous ceux qui sont susceptibles de partager cet objectif, qu’ils soient ou non adhérents à N&P. Cette réflexion ne pouvant se construire en vase clos, elle se nourrit à des sources heureusement diversifiées, sollicitant des auteurs d’horizons très variés qui l’aident à étayer les analyses qu’elle propose à ses lecteurs et sans lesquels ce support perdrait beaucoup de sa saveur et de sa richesse.

« L’utopie est l’irréalisée et non l’irréalisable » Th. Monod


- Sols vivants, planète fertile, Nature et Progrès, no 109, septembre-octobre 2016.

Source : revue Nature & Progrès, la revue de la Bio associative et solidaire, sur abonnement




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[1Gaspard d’Allens Lucile Leclair- Les néo-paysans- Le Seuil/Reporterre

[2« Les Ruches de biodiversité », Bernard Bertrand, revue N&P n°108. P 41 à 43.


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