Un anti-nucléaire critique le tout-éolien

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18 mai 2009 / Jean-Louis Gaby

Une priorité : les économies d’énergie ! Et la nécessité d’un vrai débat sur les énergies renouvelables.

Comment un écolo devient-il anti-éolien ?

Une vague anti-éolien est depuis quelques mois en train de monter en puissance dans le département de l’Allier, et elle est soutenue par quelques militants écolos antinucléaires dont je suis. Je vous situe maintenant ma démarche personnelle.

Ex-ingénieur dans l’armement nucléaire, militant antinucléaire depuis plus de 30 ans, autoconstructeur il y a plus de 20 ans d’une maison solaire bioclimatique, militant dans l’agriculture bio, les déchets, organisateur de foires bio, éco-artisan Qualisol depuis près de 10 ans, j’ai toujours été favorable aux énergies renouvelables.

Jusqu’à présent, l’énergie éolienne me semblait pertinente car c’est une énergie propre, capable de fournir une quantité très importante d’électricité, et qui pourrait permettre, en complémentarité avec d’autres énergies renouvelables, de remplacer rapidement le nucléaire.

En janvier dernier, un ami écolo de longue date est venu me demander d’épauler son association contre le projet d’implantation d’éoliennes dans sa commune, qui est proche de la mienne. Le fait d’apprendre le récent développement de projets éoliens dans notre département du nord de l’Auvergne m’a rendu perplexe car nous habitons dans la zone la moins ventée de France.

Cela m’a poussé à réaliser sur Internet une longue recherche justifiant la pertinence de l’éolien dans notre département, et là j’ai découvert en quelques jours de nombreux sites et des centaines de pages critiquant le développement de l’éolien dit industriel.

Après l’étude de notre politique énergétique nationale à travers l’examen d’environ 200 fichiers provenant du Ministère de l’Economie des Finances et de l’Industrie, de RTE (Réseau de Transport de l’Electricité), d’EDF, d’associations s’opposant à l’éolien, et d’informations glanées à l’étranger, je souligne ici les principaux éléments qui ont fait évoluer mon jugement.

Pour limiter l’effet de serre, il faut au plus vite réduire drastiquement notre consommation d’énergies

Actuellement le facteur environnemental le plus préoccupant est le réchauffement climatique (cela ressort dans les sondages,) et notre consommation boulimique d’énergie en est le principal responsable.
Début Mars 2009, le GIEC vient de réviser à la hausse ses prévisions, et un réchauffement global de la planète de 6°C est prévisible à la fin du siècle, ce qui aurait des effets dramatiques sur notre environnement.

Il est important de souligner que nous produisons annuellement en France 9 tonnes de CO2 par habitant alors qu’il faudrait très rapidement descendre à 2 tonnes, soit 4,5 fois moins pour stabiliser la concentration en CO2 de l’atmosphère, ce qui représente un challenge colossal.

Il est donc impératif de réduire drastiquement, et en seulement quelques dizaines d’années, notre consommation d’énergies fossiles.

Les mesures d’économies d’énergie ont été un échec

En France, nous ne constatons depuis les années 1990 aucune baisse significative de nos émissions de CO2.

Le « Plan soleil 2000-2006 » et les autres mesures d’économie d’énergie n’ont donc pas été efficaces, or les aides de l’Etat ont pourtant été conséquentes, surtout en crédit d’impôt.

Un exemple local, en Auvergne, le Plan Soleil 2007 ne représente que 0,03% d’économie annuelle en énergie.

Le Grenelle de l’environnement, qui propose une réduction de 20% de nos émissions de CO2 en 2020 est très timide, et dans ces conditions il faudrait au moins un siècle pour atteindre l’objectif de réduction de nos émissions de CO2.

Le Grenelle de l’environnement propose aussi un développement massif des énergies renouvelables, mais est-que ce développement est réellement pertinent ?

Les énergies renouvelables sont beaucoup moins efficaces que l’isolation

En janvier 2007, le Ministère de l’Economie des Finances et de l’Industrie annonce que le coût budgétaire brut d’une tonne de CO2 évitée est 150 (cent cinquante) fois plus élevé pour le solaire thermique que pour l’isolation thermique des parois opaques.

En 2008, une étude de l’Université de Mons montre que la première mesure à mettre en œuvre c’est l’isolation, vient loin derrière le solaire thermique puis enfin le photovoltaïque. La question sur la pertinence du photovoltaïque est débattue au Parlement Wallon.

Cette année, l’étude McKinsey prouve que l’investissement pour réduire nos émissions de CO2 est une solution immédiatement rentable pour l’isolation, et que pour la biomasse et l’éolien, elle est environ 8 fois moins coûteuse que pour le photovoltaïque.

Le programme éolien est inopérant pour réduire nos émissions de CO2

Notre programme éolien c’est l’installation de 12000 à 15000 éoliennes en 2020, d’une puissance totale de 28500MW. Il permettrait d’assurer la production d’environ 10% de notre consommation d’électricité, soit 2,5% de notre consommation totale d’énergie.

Ce programme, qui pourrait atteindre les 75 milliards d’euros, c’est nous consommateurs qui le financerons à travers la CSPE (Contribution aux charges de Service Public de l’Electricité) de nos factures EDF.

Selon l’ADEME, à son échéance, notre production totale de CO2 serait au mieux réduite d’environ 3%, mais selon l’Académie des technologies, au delà d’une puissance éolienne de 15000MW, il y aurait davantage de CO2 produit qu’actuellement car il faut bien avoir présent à l’esprit que lorsque des parcs éoliens de puissance importante s’arrêtent, la consommation d’électricité ne se réduit pas obligatoirement, et qu’alors des centrales thermiques polluantes doivent progressivement prendre le relais.

Avant de remplir un tonneau percé, il faut boucher les trous

Notre politique énergétique consiste toujours à produire davantage d’énergie : lancement de plusieurs EPR, programmes massifs d’énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque, etc.), sans trop se préoccuper d’économiser l’énergie. Il est vrai qu’il est davantage flatteur pour un ministre, d’inaugurer une centrale photovoltaïque de plusieurs mégawatts, qu’un bâtiment isolé par l’extérieur, même si les modules photovoltaïques proviennent de Chine alors que l’isolation est produite localement.

La centaine de milliards d’euros qui va être injectée dans l’éolien et le photovoltaïque serait davantage efficace dans l’isolation, mais aussi dans l’efficacité énergétique et la substitution énergétique. Sans oublier des secteurs de recherche complètement ignorés en France comme les isolants sous vide ou la micro-cogénération Stirling.

Enfin, il faudrait avoir en permanence à l’esprit que l’énergie la plus économique est celle que l’on ne consomme pas.

Voilà les principales raisons pour lesquelles je suis devenu anti-éolien, ou plutôt contre le plan éolien, car l’éolien pourrait être efficace, mais seulement dans le cadre d’une toute autre politique énergétique.



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