Data centers : le soutien « effréné » du gouvernement dénoncé dans un rapport parlementaire
Visite de DATA4, un data center situé à Marcoussis, au sud-ouest de Paris. - © Bastien Ohier / Hans Lucas via AFP
Visite de DATA4, un data center situé à Marcoussis, au sud-ouest de Paris. - © Bastien Ohier / Hans Lucas via AFP
Durée de lecture : 3 minutes
Une commission d’enquête a calculé que la puissance développée par les data centers pourrait monter, en environ cinq ans, à 15 gigawatts (15 000 mégawatts, MW), soit l’équivalent de « 24 % de la puissance nucléaire française ». Cela représenterait un « risque d’accaparement de la production électrique par des opérateurs extra-européens et principalement par les hyperscalers », dédiés à l’IA. La plupart ont été contractualisés en 2025 et 2026.
Menée par la rapporteuse Cyrielle Chatelain, cheffe du groupe écologiste à l’Assemblée, et présidée par le macroniste Philippe Latombe, la commission a produit un long rapport sur le secteur numérique, rendu public le 15 juillet.
Lire aussi : Près de Bordeaux, bientôt un surf park à 50 kilomètres de l’océan ?
Le texte dénonce un « laisser-faire » qui résulte en une « domination des Gafam [l’acronyme de Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft] sur le monde numérique européen », et notamment sur le développement de data centers. Le pays hébergeait déjà 352 centres de données en 2024, selon l’Ademe, l’agence de la transition écologique, mais nombre de projets sont dans les cartons, avec des demandes de raccordement au réseau électrique RTE.
« Dans les scénarios de plus long terme, les trajectoires de consommation du secteur des data centers pourraient atteindre autour de 50 terrawatts (TW) à l’horizon 2050, contre 8 TW à ce jour », note la commission.
Lire aussi : Un lobbyiste demande à l’UE d’abandonner ses objectifs climatiques au profit de l’IA
Les rapporteurs ont aussi identifié le risque d’héberger « un volume considérable de données personnelles » dans ces data centers soumis à « l’extraterritorialité du droit ». Ainsi, « les citoyens et entreprises risquent de ne plus être protégés par les législations française ou européenne ».
« Les multinationales font tout pour ne pas payer d’impôts »
« Oui, [les centres de données] créent de la valeur, mais pour qui ? », interrogeait Ophélie Coelho, chercheuse associée à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste des usages du numérique, lors de son audition. « Assez peu pour les pays européens qui les accueillent, car les grandes multinationales font tout pour ne pas payer d’impôts. […] En termes de valeur nette, nous sommes plutôt clients : nous leur donnons de l’argent tout en acceptant que leurs infrastructures puisent dans les ressources de nos territoires, que ce soit l’énergie ou l’eau. »
Les data centers sont « loin d’être neutres pour l’environnement », souligne la commission, qui liste entre autres la consommation de foncier, la pollution atmosphérique liée au fonctionnement des générateurs de secours, l’utilisation de fluide frigorigène contenant des PFAS pour le fonctionnement des groupes froids et la création d’îlots de chaleur urbaine.
Lire aussi : Data centers, un immense gâchis de chaleur
Malgré tout, le gouvernement mène une « politique de soutien effréné au développement des projets », regrette le rapport.
En février 2025, Emmanuel Macron avait annoncé 109 milliards d’investissements privés attendus pour leur implantation sur le territoire, la plupart en provenance des Émirats arabes unis. Plusieurs sites bénéficient d’une réduction des délais de raccordement électrique, et 65 emplacements ont été identifiés pour faciliter la recherche de foncier. Un soutien « tous azimuts, sans aucune prise en compte du profil des futurs exploitants des capacités construites », estime la commission.