Allié de Trump, le nouveau président colombien promet une ruée vers les énergies fossiles
Abelardo de la Espriella, le 14 mai 2026 à Palmira (Colombie). - © Joaquin Sarmiento / AFP
Abelardo de la Espriella, le 14 mai 2026 à Palmira (Colombie). - © Joaquin Sarmiento / AFP
Le candidat d’extrême droite Abelardo de la Espriella a remporté l’élection présidentielle colombienne. Relance des hydrocarbures, démantèlement des acquis environnementaux : une régression significative est redoutée.
Bogota (Colombie), correspondance
« C’est une catastrophe » : la voix de Gustavo Valencia, militant environnemental du département du Caquetá, dans le sud de la Colombie, se serre au téléphone. « Je ne comprends pas comment nous avons pu permettre l’élection de quelqu’un dont le seul intérêt est d’arriver au poumon du monde pour en extraire et en détruire les ressources naturelles. »
Après quatre années de politiques environnementales ambitieuses portées par le président sortant de gauche, Gustavo Petro, la Colombie a choisi la rupture, d’après les résultats provisoires. Abelardo de la Espriella, avocat millionnaire aux affinités assumées avec Donald Trump, Javier Milei, le président argentin, ou encore celui du Salvador, Nayib Bukele, a battu — avec 49,70 % des voix, contre 48,70 % — le candidat de gauche Iván Cepeda, selon le premier décompte, dans un pays profondément polarisé.
« Désormais, il va falloir se battre pour conserver les conquêtes de ces dernières années », prévient Rosario Rojas, professeure spécialisée sur les conflits environnementaux à l’université nationale de Colombie, à Bogota. Sous Gustavo Petro — qui ne pouvait pas se représenter pour un second mandat —, la Colombie s’était placée à la pointe du mouvement mondial pour la sortie des fossiles. « C’était la première fois que l’environnement occupait une place centrale dans le discours politique ici », salue Rosario Rojas.
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Durant ces quatre ans, la Colombie avait fait de la sortie des combustibles fossiles une priorité : depuis l’arrivée au pouvoir de Gustavo Petro en août 2022, aucun nouveau contrat d’exploitation d’hydrocarbures n’avait été signé. Abelardo de la Espriella entend tout inverser, notamment en étendant l’exploration gazière et pétrolière et en développant des gisements non conventionnels.
Retour aux fossiles
« Nous allons revenir à un modèle de dépendance totale à l’extractivisme, au moment précis où le monde vit une crise climatique critique », déplore July Mendez, ingénieure environnementale à Tauramena, dans le centre du pays. Depuis plus d’une décennie, elle se bat pour défendre l’eau de son territoire face aux compagnies pétrolières. Elle est amère : « De la Espriella n’a pas une seule proposition sérieuse en faveur des écosystèmes, de la biodiversité, de l’eau. C’est un retour en arrière énorme. »
L’inquiétude la plus immédiate reste la légalisation de la fracturation hydraulique pour l’extraction d’hydrocarbures, qu’a laissé entendre le futur président pendant sa campagne. « Il a même osé parler de “fracking durable”, ironise George Shapiro, du collectif Gardiens Amazonie, depuis le Caquetá. Nous savons, à travers les exemples d’autres pays, que ça n’existe pas. Le “fracking” va surtout détruire le territoire et les sources hydriques. Les gens qui ne connaissent pas l’Amazonie croient qu’on peut l’exploiter de manière soutenable. C’est faux. »
« On a très peur de ce qu’il va se passer »
Dans ce département, marqué depuis des décennies par la pollution, la déforestation et les mines illégales, les quatre années de la gauche au pouvoir avaient pourtant permis de « réduire significativement » ces pratiques, selon lui. « C’est profondément angoissant de voir que ça puisse revenir et s’amplifier », conclut-il.
Des défenseurs de l’environnement en première ligne
María Ariascos, défenseuse de l’environnement dans le Pacifique colombien, redoute elle aussi qu’avec ce futur président, « la protection de notre Terre Mère soit reléguée au second plan, alors qu’elle est la base d’une paix intégrale et véritablement durable ». Car les inquiétudes dépassent la question des hydrocarbures.
De la Espriella souhaite réduire les dépenses de l’État de 40 %, ce qui pourrait conduire au démantèlement du ministère de l’Environnement. Martha Soto, défenseuse de l’environnement, se souvient des gouvernements de droite dure passés, comme celui d’Iván Duque, de 2018 à 2022 : « Beaucoup de gens ont dû quitter le pays. On a très peur de ce qu’il va se passer. »
« Il fallait que le progressisme continue, abonde Gustavo Valencia. J’ai peur, très peur, y compris pour ma propre vie. » Depuis cinq ans, il reçoit régulièrement des menaces pour son activisme contre l’exploitation minière et la déforestation. La Colombie demeure, selon l’ONG Global Witness, le pays le plus meurtrier au monde pour les activistes écologistes : 48 assassinats recensés en 2024, après 79 en 2023. L’accord d’Escazú, censé protéger ces défenseurs en Amérique latine, est déjà largement lettre morte dans le pays. Avec De la Espriella au pouvoir, le militant ne croit plus à sa réelle mise en œuvre.