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ReportageLuttes

« Ce projet n’a aucun sens » : la mobilisation s’amplifie contre le canal Seine-Nord Europe

Manifestation contre le canal Seine-Nord Europe à Oisy-le-Verger, dans le Pas-de-Calais, le 11 juillet 2026.

Plusieurs milliers de manifestants se sont réunis à Oisy-le-Vergers, dans le Pas-de-Calais, contre le mégaprojet fluvial. Une action a ciblé une voie d’accès au chantier, sans rencontrer de répression.

Oisy-le-Verger (Pas-de-Calais), reportage

Les opposants au canal Seine-Nord Europe ont réussi à réunir au moins 3 000 à 4 000 personnes dans le petit village d’Oisy-le-Verger, dans le Pas-de-Calais, samedi 11 juillet. C’est là que démarre le chantier de ce canal qui vise à faire passer des péniches XXL. Les opposants dénoncent l’impact considérable sur les milieux naturels et les zones humides.

Sous une chaleur assommante, un cortège festif s’est élancé vers 14 h 30, au son d’une fanfare et d’une sono. Au sortir du village, la foule compacte s’est scindée en deux cortèges. Le premier a poursuivi sa route sur le tracé officiel, accepté par la préfecture de police après d’intenses négociations sous la menace d’une interdiction.

Au moins 3 000 à 4 000 personnes ont participé à la manifestation, selon les organisateurs. © NnoMan Cadoret / Reporterre

Le second a coupé à travers champs en direction du chantier. La « cible » a été atteinte une heure plus tard : il s’agit d’une clôture coupant un champ en deux pour protéger l’emplacement d’un futur chemin d’accès pour les gravats et des engins de chantier. Le chemin doit desservir un second chantier, à 7 km d’Oisy-le-Verger, dont les premiers coups de pioche sont encore loin d’être donnés.

Fils barbelés et piquets de bois ont été démontés, sur plusieurs centaines de mètres, par les centaines de participants à ce cortège « déter ». « C’est un symbole du mépris des promoteurs du canal, dénonce une porte-parole du collectif Mégacanal non merci. Ils coupent un champ en deux et embêtent les agriculteurs pour sécuriser un chantier qui n’est pas près de commencer. »

La foule s’est scindée en deux cortèges. © NnoMan Cadoret / Reporterre
Fils barbelés et piquets de bois ont été démontés sur plusieurs centaines de mètres. © NnoMan Cadoret / Reporterre

Un imposant dispositif de gendarmerie a été déployé aux abords des lieux de rendez-vous, autour de la manifestation et du village militant qui se tient à Villers-au-Tertre, du 9 au 12 juillet.

Barrages filtrants, drone et deux hélicoptères en survol permanent : un tel dispositif est une habitude, observé à chaque rassemblement contre le canal. Mais le démontage de la clôture n’a donné lieu à aucune intervention policière.

Quelques minutes plus tard, à 16 h 30, un rapide face-à-face s’est tenu entre les manifestants et les gendarmes mobiles, à quelques dizaines de mètres de l’important chantier d’écluse qui débute. Aux tirs de mortiers ont répondu les gaz lacrymogènes, avant que la foule reprenne la direction du village pour rejoindre le reste de manifestants.

Dans les rues d’Oisy-le-Verger. © NnoMan Cadoret / Reporterre

« Ça n’a aucun sens »

Le canal Seine-Nord Europe est un projet de voie fluviale de 107 km qui traverserait les départements de l’Oise, de la Somme, du Nord et du Pas-de-Calais, en parallèle du tracé de l’actuel canal du Nord. Avec une largeur d’eau de 54 mètres, il doit permettre la circulation de bateaux de grand gabarit entre le bassin de la Seine et le nord de la France ainsi que vers les ports hollandais.



Avec une emprise de 3 010 hectares, 24 zones naturelles d’intérêt écologique impactées, 74 millions de mètres cubes de terres déplacés, il aurait un impact environnemental important sur les départements traversés. Il prévoit la construction de six écluses, un gigantesque pont-canal aux dimensions jamais égalées en Europe, ainsi que la mégabassine de retenue d’eau la plus grande de France.

« Nous avons de la très bonne terre ici, mais nous sommes en train de la détruire, à force de cultiver de plus en plus intensément. Avec ce projet de canal, on nous parle d’exporter des pommes de terre en Chine par conteneurs frigorifiques, ça n’a aucun sens », dénonce Jean-Miche Sauvage, paysan bio à Courcelles-le-Comte (Pas-de-Calais) et membre de la Confédération paysanne.

L’organisation de ce rassemblement et de cette lutte est un défi colossal. Il faut coordonner des forces militantes très diverses, le long des 107 km du tracé : « C’est un réseau qui apprend à travailler ensemble et à se faire confiance. Des pratiques communes émergent. Mais avec la répression qui est une menace constante, tout prend deux fois plus de temps et d’énergie », dit un membre de Mégacanal non merci.

La manifestation a rassemblé divers collectifs, comme Les Soulèvements de la Terre, Extinction Rebellion, la Confédération paysanne et le Mégacanal non merci. © NnoMan Cadoret / Reporterre

Depuis 2022 et le début des premiers travaux préparatoires — en particulier un pont et un nouveau lit de détournement de l’Oise à Montmacq et l’écluse d’Oisy-le-Verger —, un mouvement d’opposition a émergé autour des militants historiques du Comité de liaison pour des alternatives aux canaux interbassins (Clac), qui dénonce ce projet depuis plusieurs décennies. Les Soulèvements de la Terre, Extinction Rebellion, la Confédération paysanne et le collectif Mégacanal non merci sont notamment aux avant-postes.

Le 11 octobre 2025, près de 2 000 personnes avaient défilé, dans l’Oise, à l’appel d’une vingtaine d’organisations.


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