En limitant les data centers, New York lance un mouvement aux États-Unis
L'État de New York a prononcé un moratoire d'un an sur la construction des plus gros data centers (photo d'illustration). - © Aerovista Luchtfotograpfie / ANP MAG / AFP
L'État de New York a prononcé un moratoire d'un an sur la construction des plus gros data centers (photo d'illustration). - © Aerovista Luchtfotograpfie / ANP MAG / AFP
Le moratoire prononcé par les autorités de l’État de New York porte un coup d’arrêt à la construction de nouveaux centres de données, pour une durée d’un an. Une première historique, sûrement loin d’être la dernière.
Aucun nouveau centre de données de plus de 50 mégawatts pendant un an. La gouverneure de l’État de New York, Kathy Hochul a prononcé dans un décret exécutif un moratoire sur les data centers, dont la taille moyenne, en croissance constante, est de 40 mégawatts. Cette décision, un signe d’espoir pour les acteurs de la résistance aux « dirty data centers » (« centres de données sales »), pourrait faire office de détonateur, dans le pays qui abrite le plus grand nombre de centres de données au monde.
Ces hangars immenses — qui s’étendent sur des surfaces allant jusqu’à 93 000 m2 — stockent sur des serveurs toutes les données numériques produites à l’échelle planétaire, dont le volume a été multiplié par dix en dix ans. L’ouverture au grand public des robots conversationnels et des générateurs de vidéos et d’images, regroupés sous le nom d’intelligence artificielle générative, a précipité les grandes puissances dans une course à la construction de nouveaux entrepôts de ce genre, toujours plus voraces en terres, en eau et en énergie électrique.
Contestation populaire
Mais leurs coûts écologiques et sociaux, documentés par des chercheurs et des organisations internationales, ont nourri une contestation populaire d’ampleur au sein de plusieurs pays du Nord. Cette vague a conduit à la suspension de tout nouveau centre de données jusqu’en 2030 sur le territoire d’Amsterdam, aux Pays-Bas. Les États-Unis de Donald Trump n’y échappent pas, et la décision de l’État de New York laisse espérer le début d’une série d’autres suspensions ailleurs dans le pays.
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Dans treize des États fédérés au moins, des projets de loi ont été introduits pour instaurer un moratoire sur les centres de données. Les suspensions proposées par ces textes vont dans la plupart des cas d’un à trois ans, dans ces États majoritairement démocrates (Virginie, Pennsylvanie), mais qui comprennent aussi des territoires qui votent républicain depuis des décennies (Caroline du Sud, Géorgie).
Certains vont même plus loin. En Caroline du Sud, le texte en cours d’étude prévoit carrément d’interdire toute autorisation locale de centres de données, jusqu’à ce que le Parlement de l’État adopte un cadre de « processus complet de contrôle et d’approbation ».
Les États trumpistes veulent plus de data centers
Dans l’Ohio, État gouverné par le Parti républicain depuis 2011, l’organisation citoyenne Conserve Ohio est allée jusqu’à proposer l’interdiction par amendement constitutionnel de tout nouveau centre de données. Le nombre de signatures nécessaires pour que la pétition donne lieu à un vote référendaire n’a pas été atteint en 2026 (70 000 quand il en fallait 413 000), mais l’initiative a été remise sur la table pour 2027.
À l’inverse, plusieurs États de l’ouest du pays, souvent à majorité électorale trumpiste, ne prévoient toujours aucune règlementation. Propices au développement tous azimuts de nouveaux centres de données, leurs « qualités » géographiques, économiques, politiques, et parfois même climatiques, sont vantées par des outils de veille d’une grande précision sur les évolutions législatives, développés par des entreprises de la tech étatsunienne... parfois grâce à l’IA.
D’après des données issues de l’un de ces outils, le US Data Center Moratorium Tracker, développé par l’entreprise Interconnected Capital, Reporterre a pu vérifier un moratoire effectif décrété à l’échelle du comté — l’échelon territorial entre l’État et la ville — dans 42 collectivités du pays, sur les quelques 3 000 qu’il compte au total.
A l’échelle nationale, un sondage de l’institut Gallup publié en mai montre que 7 Étatsuniens sur 10 s’opposent à la construction de centres de données au sein de leur communauté. Les principales critiques émises sont les coûts pour la santé, l’affectation de superficies démentes du territoire à leur construction, les disparités raciales qui les accompagnent souvent — les data centers sont souvent implantés près de quartiers à majorité noire — et, enfin, leurs conséquences écologiques.
Les citoyens en première ligne
Dans une étude publiée en avril, trois chercheurs du Massachusetts Institute of Technology et de l’université du Michigan démontrent les répercussions politiques de cette opposition populaire transpartisane. Selon eux, la décentralisation du gouvernement américain fait que bon nombre des acteurs les plus influents pour le développement des centres de données « sont, et resteront, les élus locaux et les habitants ».
Ils remarquent ainsi que le nombre de réunions locales consacrées aux centres de données a été multiplié par 10 entre 2023 et 2026. Dans les prises de parole en assemblées locales, ils notent que l’opposition aux centres de données émane davantage des citoyens que des élus locaux, qui finissent par se ranger à leurs côtés. Face au backlash ultratechnologiste, les villes et les comtés étatsuniens forment ainsi les premiers bastions de résistance.
En France aussi, des organisations locales et des élus de gauche ont appelé à un moratoire d’ampleur nationale, en avril, dans le contexte de la loi sur la simplification de la vie économique. L’amendement proposait des modalités très exigeantes, limitant à 2 000 m2 ou 1,5 mégawatts les installations, mais a été rejeté en commission. Un rapport parlementaire, publié le 15 juillet, a dénoncé le soutien « effréné » du gouvernement à ces projets.