Une nouvelle ligne de TGV n’est pas bonne pour l’écologie

Durée de lecture : 9 minutes

11 juillet 2009 / Franck Castets // Eliane Pibouleau-Blain

Les classes dirigeantes du Sud-ouest et de Paris rêvent du TGV Bordeaux-Espagne (dit LGV), au nom du « développement durable ». Mais ce projet est coûteux, destructeur de l’environnement, et laisse péricliter le réseau ferroviaire existant, bien plus utile aux habitants.

Une pétition contre le projet de Ligne à Grande Vitesse du Sud Ouest est lancée. Cette ligne partirait de Bordeaux et passerait par les Landes (en parallèle de l’A65) et le Pays Basque pour rejoindre l’Espagne. Un tronçon vers Toulouse est également inclus dans le projet.

Vous vous demandez certainement s’il est, aujourd’hui, bien opportun de
s’opposer à un projet ferroviaire.

Je le crois, pour ce type de projet, notamment pour son coût d’opportunité.
Ce chantier de LGV coutera prés de 15 milliards d’euros, une somme
astronomique qui ne sera utile qu’à racourcir les distances entre Paris et
le Sud-ouest pour les hommes et femmes pressés d’être à l’heure à leurs
réunions à Paris (dont je suis) ou en week end dans leur résidence
secondaire. Pendant ce temps, le réseau ferré local, celui que pourraient
emprunter tous les jours les provinciaux qui travaillent banalement à 30 km
de chez eux, celui qui permettrait de laisser plus souvent sa voiture au
garage, est en cours de détérioration, voire d’abandon, faute
d’investissement. En résumé, on parle de mettre Mont de Marsan à 3 heures de Paris, quand il en faut aujourd’hui, en transport collectif, prés de 4 pour aller à Toulouse (qui est à 225 km) et 2 pour se rendre à Pau (90 km).

Question de priorité donc, d’autant plus qu’on pourrait aller un peu plus
vite à moindre coût, en emménageant ce qui existe, sans hypothéquer le
développement du reste du réseau.

Alors, moi aussi j’ai eu un train éléctrique orange quand j’étais petit, et
les TGV c’est-vraiment-les-plus-beaux-trains-du-monde, et 1 et 2 et 3 zéro,
et le pont de Millau aussi c’est le plus beau, mais sur ce coup là, je vous
propose d’y réfléchir à deux fois. Si vous voulez en savoir un peu plus sur
les arguments développés par les associations locales, je vous ai collé
ci-dessous un texte d’une élue bayonnaise sur le sujet qui répond à un autre élu local. Quelques passages paraitront un peu byzantins à ceux qui ne sont pas familiers du contexte local, mais je crois que l’essentiel y est.

Franck Castets

………………………………….....

Texte de : Eliane Pibouleau-Blain

Conseillère municipale de Bayonne
(Opposition de gauche)

On nous promet juste du rêve

En réponse à la lettre d’opinion de Max Brisson, conseiller général.

Quand bien même nous ne savons rien de ce qui concernera notre territoire :
malgré tout, il nous propose de rêver avec lui de ce train roulant à
360 km/H, tous confortablement installés, aveugles aux paysages
traversés... Quelle belle image ! Les esprits chagrins, sensibles aux
problèmes actuels, interrogent pourtant : "Mais qui va monter dans ce
train ? Est-ce ceux qui, victimes de la crise, vont de plus voir augmenter
les impôts locaux pour cause de loi de finance 2009 attentatoire aux budgets des collectivités ?"

Près de nous, c’est Martin Malvy, président de Midi-Pyrénées, pourtant
favorables à la LGV, qui déclare : "Ce qui nous est demandé représente
trente-six mois de fiscalité pour notre région, et ce qu’on nous demande
pour ce projet, nous ne pourrons pas l’apporter ailleurs". Voilà bien une
information qui nous concerne tous :

D’autres projets seraient donc empêchés ! Et ne serait-ce pas aussi le cas
pour notre région ?

Des éléments objectifs qu’on ne nous donne pas :

Si depuis deux mois, les politiques publiques de transport sont au centre
des communications contradictoires et embarassées des élus décideurs et de
RFF, c’est bien parce que sont occultées les données objectives et les
conséquences graves du choix d’une voie nouvelle LGV ; c’est déjà un aveu que la première et insouciante décision des grands élus apporte plus
d’incertitudes que de réponses satisfaisantes aux simples besoins basiques
des habitants des régions traversées.

De l’autisme des décideurs au cafouillage médiatique actuel... Ce n’est pas
qu’une affaire d’argent !

Il y a maintenant deux ans, lorsque les élus des différentes collectivités
d’Aquitaine se sont prononcés pour ce qu’ils appellent, au PS comme à
droite, des choix de « progrès » (A65, LGV), ils ont occulté toute une part
des prévisions concernant les impacts écologiques ou financiers, ces
préoccupations terre à terre ne pouvant revenir qu’à des citoyens
rétrogradés et passéistes.

Tandis qu’entrait par une oreille la jolie idée, progressiste celle-là, du
désenclavement de la région Aquitaine et que ronronnaient déjà les lobbies
du BTP, des Transporteurs routiers et de la SNCF, les Elus locaux et
régionaux se sentaient riches de l’idée de la grande oeuvre bien dans l’air
du temps d’un transport alternatif à la voiture et marquant leur mandat :
c’était oublier que le concept de développement durable est complexe,
associant les paramètres de développement économique, certes, à ceux non
moins incontournables des coûts et des impacts sur la niche écologique
humaine.

