T-shirt technique, mouillé ou en lin : ces vêtements qui peuvent nous rafraîchir
Canicule à Paris, le 30 juin 2026. - © Ludovic Marin / AFP
Canicule à Paris, le 30 juin 2026. - © Ludovic Marin / AFP
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Textiles rafraîchissants, lin et laine mérinos, t-shirt mouillé... Certains vêtements peuvent nous rafraîchir lors des fortes chaleurs. Des solutions plus ou moins onéreuses et écologiques.
Si vous suivez le Tour de France, vous avez peut-être vu Tadej Pogačar ou Paul Seixas revêtir un gilet un peu particulier sur leur maillot, avant ou après les étapes. Objectif : abaisser la température de leur corps. Même tendance chez les footballeurs lors des entraînements de la Coupe du monde, en pleine canicule aux États-Unis. Adidas, l’un des équipementiers phares de la compétition, a mis à disposition de plusieurs équipes un gilet refroidissant, combiné à une veste isolante.
Le principe est assez simple : ces vêtements contiennent un matériau à changement de phase (PCM) qu’on place au congélateur ou dans de l’eau glacée afin qu’il se solidifie puis, au contact de la chaleur de notre corps, il se liquéfie et crée une évaporation. Ces habits miment ainsi notre mécanisme de thermorégulation, explique Hervé Di Domenico, enseignant-chercheur en sciences du sport : « En tant que mammifères homéothermes [à sang chaud], on lutte en permanence pour que notre corps reste aux alentours de 37,5 °C. Et pour dissiper la chaleur, le mécanisme le plus efficace dont on dispose, c’est la transpiration, c’est-à-dire l’évaporation de notre sueur. »
De la poussière de jade
Outre les sportifs, de plus en plus de professionnels ont recours à ces textiles techniques, notamment dans les métiers du bâtiment, particulièrement exposés aux effets des canicules. À Paris, la RATP en propose également depuis 2024 aux conducteurs de ses métros non climatisés. Mais avec les canicules à répétition, c’est désormais vers le grand public que regardent les marques de plus en plus nombreuses à se positionner sur ce marché porteur. Elles s’adressent tant aux sportifs du dimanche, aux enfants qu’aux personnes ne supportant pas la chaleur.
Ainsi, G-Heat, l’une des entreprises françaises précurseures sur le sujet, propose via Decathlon une serviette rafraîchissante dotée de la technologie Jadecool, comme nous l’explique Romane Benderradji, sa responsable communication. G-Heat a mis au point un textile qui incruste dans ses fibres de la poussière de jade, « un minéral qui a la propriété de transférer la chaleur vers l’extérieur ».
L’utilisateur doit immerger le vêtement (ou la serviette) dans l’eau, l’essorer et le secouer d’un coup sec. « Le fait de claquer le tissu va activer les cristaux par flux d’air. Ils vont évacuer le surplus de chaleur à la surface de la peau vers l’extérieur et donc permettre au corps de ne pas être en surchauffe », assure Romane Benderradji.
G-Heat propose aussi des t-shirts et shorts avec un maillage spécifique qui permet de « créer une sorte de circuit d’air sur la peau pour évacuer la sueur » ainsi que des gilets et des casquettes dotées d’une fibre polymère « hautement absorbante ».
Technifresh, autre société française, propose elle aussi vestes, gilets, protections pour la tête — et même manteaux pour chiens — conçus avec des fibres dont la puissance de rafraîchissement serait « jusqu’à 1,5 à 2 fois supérieure aux principales fibres du marché », écrit la société sur son site. Le secret : des fibres permettant d’absorber « plusieurs litres d’eau par m² » et qui procureraient « une sensation de fraîcheur de l’ordre de -10 à -15 °C par rapport à la température ambiante », avec une durée d’efficacité de 5 à 10 heures.
