Trop chaud pour se mobiliser : quand le réchauffement climatique empêche les luttes écologistes
Les militants contre les mégabassines, ici dans les Deux-Sèvres en 2022, ont annulé à cause de la chaleur une randonnée festive prévue le 28 juin. - © Quentin Vernault / Reporterre
Les militants contre les mégabassines, ici dans les Deux-Sèvres en 2022, ont annulé à cause de la chaleur une randonnée festive prévue le 28 juin. - © Quentin Vernault / Reporterre
Dans un cercle de plus en plus vicieux, la chaleur a forcé de nombreux activistes à renoncer à des actions contre des industries polluantes qui portent une responsabilité dans les canicules, dénonce notre journaliste dans cet éditorial.
Le weekend dernier, les 27 et 28 juin, alors que l’Europe pulvérisait tous les records de température, plusieurs actions contre des projets polluants ont été annulées.
En Belgique, les activistes de Code Rouge préparaient depuis des semaines une mobilisation contre le chantier d’un data center appartenant à Google. Mais à cause des records de chaleur, ils ont dû revoir leurs plans et se sont finalement installés dans un bois à proximité du chantier, situé à Farciennes dans le Hainaut.
« Ironie du sort, c’est la raison même pour laquelle Code Rouge existe depuis 2022, c’est-à-dire la lutte contre le dérèglement climatique, qui lui a mis des bâtons dans les roues », remarque le journal belge L’Avenir.
« C’est très frustrant »
Aux Pays-Bas, le groupe d’activistes Geef Tegengas (Résistance en néerlandais) a été contraint d’annuler l’action prévue les 26 et 27 juin. « Le changement climatique vient encore une fois façonner notre réalité. Avec des températures attendues atteignant les 37 degrés, nous ne pouvons pas garantir la sécurité des gens qui étaient prêts à participer à cette action. C’est très frustrant », peut-on lire sur leur compte Instagram. Ils pensaient bloquer un nœud logistique stratégique pour le commerce des énergies fossiles, de l’armement et des vêtements de fast-fashion. Près de 600 personnes étaient attendues.
La France n’a pas été épargnée. Le Collectif pour le triangle de Gonesse a lui aussi annulé son rassemblement du samedi 27 juin sur le triangle de Gonesse, un site où l’ombre est rare. « Compte tenu de la canicule qui perdure et des risques d’orages, le CA du Collectif pour le Triangle de Gonesse a décidé d’annuler l’événement et de le reporter au dimanche 27 septembre », expliquent les militants dans un communiqué.
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« Cela ne nous enchante pas mais c’est une décision raisonnable et de prudence. Nous ne pouvons nous permettre de mettre en danger la santé de qui que ce soit », poursuivent-ils.
Dans le Cher, le collectif Bassines non merci a annulé sa randonnée festive du dimanche 28 juin à Mehun-sur-Yèvre. Malgré cela, certains participants avaient quand même fait le déplacement. « Organiser une manif, c’est aussi… se faire déborder par les militant⋅es qui viennent malgré l’annulation. Alors à 45, sous le soleil revenu, nous avons fait une version raccourcie de la promenade arpentage de paysage. On aurait adoré être plus nombreuses, mais c’était quand-même très bien », peut-on lire sur leur compte Instagram.
Urgence à agir
Alors que le soleil brûlant accable les corps et les esprits, les activistes qui dénoncent les projets climaticides ne peuvent plus agir sans se mettre en danger. Un triste paradoxe car il est d’autant plus urgent de rendre visible et de dénoncer les criminels climatiques, pour enfin les empêcher de nuire.
Face à l’incurie du gouvernement, face aux mensonges de l’extrême droite, qui instrumentalise la canicule pour attaquer les écologistes, face aux mensonges de certains médias, il est urgent d’agir. Car n’en déplaise à Yann Barthès, nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne.