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Enquête — Énergie

Les pompes à chaleur écolos... à certaines conditions

Les pompes à chaleur séduisent de plus en plus de Français, convaincus par des offres promotionnelles pléthoriques et des aides publiques. Les atouts et inconvénients de cette technique de chauffage restent trop peu détaillés, préviennent les experts. Qui rappellent que « la priorité doit d’abord être de réduire sa consommation énergétique ».

Les promesses sont mirobolantes : « Divisez vos factures par deux », voire « par quatre », « le tout pour un euro » ! Sur les réseaux sociaux, à la radio ou à la télé, une ribambelle de publicités ne tarissent pas d’éloges sur les pompes à chaleur (PAC). Même Jamy Gourmaud, l’animateur-vulgarisateur vedette, s’y est mis et en a vanté les mérites pour le compte de l’entreprise Effy.

Selon les statistiques de l’Agence nationale de l’habitat, trois quarts des financements de MaPrimeRénov, l’aide publique à la rénovation, ont concerné en 2020 un changement de système de chauffage. Une fois sur cinq, il s’agissait de l’installation d’une pompe à chaleur. Il s’en installe désormais bien plus que de chaudières gaz ou fioul. Cette technologie de chauffage repose sur un principe physique simple, proche de celui d’un réfrigérateur : si l’on augmente la pression d’un gaz ou d’un liquide, on augmente sa température. Il suffit d’utiliser un compresseur et un moteur pour utiliser cette chaleur pour se chauffer. La pompe à chaleur permet de « récupérer de l’énergie dans le milieu extérieur (sol / eau / air) grâce à l’évaporateur ; faire monter le niveau de température de cette énergie thermique, via le compresseur ; transférer cette énergie au bon niveau de température au milieu intérieur que l’on souhaite chauffer » résume l’Association française des pompes à chaleur (Afpac). Ainsi, si dans un frigo, il s’agit de faire sortir la chaleur et de refroidir l’intérieur, c’est l’inverse pour une PAC. Et contrairement à une chaudière fonctionnant à l’énergie fossile, « on ne génère pas de la chaleur, on transfère des calories extérieures » souligne David Bonnet, président d’honneur de l’Afpac. Moyennant, tout de même, une alimentation en électricité. L’intérêt ? Le coefficient de performance : « Pour un kilowatt-heure (kWh) utilisé, on récupère l’équivalent de trois ou quatre kWh », s’enthousiasme le représentant de la filière.

Le chauffage des logements d’une tour de logements sociaux dans les Vosges, assuré par une pompe à chaleur.

Vigilance tout de même : les installations de pompes à chaleur peuvent être très variées, on trouve « le meilleur comme le pire » prévient Marc Jedliczka, porte-parole de Négawatt, association qui promeut une « transition énergétique réaliste et soutenable ». Les plus communes sont les PAC dites air/air, « multi-split réversibles ». Le système fait aussi office de climatisation en été et c’est avant tout pour cela qu’elles sont aujourd’hui en vogue. Selon le bilan 2020 de l’association professionnelle Uniclima, 812.000 ont été vendues en 2020.

« La priorité doit d’abord être de réduire la consommation énergétique »

Viennent ensuite les PAC air/eau (175.000 en 2020), soutenues par les aides publiques, ainsi que les chauffe-eaux thermodynamiques (CEP), plus petits, dédiés à la seule eau chaude sanitaire (110.000). Enfin, les PAC géothermiques, plus coûteuses, occupent un marché très réduit, avec moins de 2.500 ventes en 2020, bien que ce soient là l’une des solutions les plus efficientes. « C’est la chaleur du noyau terrestre qui est directement captée à 80 centimètres sous le sol, là où il ne gèle quasiment jamais », explique Marc Jedliczka. Depuis 1963, c’est ainsi qu’est chauffée la Maison de la radio à Paris. [1]

Cependant, même les PAC air/air peuvent être efficaces, à certaines conditions cependant. Selon Danyel Dubreuil, du collectif Rénovons, « coupler une petite PAC air/air avec un système de ventilation en double-flux dans un logement extrêmement bien isolé est l’un des meilleurs systèmes de chauffage qui existe ». C’est là tout l’enjeu : avant de changer le système de chauffage, « la priorité doit d’abord être de réduire les consommations », insiste Marc Jedliczka. Soit une bonne isolation des toitures, du plancher, des murs et la pose de fenêtres très isolantes. Ce n’est qu’après cela qu’il s’agit de choisir un mode de chauffage adapté.

Cette technologie de chauffage repose sur un principe physique simple, proche de celui d’un réfrigérateur.

