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A Trouville, Gérard Depardieu fait détruire un site naturel

21 janvier 2013 / Michel Vincent


Depuis ses origines, Trouville doit son charme et sa popularité à son mariage harmonieux avec la campagne et la mer.

Il y a peu encore, la ville avait su sauvegarder cette délicate osmose. Un de ses joyaux était le vallon de Callenville, dont la nature champêtre venait dispenser ses bienfaits jusqu’au centre de la cité, à deux pas de la place du Pont, où une ferme-camping permettait à une clientèle populaire de savourer, après les plaisirs de la plage, un verre de lait frais.

Un peu plus haut, un artisan horticole venait renforcer cette alliance ancienne entre le paysan et le citadin. Au cœur du vallon, parmi quelques rares et discrètes villas, une autre ferme bocagère abritait d’un écrin de haies vives une petite route qui serpentait parmi des prairies plantées de pommiers, où paissaient paisiblement des vaches et leurs veaux.

Ce paysage typiquement normand, façonné par des générations de fermiers, abritait alors une faune et une flore d’une richesse exceptionnelle. Au printemps, près des chemins creux, bordés de hauts talus où fleurissaient la jonquille et l’aubépine, les mares s’animaient des ébats des grenouilles, des tritons et des premières libellules.

Puis, l’éclosion d’une arche d’insectes, scarabées, hannetons, coccinelles, faisait le bonheur de la musaraigne, de l’orvet, du hérisson et d’un orchestre d’oiseaux dont les arbres creux, trognes ou têtards des haies, abritaient les couvées. Plus tard, à la lisière de l’été et du jour, la marche du promeneur, se gorgeant des parfums d’herbes et de fleurs, n’était guère distraite que par le bourdonnement d’un lucane cerf-volant ou le hululement vibrant d’une chouette hulotte, cachée dans le lierre touffu d’un vieux chêne.

Hélas, ces dernières années, cet endroit paisible et préservé a bien changé.

Les prairies du camping et le jardin horticole, vendus à des sociétés immobilières, ont laissé la place à des immeubles et lotissements plutôt luxueux, inaccessibles à la clientèle modeste et joyeuse, jeune souvent, qui savait l’apprécier.

Le bocage fermier, peu favorisé et entretenu, a vu décroître son élevage, s’assécher ses mares, remplacées par des abreuvoirs métalliques, dépérir ses haies, alors que le calme chemin voyait rapidement croître un trafic automobile favorisé par l’implantation sur le plateau proche d’une zone d’activité industrielle et d’un onéreux lycée privé.

Or, à la lecture d’un récent P.L.U.[Plan local d’urbanisme] ( ex-P.O.S.[Plan d’occupation des sols), au langage technocratique alambiqué et aux cartes illisibles, et à la vue des actuels travaux et bouleversements qui se déroulent Chemin de Callenville, il semble bien que les élus de Trouville y aient donné définitivement carte blanche aux aménageurs privés, c’est à dire aux bétonneurs et pollueurs les plus boulimiques.

Comment peut-on comprendre en effet que la Municipalité ait accordé à Monsieur Gérard Depardieu, acteur au talent gargantuesque déjà co-propriétaire d’une spacieuse villa du vallon et grand dévoreur de terres de la Belgique à l’Oural, le permis de construire en un territoire fermier - qui conviendrait beaucoup mieux à un jeune producteur de légumes et fruits biologiques, ou de fromage cherchant à s’établir en AMAP aux portes de la ville - une immense et prétentieuse gentilhommière de deux étages qui restera probablement fermée la plupart du temps et colonisera durablement le paysage ?

Le chantier de la villa de M. Depardieu

Comment peut-on comprendre que l’on puisse laisser construire un peu plus haut par un promoteur spécialisé, une maison de retraite pour clientèle aisée dans une région qui n’en manque pas et qui pourrait récupérer, en bord de Touques, une partie des vastes terrains enlaidis par une profusion de hangars commerciaux, de routes et de parkings ?

Il me semble que si Trouville veut retrouver son attrait et son charme, elle doit s’orienter vers un statut de « ville en transition », véritablement écologique, en associant plus que jamais à ses atours touristiques, parfois envahissants, le paysan, l’artisan, le pêcheur et l’artiste, et en faisant refluer rapidement l’invasion marchande et automobile au profit de productions locales de qualité et de transports en commun propres, sobres et silencieux.

Dans cette optique, le respect du vallon de Callenville, dernier havre de nature bocagère, serait un signe majeur de la clairvoyance enfin restaurée de nos élu(e)s.

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Raoul Dufy, Les affiches à Trouville, 1906

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Précision de Reporterre : Au croisement du chemin Vert et du chemin de Callenville, sur les hauts de Trouville, Gérard Depardieu fait construite une grande villa dont la réalisation entraîne la destruction d’une partie importante de la colline. Les travaux ont commencé à l’automne 2012. Le dossier est suivi par l’association des Amis de Trouville, Hennequeville et Villerville. Tel : 02 31 98 58 21.




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Source : Courriel à Reporterre

Photo :
- Chantier : Terra Eco
- Dufy : Centre Pompidou

Cartes : Google Map.

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