La pompe à chaleur vaut-elle le coup ? Les 4 choses à savoir avant d’investir
Des ouvriers transportent une pompe à chaleur avant de l'installer dans une maison à Saint-Didier (Vaucluse), le 2 octobre 2023. - © Damien Meyer / AFP
Des ouvriers transportent une pompe à chaleur avant de l'installer dans une maison à Saint-Didier (Vaucluse), le 2 octobre 2023. - © Damien Meyer / AFP
Durée de lecture : 10 minutes
Le gouvernement met le paquet sur les pompes à chaleur. Si ce mode de chauffage s’avère très performant, il comporte toutefois des limites à connaître. Efficacité, coût, installation... Reporterre fait le point.
En avant toute sur la pompe à chaleur ! C’est en substance la consigne donnée par le gouvernement dans le cadre de son plan d’électrification présenté dans le détail le 23 avril. Le gouvernement mise sur l’installation de 1 million de pompes à chaleur (PAC) par an d’ici à 2030.
Objectif : sortir des énergies fossiles, en particulier du gaz qui reste la première énergie de chauffage en France, avec plus de 10 millions de foyers abonnés. Les pouvoirs publics veulent aussi « protéger le pouvoir d’achat des ménages », car les prix s’envolent depuis la guerre en Iran. Depuis le 1ᵉʳ mai, le prix repère de vente du gaz a augmenté de 15,4 % en moyenne, soit une hausse mensuelle de 6,19 euros TTC en moyenne pour les abonnés indexés sur ce tarif, évalue la Commission de régulation de l’énergie (CRE).
Faut-il pour autant passer à la pompe à chaleur les yeux fermés ? Ce système de chauffage est-il aussi écologique et économique que ce que promet le gouvernement ? Reporterre répond en quatre points.
1. Performante, si bien installée et réglée
Tout le monde s’accorde à le dire : qu’il s’agisse d’équipements par aérothermie (air/eau ou air/air) ou par géothermie (sol/eau), les pompes à chaleur sont plus performantes que les chaudières et les radiateurs électriques. « Elles ont vraiment un rôle central à jouer dans la décarbonation du parc bâti, estime Isabelle Gasquet, porte-parole rénovation énergétique du réseau Cler. Tous les scénarios de transition énergétique, que ce soit ceux de l’Ademe [l’Agence de la transition écologique], de Négawatt ou du Shift Project, mettent la pompe à chaleur au cœur de la transition sur la partie bâtiment. C’est indiscutable. »
Principale qualité de ce système de chauffage : il restitue beaucoup de chaleur pour une faible consommation d’électricité. D’après une étude de l’Ademe menée sur une centaine d’installations et publiée le 7 octobre 2025, les pompes à chaleur permettent de diviser environ par deux la facture énergétique par rapport à une chaudière traditionnelle. Selon la gamme, les modèles commercialisés peuvent afficher un coefficient de performance énergétique (COP) allant de 3 à 7 [1] : pour un 1 kilowattheure (kWh) d’électricité consommé, la pompe émettra entre 3 et 7 kWh de chaleur. Ces systèmes se révèlent également efficaces même dans les régions aux hivers froids — dans les villes du sud, les performances sont en moyenne 30 % plus élevées, selon l’Ademe.
L’efficacité varie surtout en fonction de la qualité des installations. Environ un tiers des pompes à chaleur intégrées dans la campagne de mesure avait des performances amoindries en raison d’un mauvais dimensionnement des radiateurs ou d’un mauvais réglage. Leur sur- (ou sous-)dimensionnement est un écueil fréquent.
« Une pompe trop puissante va passer son temps à s’allumer et à s’éteindre, elle n’ira jamais à pleine puissance parce qu’il n’y aura pas besoin de chauffer plus votre logement, prévient Mahel Gonsalez-Mortreux, chargé de plaidoyer de l’association Négawatt. Ces mises en marche et en arrêt incessantes peuvent représenter des risques d’usure de composants, comme le compresseur, et entraîner des pannes. » À l’inverse, une pompe sous-dimensionnée va tourner (et donc consommer) en continu sans parvenir à atteindre la température voulue.
Outre le dimensionnement, il faut aussi tenir compte de ce que les spécialistes appellent « la loi de l’eau », c’est-à-dire calibrer correctement la température de l’eau envoyée dans les radiateurs en fonction de la température extérieure. « Plus la température d’eau est basse, moins la pompe à chaleur consomme d’électricité et plus elle est performante », explique l’Ademe, qui conseille donc d’abaisser la température le plus bas possible, parmi d’autres gestes à connaître pour maximiser la performance de sa pompe.
2. Bien choisir son installateur
Lors de son étude, l’Ademe a constaté qu’une grande partie des dysfonctionnements portait sur « des erreurs lors de la pose des équipements ou le choix d’équipements inadaptés au bâti ». Compte tenu de la spécificité et de la technicité des pompes à chaleur, il est primordial de faire appel à un professionnel compétent. « Une pompe mal posée et mal réglée, même si elle est “haut de gamme”, ne tiendra pas ses promesses », prévient l’Ademe.
Mais trouver un installateur qui maîtrise le fonctionnement d’une pompe à chaleur n’est pas toujours aisé, d’autant que les chauffagistes étaient jusque-là surtout des spécialistes des chaudières au gaz. « Les chauffagistes qui ont une expérience de frigoriste vont être plus compétents, ils ont déjà des connaissances sur les systèmes utilisant des fluides frigorigènes », juge Isabelle Gasquet du réseau Cler. Pour elle, il y a un vrai enjeu à former les artisans installateurs.
« Une pompe mal posée et mal réglée, même “haut de gamme”, ne tiendra pas ses promesses »
Le plus sûr est de se tourner vers un professionnel bénéficiant de la qualification QualiPAC RGE (reconnu garant de l’environnement). C’est même indispensable pour bénéficier des aides publiques. L’Ademe conseille également de vérifier certains points avec l’installateur, tels que la présence d’une loi d’eau personnalisée dans le devis et la compatibilité de l’équipement avec les radiateurs existants.
Enfin, il ne faut pas hésiter à demander plusieurs devis, à vérifier les références des installateurs et leur qualification RGE, en particulier si vous avez été démarché. Et n’oubliez pas que sur les foires et salons, le délai de rétractation ne s’applique pas. À chaque fois qu’une nouvelle aide publique est déployée, de nombreuses arnaques apparaissent, utilisant cet appât pour piéger les consommateurs. Le marché des pompes à chaleur n’y échappe pas.
3. Dans une passoire thermique, pertinent ou pas ?
Les pompes à chaleur peuvent se révéler très performantes même dans certaines maisons non isolées, a constaté l’Ademe lors de son étude. Pour autant, est-il pertinent de remplacer une chaudière par une pompe à chaleur sans envisager une rénovation thermique du logement ? Pour Négawatt, d’un point de vue économique, la réponse est clairement non si le logement est très mal isolé (classé de E à G) : « Le niveau de déperdition est trop élevé pour obtenir une réduction significative de la consommation d’énergie », explique l’association dans une note publiée en février. Autrement dit, les factures seront toujours aussi lourdes pour le foyer.
En outre, le confort de vie restera dégradé. « Les passoires thermiques sont des logements humides dans lesquels il y a des problèmes de moisissures. Le chauffage, quel qu’il soit, ne permettra pas de réchauffer suffisamment les murs », prévient Isabelle Gasquet du réseau Cler. La pompe ne peut pas à elle seule régler les problèmes de précarité énergétique.
Lire aussi : Les pompes à chaleur écolos… à certaines conditions
En revanche, la réponse de Négawatt est plus nuancée pour les logements mieux isolés, c’est-à-dire classés de A à D : une pompe à chaleur peut s’avérer utile si elle est correctement dimensionnée. Mais attention, si une isolation du logement est prévue dans un second temps, la pompe initiale s’avérera alors surdimensionnée, et il faudra soit revoir les réglages sous peine d’un vieillissement prématuré de ses composants, soit la remplacer par une pompe à chaleur plus adaptée. Dans tous les cas, cela implique un surcoût.
En conclusion, l’isolation du logement devrait être un préalable. « Si vous faites une rénovation complète et performante de votre logement et qu’en parallèle vous installez une pompe à chaleur, vous pouvez diviser votre facture de 4 à 6 », souligne Mahel Gonsalez-Mortreux de Négawatt.
4. La pompe à chaleur reste coûteuse
D’après les estimations de Que choisir ensemble (ex-UFC-Que choisir) publiées le 29 avril, « l’achat d’une pompe à chaleur est plus de quatre fois plus cher que celle d’une chaudière gaz ».
Quand une chaudière à gaz classique coûte entre 1 500 et 3 500 euros, il faut débourser :
- entre 4 800 et 8 200 euros pour une pompe type air-air ;
- entre 7 800 et 12 400 euros pour une pompe type air-eau.
Le budget s’envole carrément avec les pompes eau-eau (entre 15 700 et 25 900 euros) et les pompes géothermiques (entre 13 500 et 23 600 euros).
À cela s’ajoutent les frais de contrôle et d’entretien obligatoires tous les deux ans, variant entre 200 et 500 euros. Sans oublier les frais de débranchement au gaz, qui peuvent s’élever entre 400 et 1 600 euros selon la complexité technique de l’intervention. Un budget difficilement soutenable pour bon nombre de ménages.
L’État propose plusieurs aides pour ce type d’achat, à savoir MaPrimeRénov’ et les Certificats d’économie d’énergie (CEE), à travers le dispositif « Coup de pouce chauffage ». L’association a calculé qu’une fois ces aides déduites, le reste à charge représente moins de 20 % du prix d’installation pour les ménages très modestes. Par exemple, il serait de l’ordre de 1 100 euros pour une pompe air-eau, soit moins cher que pour une chaudière à gaz d’entrée de gamme. À noter que les pompes air-air — les moins chères — ne sont pas éligibles à MaPrimeRénov’, leur consommation d’énergie étant jugée trop importante.
Malgré les aides, le ménage devra quand même avancer « une somme conséquente »
Malgré les aides, le ménage devra quand même avancer une part significative du coût de l’équipement (environ 4 500 euros), « une somme conséquente », estime l’association. L’installation d’une pompe à chaleur devient alors économiquement moins intéressante que la chaudière à gaz.
Pour rendre l’achat plus incitatif, l’État a annoncé « une offre commerciale sécurisante », en cours d’élaboration : les ménages pourraient payer l’installation de leur pompe sous forme de mensualités sur une durée « de l’ordre de trois ans ».
Ce dispositif, plus ou moins similaire au leasing social déjà en place pour les voitures électriques, intégrerait « l’installation, la maintenance, le financement de la pompe ainsi qu’éventuellement la fourniture d’électricité », d’après le document de présentation ministériel. Si on y ajoute les aides déjà existantes, aucun apport ne serait demandé aux ménages. Objectif : « Garantir que la mensualisation de la pompe à chaleur et le prix de l’électricité qui va avec pour se chauffer soient toujours inférieurs au prix de votre facture de gaz », a détaillé Maud Bregeon, ministre déléguée en charge de l’Énergie, sur France Inter le 11 avril. Reste à savoir combien de foyers seront concernés et à quelle hauteur.
À ces aides de l’État, on peut aussi ajouter celle annoncée par EDF début avril. Le fournisseur historique prévoit de verser une prime de 1 000 euros à 80 000 ménages « aux revenus modestes et très modestes » pour l’installation d’une pompe à chaleur en remplacement d’une chaudière gaz ou fioul.
Et les nuisances sonores ?
Les pompes à chaleur sont pour la plupart dotées d’unités extérieures qui émettent du bruit quand elles sont en fonctionnement. Peut-on limiter ce bruit ? Comment éviter les nuisances sonores et les éventuels litiges avec le voisinage ? Reporterre fait le point dans un guide pratique dédié au bruit des PAC.