Un Contre-Grenelle le 2 avril : pour l’écologie, contre le capitalisme vert

8 mars 2011 / Paul Ariès



« Le troisième contre-Grenelle du 2 avril haussera encore le ton, puisque nous avons maintenant assez de recul pour être certains que nous allons vraiment dans le mur. »


Un troisième contre-Grenelle est organisé le 2 avril 2011 à Vaulx-en-Velin (69) sur le thème de « décroissance ou barbarie ». Le choix de la ville la plus pauvre du département est un enjeu politique : parler d’écologie et de décroissance aux plus pauvres car ce seront aussi les premières victimes de l’effondrement environnemental, mais aussi parce que c’est auprès des plus pauvres que peuvent émerger des formes de résistance, et mieux encore la construction d’un autre monde comme l’attestent ces lieux de vie que sont les communautés Emmaus en France, le mouvement du « buen vivir » en Equateur.

Le choix de ce thème s’inscrit aussi dans un contexte doublement singulier. D’un côté, les bonnes âmes vont ânonant que croissance et décroissance ne seraient pas antagonistes…Faisons décroître ce qui est mauvais et laissons croître ce qui est bon… Les Objecteurs de croissance ont l’esprit têtu : oui, la décroissance doit être équitable et sélective, mais nous devons avoir le courage politique d’ajouter que cette décroissance équitable et sélective doit se faire pour les riches dans un contexte global de décroissance. Ce n’est pas affaire de credo mais de réalisme et de joie de vivre.

D’un autre côté, le système a choisi l’adaptation aux conséquences de l’effondrement environnemental, plutôt que de tout faire pour combattre le réchauffement lui-même. C’est pourquoi nous n’avons de cesse de dénoncer la Ministresse NKM, grande prêtresse de cette mutation en France et sa caution scientifique l’irradiant Jean Jouzel…

Le pouvoir entend faire de l’année 2011 celle de l’adoption du Plan national d’adaptation aux conséquences du réchauffement, véritable appel d’air à la technoscience. Il est assez cocasse de constater que ce type d’appels (celui de NKM comme celui de Valérie Pécresse ) « pour que la nation se rassemble derrière les scientifiques » soit justifié par les défis que sont « le vieillissement de la population, le réchauffement climatique, les menaces sur la biodiversité ou les risques de grandes pollutions »…soit un ensemble de faits qui sont tous la conséquence de l’activité des scientifiques (voir Jacques Testart, Agnes Sinaï, Catherine Bourgain, Labo planète).

Le premier Contre-Grenelle organisé en Octobre 2007 alors que tout le monde applaudissait à l’initiative Tsarkozyste… avait montré que cette OPA inamicale de la droite et des milieux d’affaires sur l’écologie était une mascarade destinée à préparer le terrain au passage à un capitalisme vert (terme inauguré à cette occasion) dévastateur.

Les faits nous ont donné raison… le Grenelle n’a satisfait que les productivistes. Le deuxième contre-Grenelle organisé en 2009 était un appel lancé à la mouvance « écolo » alors que nous voyions les premiers signes du basculement vers une écologie libérale. Son slogan : « il faut sauver l’écologie politique », était une mise en garde prémonitoire contre l’écologie libérale symbolisée notamment par les frères Cohn-Bendit. Les faits nous ont aussi donné raison.

La métamorphose des Verts est bien une mutation politique : pas plus que le banquier du FMI ne peut être un symbole de la gauche, « l’hélicologiste » salarié de TF1 et ami de Chirac ne peut être un symbole de l’antiproductivisme.

Le troisième contre-Grenelle du 2 avril prochain haussera encore le ton puisque nous avons maintenant assez de recul pour être certains que nous allons vraiment dans le mur. Nous avons longtemps utilisé une formule pour dire que nous étions déjà dans ce mur, mais que ce mur était mou c’est-à-dire que nous ne percevions pas toute la gravité de la situation et qu’en outre certains aspects de cet effondrement étaient inattendus…

Cette barbarie qui vient a maintenant un visage ou plus exactement plusieurs visages. Cette hydre est d’autant plus redoutable qu’elle dévore à la fois la Terre et l’humain. Osons le dire : la question n’est plus seulement de savoir quelle Terre nous léguerons à nos enfants, mais aussi quels enfants nous laisserons sur cette planète ravagée.

Il n’y a pas en effet un effondrement unique (énergétique ou environnemental), mais une pluralité d’effondrements (social, culturel, psychique, politique, etc) qui instaure un véritable chaos… dont on peut penser qu’il est d’ores et déjà souhaité par certains. Nous sommes véritablement sur le point de dépasser une série de seuils irréversibles en matière environnementale, sociale, politique, culturelle, psychique…

Trois exemples : l’effondrement culturel est remarquable à la fois dans la généralisation d’une « basse culture » produit des systèmes éducatifs et de la TV-écrans-Lobotomisation. L’effondrement psychique est le fait d’enfants auxquels ce monde n’offre plus la possibilité de se structurer, de grandir compte tenu de sa vitesse, de la place de la marchandise, de la machine technoscientiste, de la casse des institutions et du symbolique, sans que d’autres institutions et symboles ne semblent encore émerger. L’effondrement est aussi politique avec la crise de la démocratie dont témoignent la montée de l’abstentionnisme, et pire encore de l’indifférence mais aussi l’inanité des projets politiques et leur décalage total par rapport à l’urgence de la situation. Hervé Kempf a raison comme tant d’autres de dénoncer le péril oligarchique à droite mais aussi dans une certaine écologie, celle qui a justement aujourd’hui le vent en poupe, celle de Nicolas Hulot et de Dominique Bourg notamment.

Personne ne peut plus aujourd’hui sérieusement nier l’ampleur de la crise systémique. L’humanité va connaître le plus important changement global de toute son histoire et ceci en quelques décennies. Le choix de la stratégie du chaos est ouvertement assumé par les puissances de l’argent. Elles y voient la condition pour imposer l’adaptation de la terre et de l’humanité elle-même aux besoins du productivisme et aux nécessités du capitalisme triomphant. Le capitalisme vert veut adapter la planète aux besoins du productivisme avec notamment la géo-ingéniérie. Le capitalisme vert veut aussi adapter l’humanité aux besoins du productivisme.

Première façon d’adapter l’humanité aux plaies du système : habituer les gens à croire que le problème serait démographique, que nous n’avons donc pas à avoir de fausse pudeur à sacrifier l’Afrique avec nos agrocarburants, avec nos activités trop gourmandes en eau, avec nos émissions de CO2.

Deuxième façon d’adapter l’humanité aux fantasmes du système productiviste : la biométrie, la radio-identification (RFID), le diagnostic préimplantatoire (DPI), l’Assistance médicale à la procréation.

Troisième façon : le transhumanisme qui fait des adeptes à droite (Alain Madelin) comme à gauche (Jacques Attali) avec le passage de l’homo-sapiens au « robot sapiens » (le cyborg avec ses prothèses intelligentes ou pas), au « soma sapiens » ou « homme pharmaceutique », grand consommateur de médicaments et de substances d’amplification cognitive... afin d’agir sur la composition biochimique du cerveau et de créer sensations et croyances à volonté.

Face à ces délires mais aussi à ces possibilités, nous disons de façon solennelle : « Pas touche à la Planète ! » « Pas touche à l’humanité ! » Sachez que face à vos visées meurtrières, nous combattrons pour défendre une « Terre-pour-l’humanité ». Oui, Gaia peut se passer de nous, mais Gaia sans nous ne nous intéresse pas. Oui, le système pourrait sans doute faire vivre quelques centaines de millions de surhommes dans un univers déprécié, mais notre rêve n’est pas celui de Mad Max. Nous assumons notre humanité comme nous assumons la fragilité de la Terre.





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Source : Courriel à Reporterre.

Première mise en ligne le 28 février 2011.

Paul Ariès est directeur du Sarkophage, rédacteur à La Décroissance et auteur de La simplicité volontaire contre le mythe de l’abondance

Contact : http://www.contre-grenelle.org

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