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Une coopérative bien vivante au Nicaragua

La révolution sandiniste avait apporté un immense espoir au Nicaragua, dans les années 1980. Malgré les péripéties de l’histoire, une coopérative agricole historique tient toujours le cap.

Le Nicaragua célèbre cette année le 30e anniversaire de la révolution sandiniste qui a mis fin à la dictature de Somosa.

Je suis arrivé la semaine dernière à Santa Rosa dans une coopérative agricole créée en 1983 suite à cette revolution et sur les terres de grands proprietaires terriens. La terre est propriété de la communauté mais une parcelle est attribuée à chacun (en usage) pour cultiver du haricot rouge, du maïs ou des légumes. Le bétail est géré en commun ainsi que les réparations de clôtures, le nettoyage etc.

Ce qui est intéressant, c est l’histoire de cette communauté. Elle a démarré sous le gouvernement révolutionnaire avec 37 familles ; aujourd’hui il y en a une centaine. Mais l’évolution est mouvementée.

Les premières années sont aussi celles de la guerre civile avec la contre-révolution. Les combats affectent particulièrement la région de Santa Rosa, beaucoup d’hommes sont mobilisés par l armée. Pourtant c’est presque un âge d’or pour la coopérative : le gouvernement (de Ortega déjà) offre un fort soutien (crédit, fertilisants, matériel, service de santé sur place...) de même que les alliés soviétiques et cubains.

En 1990, les élections mettent fin à la guerre, mais placent au pouvoir l’opposition libérale qui retire le soutien aux coopératives, beaucoup sont rachetées par les anciens grands proprietaires. A Santa Rosa on « lutte » pour « survivre » (ils le disent ainsi) et on « ne vend pas un pouce de terrain », le bétail est vendu peu a peu pour payer les forts impôts sur la terre du nouveau gouvernement. Il y a beaucoup de militantisme dans cette résistance : « Nous on est resté unis, on a continué à travailler ensemble » (contrairement aux autres).

Il faut dire qu ils ont aussi quelques avantages concrets : beaucoup de terres, des sources d’eau pour cultiver des légumes pendant la saison chaude...

Toujours est-il que, selon eux c’est la seule coopérative toujours existante dans le pays aujourd’hui (où la terre est encore commune, d’autres existent mais la terre y est individualisée) et ainsi elle serait la seule à perpétuer le mouvement lancé par le leader même de la révolution : Sandino (qui avait créé une coopérative en 1956).

Inutile de dire qu’ils ont accueilli avec plaisir la victoire du camp sandiniste (et Ortega redevenu president) en 2007. Entre autres choses, ce gouvernement a réformé la loi des coopératives et promet un nouveau soutien a condition que les coopératives respectent une certaine organisation et des règles strictes de gestion.

Du coup, branle-bas de combat à Santa Rosa : c’est l’occasion que l’on attend depuis bientôt vingt ans, l’espoir pour lequel « on a lutté » qui a permis de « survivre »... Peut-être l’impression qu ils vont être récompensés de leur fidélité à la révolution ?

En tous cas on s’organise davantage, on crée les commissions exigées par la nouvelle loi et on s’y conforme point par point. Elle est tres regulièrement citée dans les conversations. A partir de cette année, 10 % de la production de chacun seront vendus directement par la coopérative pour financer des projets communs.

Il est difficile de savoir exactement ce qui relève de la loi, ce qui est nouveau (par exemple, il existait déjà un conseil d’administration, un plan de travail, une comptabilité), et ce qui est propre à l’initiative locale. Mais ce qui est sûr, c est qu’on va plus loin qu’avant et qu’il regne une ambiance de nouveau départ, de deuxieme chance.

Pour le moment aucune aide du gouvernement n’est encore arrivée - il faut remplir les exigences pour y avoir droit. Seuls quelques programmes, internationaux principalement, aident. L’attente est grande envers ce nouveau soutien mais surtout, dans des conditions de vie difficiles (eau à l’exterieur des maisons, électricité depuis trois ans seulement, quasiment aucune machine pour le travail agricole...), çà redonne l’espoir d’une amelioration et la possibilité de s en sortir ensemble.

En tout cas c’est mon impression.

Question maintenant, l’aide attendue va-t-elle venir ? Et si non, va-t-on retomber dans une période de survie, ou bien la nouvelle organisation (qui peut aussi permettre d être plus visible des organismes d’aide internationaux), la mutualisation de davantage de ressources permettront-elle d’ameliorer les conditions de vie avec ou sans l’aide du gouvernement ?

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