C’est la logique qu’a choisi Clément. Ingénieur, il réside avec sa compagne à Giroussens, dans le Tarn, dans une maison de 150 mètres carrés où « il n’y avait pas de chauffage central, juste un poêle à mazout ». Un oncle chauffagiste le renseigne sur les pompes à chaleur — « je penchais plus pour un poêle à granulés, mais nous n’avions pas d’espace de stockage suffisant ». Il fait donc installer pour 15.000 euros une PAC air/eau de six kilowatts et reçoit 5.000 euros d’aides. « L’aspect positif c’est qu’une fois posé, tu n’as rien à gérer, c’est facile. » L’inconvénient, minime, est sonore : « C’est un peu bruyant l’hiver, comme une clim’ qui souffle ». Au total, il dépense 80 euros d’électricité par mois, après avoir « changé les fenêtres et isolé sous les combles. Il manque encore les murs ». Plus au Nord, dans la Manche, Francine, sage-femme retraitée, a également vécu pendant neuf ans dans une maison de 200 mètres carrés équipée d’une pompe à chaleur venant supplanter l’ancienne chaudière au fioul. L’investissement de départ a été lourd mais la baisse des factures lui a permis de compenser cette somme pendant presque une décennie. « J’en ai été très satisfaite, jusqu’à ce qu’elle tombe en panne ». Et là, c’est la douche froide : 4.500 euros de réparations. Trop cher, d’autant plus qu’elle envisage de déménager dans un appartement urbain, chauffé au gaz de ville, « avec une chaudière qui durera peut-être trente ans ». Ce qui ne l’empêche pas de continuer à recevoir « tous les jours ou presque » des appels pour des offres de pompes à chaleur.

Les PAC engendrent un pic de consommation dans les périodes où la température de l’air extérieur est négative

Tous les professionnels s’accordent pour dire que ce boom est directement lié à la multiplication des aides à la rénovation. Plus que l’aide publique MaPrimeRénov, c’est un autre mécanisme de financement qui intéresse certains margoulins de l’énergie : les certificats d’économie d’énergie (CEE). Des « bons » qui sont payés par les entreprises produisant de l’énergie et qui viennent financer, via un fonds géré par l’État, des primes, des prêts ou des diagnostics énergétiques. Un savant montage financier permet à certaines boîtes, à peine nées, de proposer directement aux clients des offres « tout-compris » où le prix final au client est quasi nul et où le vendeur peut empocher facilement les aides CEE. Sous pression des associations de consommateurs, les autorités ont dû réagir. Après avoir interdit le 1er septembre 2020 le démarchage téléphonique pour les travaux de rénovation énergétique (loi du 1er juillet 2020), la Direction générale de l’énergie et du climat a à nouveau serré la vis le 13 mars : elle a diminué les aides aux actes de rénovation isolés au profit de ceux visant une rénovation globale, avec un diagnostic complet du logement.

L’évolution du marché des pompes à chaleur.

L’Afpac, de son côté, a édité un guide des dix conseils pour bien choisir sa pompe à chaleur et éviter les arnaques. En la matière, « la règle c’est de ne surtout pas signer sur un coin de table et de faire toujours plusieurs devis détaillés », avertit Jean-Yves Mano. Président de l’association Consommation logement et cadre de vie (CLCV), il fait le « constat dramatique » de cas de « sous-traitants en cascade » sans « aucune garantie de résultat » avec des prix exorbitants allant « jusqu’à 26.000 euros » — le tout pour un résultat parfois déplorable avec « des factures multipliés par quatre » en plein hiver.

C’est là une des limites des PAC – en tout cas sur les modèles moins récents : elles engendrent un pic de consommation dans les périodes où la température de l’air extérieur devient négative. « Il faut évaluer la baisse des factures sur l’année entière », temporise Matthieu Ducroquet, chef de produit chez Atlantic, leader français des pompes à chaleur. Selon le commercial, tout l’enjeu est « de bien dimensionner sa pompe à chaleur par rapport à son logement » et de « passer par un installateur certifié RGE ». Cette mention « reconnu garant de l’environnement » vient labelliser les professionnels ayant suivi une formation et obtenu une labellisation pour la rénovation énergétique. De son côté, le CLCV recommande de s’adresser d’abord à un conseiller Faire, le service public qui pourra de manière indépendante « donner les bonnes informations sur vos droits en fonction de la réalité de votre logement ».

Autre problème souvent oublié des PAC, c’est qu’elles utilisent, comme les systèmes de climatisation, des fluides frigorigènes, comme le gaz HFC, particulièrement nocif pour le climat. Selon une étude de l’école des Mines ParisTech, en 2015, les PAC air/air représentaient 10 % de l’ensemble de la demande française en fluides frigorigènes et 2 % pour les PAC air/eau.

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