Par l’autre oreille grésillante ou sourde entraient pourtant de sinistres
oracles diffusant de pertinentes questions qu’il eût mieux valu entendre :

-Tout d’abord, le Débat Public a soulevé l’intérêt avec le rôle actif dans
la consultation de quelques 43 associations de défense de l’Environnement,
réunies sous la bannière citoyenne du CADE ; celui-ci a mis en évidence des
chiffres erronés, contradictoires ou imprécis, concernant les bénéfices
attendus pour la région ; il en a montré le coût financier déraisonnable en
rapport avec celui de la rénovation technique possible et moins chère des
lignes actuelles ; le CADE a aussi éclairé des choix portant atteinte à la
qualité de vie dans les territoires traversés aveuglément par la LGV :
expropriations et déforestations pour un gourmand 9 hectares au Km de voie, nuisances sonores ingérables, impossibilités techniques multiples pour la grande vitesse compte tenu de la géographie et de l’habitat rencontrés, coût prohibitif du Km de voie asséchant les finances publiques, et enfin
dégradation simultanée du réseau de transport de proximité (TER/TGV sur des lignes existantes non entretenues)...

-Dès lors, les signaux d’alarme n’ont pas cessé de se multiplier depuis les
référendums populaires de Mouguerre et Ustaritz rejetant massivement le
principe de la LGV et augurant ainsi des difficultés pour convaincre les
populations du Pays Basque du bien-fondé d’un dossier dont les montages sont presque « secret défense » ou évoluent chaque jour !

* Que n’a-t-on écouté les syndicats LAB et CGT des cheminots
d’Aquitaine dénonçant l’abandon du secteur fret par la SNCF tout comme
l’entretien des lignes en service, notamment celles de proximité si prisées
entre les petites villes comme alternative à la voiture ? C’est ainsi que
l’on peut annoncer aujourd’hui sans sourire qu’on va recourir au diesel sur
Bayonne / Cambo, et à l’autobus jusqu’à St Jean Pied de Port, faute
d’entretien programmé de la ligne !

* Pourquoi n’avoir pas entendu les échos provenant des lignes TGV
attestant que le fret n’y effectuait pas un bon report modal ?

Les bilans montrent que la LGV, à cause de l’option de l’autoroute
ferroviaire (camions sur trains courts) ne peut apporter la solution
attendue concernant les murs de camions si dangereux : en terme de capacité de tonnage, elle est moins rentable que le combiné (containeurs sur trains longs), ce report modal passant plutôt par le possible réaménagement à moindres frais des lignes existantes loin d’être saturées... Et pourquoi par
ailleurs les élus décideurs ne s’attellent-ils pas à l’encadrement
raisonnable des transports de produits en fonction des lieux de production
et de consommation : ne serait-ce pas là un vrai enjeu pour la région ?

* Qu’a-t-on fait du passionnant rapport de la Cour des Comptes ainsi
que des apports du député UMP Mariton, avertissant du gaspillage à venir et
conseillant de renoncer à la LGV Aquitaine si on n’a pas d’abord entretenu
l’existant ?

"Plutôt que de construire des LGV, on pourrait rénover les aiguillages
dont certains datent de 1914" résume ainsi la Cour.

* Pourquoi ne veut-on pas entendre l’établissement public RFF qui
prévoit l’impossibilité de rouler à plus de 220 Km/H compte tenu de l’usure
prématurée, à grande vitesse, du matériel roulant et des caténaires, et
signalant par là même les coûts énormes d’une impossible maintenance pour l’avenir de la LGV.

Par ailleurs le coût des premières LGV n’est pas encore amorti,
l’augmentation des coûts approchant les 40% sur les prévisions, RFF est très endetté (environ 26Mds euros) et estime que le réseau classique ne doit pas « être sacrifié sur l’autel de la grande vitesse ».

*Alors que l’on justifie la LGV par l’ambition d’un axe
Bruxelles/Madrid, comment ignorer le constat européen récent (rapport
Davignon) « qu’une vision commune n’existe pas actuellement » et qu’il n’y a
pas de cohérence technique dans les infrastructures ; et pourquoi ne pas se
souvenir que, la crise actuelle frappant les économies, l’Espagne renonce
aujourd’hui à la mise aux normes européennes de l’écartement des voies TGV, condition sine qua non du projet européen pour le fret !

Les Elus de la région qui s’expriment aujourd’hui avec véhémence sur la
répartition des financements, sont aussi ceux qui n’ont pas bougé quand le
choix d’une ligne nouvelle passant par l’est des Landes, la plus
destructrice et la plus coûteuse, s’est dessiné en fonction des chiffres,
erronés, présentés par RFF ; on s’étonne ainsi de la rétention d’information,
alors qu’elle a toujours été organisée pour que les populations ne puissent
contrarier le projet avant l’engagement définitif des communes... Le
financement n’est pas seul en cause : c’est tout un territoire et sa qualité
de vie qui seront impactés.

Cette situation objective, dans un contexte de baisse de pouvoir d’achat et
de décroissance, justifie à elle seule que les élus examinent de près les
réels besoins de transport d’une population dont la préoccupation ne sera
pas forcément de monter dans un train rapide... Aujourd’hui, puisque le
délai est reporté à fin janvier, proposons aux élus d’organiser une
consultation citoyenne avant d’engager les finances publiques pour des
années.

A défaut, les habitants du pays seront-ils juste conviés à emplir leur
regard de rêve en voyant passer les trains rapides alors que se vide le
porte-monnaie collectif ?

On peut gager que leur pensée ira alors à leurs propres galères de
déplacement et de stationnement lors des transports quotidiens, tandis
qu’ils contempleront, le dimanche, les paysages dévastés par ce chantier de plus d’une décennie.



Source du texte de Franck Castets  : Courriel à Reporterre

Site de Eliane Pibouleau-Blain : http://unregard64.canalblog.com/tag/LGV

La pétition contre la LGV : http://www.reporterre.net/spip.php?...

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