Près de Nice, un nouveau gaspillage des terres est en route dans la plaine du Var

Durée de lecture : 3 minutes

15 janvier 2014 / CAPRE 06

Le député-maire de Nice a lancé un méga-projet de bétonisation sur dix mille hectares de la plaine du Var. Au nom de la « croissance verte ».


La Commission des Pétitions de l’Europe a retenu le 19 novembre dernier les saisines, déposées par plusieurs associations dont celle du CAPRE 06 (Collectif associatif pour des réalisations écologiques), concernant le projet d’aménagement de la Plaine du Var dans les Alpes maritimes. Cette OIN (Opération d’intérêt national) va donc faire l’objet d’une enquête de la part de la Commission Européenne.

Porté depuis 2007 par M. Estrosi, député-maire de Nice, alors qu’il était ministre délégué à l’aménagement du Territoire, ce projet, également dénommé Eco-Vallée, c’est :

- 10 000 hectares de superficie
- 450 hectares urbanisables
- 3 millions de m² constructibles
- 2,5 milliards d’investissements publics/privés.

Chiffres sidérants. Même si les termes de « croissance verte, développement durable, éco-conception, éco-exemplarité et volonté de favoriser les liens avec la nature » sont récurrents dans brochures et discours, cette Eco-Vallée est en réalité un giga-aménagement : le bétonnage massif de la plaine du Var détruisant de fait les dernières terres agricoles fertiles du département.

Quinze communes* seront impactées. Le fleuve, lui non plus ne sera pas épargné malgré son classement en zone Natura 2000 qui démontre son intérêt tant sur le plan faunistique que floristique.

Les impacts sur notre cadre de vie seront irréversibles et que dire des risques accrus d’inondation provoqués par la stérilisation des terres « éponges » ! Le Var a un régime torrentiel. Tout le monde ici se souvient encore de la crue de novembre 1994 qui par chance eut lieu un week-end, alors que la Préfecture et le Conseil Général étaient fermés et donc vides de leurs employés et visiteurs, sinon quel bilan catastrophique ! Devrons-nous compter uniquement sur la chance en matière de protection des populations ?

Et malgré tout, on accélère et bâcle les procédures (déclassement de zones inondables, PLU (Plan local d’urbanisme) de toutes les communes concernées mis en compatibilité avec le projet…). Maintenant c’est la Métropole Nice Côte d’Azur, présidée par M. Estrosi en personne, qui instruit tous les dossiers d’urbanisme.
La boucle est bouclée : je décide, j’instruis, je construis.

Et la population, qu’en dit-elle ? Encore faudrait-il qu’elle soit au courant, et l’information se fait à minima, voire en catimini pour déclencher le moins de vagues possibles.

- Pour la concertation on fait comment ?
- Oh, on s’en passera !
- Et les impacts cumulés pour l’ensemble de l’opération ?
- Qu’es aquò* ?
- Mais la zone Natura 2000 ?
- Ah, ben ça, on s’en fout !
- Restent les agriculteurs !
- On va les déplacer, comme on l’a déjà fait pour l’aéroport.
- Mais où ?
- Où ils gêneront le moins.
- Les expropriations ?
- Ça, on sait faire.
- Et pour le marché d’intérêt national ?
- Y’a qu’à l’expédier sur l’autre rive, à La Baronne par exemple. Pas de problème, on a la maîtrise du foncier, ça devrait aller comme sur des roulettes. Bon ça y est, tout est réglé ?
- Non, restent les financements…
- Les emprunts publics/privés, j’en fais mon affaire. Vous vous occupez de la pub et des maquettes. OK ?

En résumé la vraie salade niçoise. Les affairistes ont encore de beaux jours devant eux sur la Côte d’Azur !

Après avoir vainement saisi les pouvoirs publics français sur tous ces motifs, nous, CAPRE 06, nous sommes tournés vers les Instances Européennes afin de faire respecter le Droit Communautaire.


Note :

* Quinze communes : Bonson, Le Broc, Carros, Castagniers, Colomars, Gattières, La Gaude, Gilette, Levens, La Roquette sur Var, Saint Blaise, Saint Jeannet, Saint Laurent du Var, Saint Martin du Var et Nice.

* Qu’es aquò ?, expression niçoise signifiant « Qu’est-ce que c’est ? »


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Source : Courriel à Reporterre de CAPRE 06.

Photo : Cocomagnanville

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