Des technologies innovantes qui ont un coût
L’efficacité de certaines de ces technologies a été confirmée au travers d’études dans le milieu professionnel, notamment celle menée par l’Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail (INRS) en 2023 dans une entreprise de chauffage urbain. Elle concluait que « le gilet rafraîchissant [celui utilisé était le CryoVest Industry à changement de phase] apparaît comme un moyen de réduire les astreintes cardiaque et thermique des salariés, tout en améliorant leur confort ».
L’utilité de ces vêtements est aussi reconnue dans le sport, dit Hervé Di Domenico, même si les effets se limitent parfois à la seule perception thermique (confort et sensation). « Même un effet sur la seule perception est déjà important, car la performance sportive n’est pas que physique, elle est aussi cognitive », estime celui qui est également responsable du master Accompagnement scientifique de la performance au sein de l’Institut national de sport, de l’expertise et de la performance (Insep).
Mais face à une offre croissante d’un marché qui n’en est qu’à ses prémices, le consommateur est pour l’heure bien en peine de juger de l’efficacité des diverses technologies proposées et des propriétés alléguées. D’autant que ces solutions ont un certain coût. Si la serviette G-Heat était vendue 9,90 euros via Decathlon (elle est en rupture de stock), il faut compter, selon les marques, entre 40 et 80 euros pour un t-shirt et entre 50 et 150 euros pour un gilet ou une veste.
Le lin et la laine mérinos
Sans aller vers ces tissus très innovants (et pas très saillants, il faut le dire), vous pouvez aussi gagner en confort en optant notamment pour des coupes amples laissant circuler l’air sur la peau et pour des matières naturelles respirantes, explique à Reporterre l’Institut français du textile et de l’habillement (IFTH) : « C’est notamment le cas de la fibre de lin, qui est une fibre dite “creuse” qui permet à l’air de circuler, de sécher plus rapidement la sueur, et d’offrir un effet plus “rafraîchissant” qu’une fibre de polyester simple, par exemple. »
La laine mérinos est aussi réputée pour bien gérer la chaleur et l’humidité, car elle absorbe l’humidité sans donner la sensation de froid sur la peau et sans développer de mauvaises odeurs. Elle revient d’ailleurs en force au rayon des vêtements sportifs, parfois mélangée à des fibres synthétiques pour gagner en élasticité et rapidité de séchage.
Quant au coton, il absorbe très bien l’humidité mais sèche difficilement, ce qui crée une sensation d’inconfort : il est lourd et colle à la peau. Il peut cependant devenir la solution s’il est tissé selon une structure en 3D qui va créer de la « microventilation », détaille l’IFTH, qui donne l’exemple du seersucker. Ce tissu 100 % coton d’origine indienne a une texture gaufrée grâce à un tissage alternant fils tendus et fils lâches, qui laisse passer l’air et est parfaitement adapté aux périodes de chaleur.
T-shirt mouillé, la solution ultime
Enfin, face à l’urgence de continuer à vivre malgré la canicule, la solution peut aussi être bien plus pragmatique, estime Pascal Lenormand, ingénieur spécialiste en design énergétique. « Si on veut refroidir son corps, il faut faire de l’évaporation. Pour ça, il faut se mouiller, mouiller ses cheveux et mouiller ses vêtements. On peut vivre en t-shirt mouillé, avec des shorts mouillés », assure celui qui a diffusé plusieurs tutos sur les réseaux sociaux lors de la canicule de juin, notamment sur l’astuce des couvertures de survie aux fenêtres. Il reçoit des témoignages de plus en plus nombreux de personnes « qui détrempent leur t-shirt avant de partir à vélo au travail et qui se remouillent en arrivant au bureau ».
Selon lui, il faut surtout trouver le bon vêtement, celui qui une fois mouillé ne va pas trop coller à la peau, ne pas être transparent, etc. « Il faut tester avec différentes matières. Je recommande surtout le coton car il absorbe plus d’eau et refroidit donc pendant plus longtemps. » À chacun et chacune de trouver sa tenue et son propre curseur vestimentaire.