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Tribune —

Si on envoie un singe sur la lune, peut-on dire que c’est un cosmonaute ?


Depuis plusieurs années, se tenaient dans le petit dôme du Théâtre de Roanne des lectures publiques… Ces petites formes intimes, épurées, chaleureuses, expérimentales parfois, avaient au fil du temps, trouvé leur auditoire.

Madame l’adjointe à la Culture et Madame la nouvelle directrice du Théâtre n’en veulent plus. Ces instants, là-haut, n’auront donc plus lieu.
Madame l’adjointe à la culture dans son tout nouveau bureau, maladroite et fuyante, se justifie d’abord vaguement. Puis dans un élan et une inhabituelle clarté, mesurant l’intérêt d’un bien culturel à l’aune des repères capitalistes, elle m’affirme avec l’aplomb d’un Patrick le Lay que ces lectures ne font pas assez d’audience.

Moi, je suis stupéfait… déconcerté… la démocratie moderne autorise-t-elle d’être adjoint(e) à la culture, lorsqu’on en est dépourvue ? La réponse est triste, mais oui.

Quant à Madame la directrice, elle me laisse entendre qu’il est inutile de pérenniser ce genre d’exercice, qu’il peut y en avoir, mais que trop c’est trop ! Qu’aujourd’hui, elle a été nommée directrice PRO-FE-SSION-NELLE et que c’est elle qui choisit, qui décide et que c’est comme ça. Je suis abasourdi… si l’on envoie un singe sur la lune, peut-on dire qu’il est cosmonaute ? La réponse est affreusement cynique, mais une nouvelle fois, oui.

Voilà, je lisais depuis cinq ans, là haut dans ce petit dôme. J’aurais aimé être congédié pour des raisons artistiques, mais les deux décideuses, durant toutes ces années ne sont jamais venues voir et entendre mon travail !

J’ai le sentiment que l’inconsistance politique s’accorde bien avec la misère culturelle. Licencié de chez Viboud certes, mais libre de ma parole et libre de faire entendre la parole de grands auteurs !

Dès l’automne, près des feuilles, le soir à l’heure d’un conseil municipal, je lirai La grève des électeurs d’Octave Mirbeau et Le Discours de la servitude volontaire d’Etienne de la Boétie.


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