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ReportageLuttes

« Un joyau de biodiversité » menacé : ils forment une chaîne humaine contre la LGV Bordeaux-Toulouse

Des opposants à la LGV Bordeaux-Toulouse ont effectué une chaîne humaine en Gironde, le 4 juillet.

À trois mois du début prévu des travaux, la mobilisation contre le projet de LGV du Sud-Ouest ne faiblit pas. Dans la vallée du Ciron, symbole de la lutte, une chaîne humaine a rassemblé près d’un millier de personnes samedi.

Bernos-Beaulac (Gironde), reportage

La chaîne humaine se fait et se défait, au gré des mouvements. Quand le soleil tape trop fort, de petits groupes improvisent des chants pour se donner du courage. L’ambiance est festive, mais la colère est palpable. « On est en colère, et ce n’est pas près de s’arrêter », hurle un membre du collectif LGV NiNa (Ni ici, ni ailleurs), poussé par les acclamations de la foule. Samedi 4 juillet au matin, des centaines de familles, enfants, élus et militants associatifs ont convergé vers le village de Bernos-Beaulac (Gironde), au cœur de la vallée du Ciron, pour s’opposer une nouvelle fois au projet.

Un lieu qui ne doit rien au hasard : symbole de la lutte contre la LGV, le Ciron est un affluent de la Garonne situé au carrefour des trois lignes qui relient Toulouse, Dax et Bordeaux, et dont le bassin versant devrait être traversé par 17 ponts et viaducs dans le cadre du chantier. « C’est un joyau de biodiversité symbolique de l’ensemble des atteintes à l’environnement de cette LGV », résume Jean Olivier, coprésident des Amis de la Terre Midi-Pyrénées.

Une forêt de 40 000 ans menacée par la LGV

Car la rivière n’est pas le seul enjeu : la vallée du Ciron abrite l’une des plus vieilles forêts de France, une hêtraie vieille de 40 000 ans, ainsi que des espèces menacées comme le vison d’Europe, la loutre et la tortue cistude. « On est en train de détruire le vivant, et ça se passe sous nos yeux », s’énerve Julien.

«  La vallée du Ciron, c’est un joyau de biodiversité symbolique de l’ensemble des atteintes à l’environnement de cette LGV  », explique Jean Olivier, coprésident des Amis de la Terre Midi-Pyrénées. © Amandine Sanial / Reporterre

Habitant de Bègles, dans l’agglomération bordelaise, il a parcouru 70 km avec plusieurs amis pour tenter de stopper le projet de LGV. « Le Ciron est un climatiseur naturel et un refuge de biodiversité. Avec les canicules à répétition, on ne peut pas les laisser détruire ça. »

Quelques centaines de mètres en contrebas, la fraîcheur du Ciron fait baisser l’air ambiant de quelques degrés. Sur les berges, des hêtres aux pieds dans l’eau ont résisté à la dernière période glaciaire, en faisant un cas unique d’adaptation au changement climatique et lui valant le surnom de « Lascaux de la biodiversité ». « Sauf que Lascaux, on l’a reconstruit ailleurs. Une niche écologique de 40 000 ans, ça ne se reconstruit pas, tempête Pauline Dupouy, membre du collectif LGV NiNa, organisateur de l’événement. Cette vallée, ce n’est pas seulement un refuge de biodiversité : c’est un patrimoine, des années de compréhension de l’adaptation des écosystèmes qu’on s’apprête à anéantir. »

Des lignes existantes vétustes

Dans les cartons depuis les années 1980, le grand projet ferroviaire du Sud-Ouest prévoit de créer 418 km de nouvelles lignes afin de relier Toulouse à Paris via Bordeaux en 3 h 10 d’ici à 2032, puis Bordeaux et Dax en vingt minutes de moins qu’actuellement.

Lire aussi : Comment la LGV Bordeaux-Toulouse dévore les terres les plus fertiles d’Aquitaine

Dans le cortège, de nombreux manifestants plaident plutôt pour une rénovation des lignes existantes : « Pourquoi détruire toute cette nature pour gagner vingt minutes ? » s’agace Marie-Hélène, 63 ans, qui vit à deux pas du Ciron. « Tous ces milliards pourraient servir à rénover les lignes vétustes, ou encore à l’éducation nationale ou aux hôpitaux… » Évalué à 10,4 milliards d’euros, le coût initial du projet pourrait augmenter de 20 %, selon les dernières estimations du Conseil d’orientation des infrastructures.

Les opposants à la LGV Bordeaux-Toulouse demandent que la solution privilégiée soit une rénovation des lignes existantes. © Amandine Sanial / Reporterre

D’après des calculs du collectif LGV NiNa, le coût de 8 km de LGV pourrait permettre la rénovation de 550 km de voies ferrées. « On n’est pas contre le train, rappelle Stéphanie Mariette, membre du collectif Stop LGV Bordeaux Métropole. On repose simplement la question des choix d’orientation des budgets et leurs effets sur l’environnement : rien que pour les travaux, le projet va émettre l’équivalent de 2,7 millions de tonnes de CO2, et l’effet du report modal est attendu pour 2050. Beaucoup d’entre nous n’en verront que les effets négatifs. »

Des outils juridiques pour stopper le projet

Alors que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a qualifié le projet d’« irréversible », début mai, en promettant un financement public, les associations de défense de l’environnement ont encore des cartes à abattre. « Le début des travaux est prévu le 1er octobre. On a trois mois pour agir, il n’est pas trop tard », plaide Jean Olivier, des Amis de la Terre.

La chaîne humaine des opposants à la LGV Bordeaux-Toulouse a rassemblé des centaines de personnes. © Amandine Sanial / Reporterre

D’ici à la fin juillet, un recours va être déposé devant le tribunal administratif de Bordeaux au nom d’une quinzaine d’associations pour demander l’annulation de l’autorisation environnementale, délivrée en février par les quatre préfets concernés par la LGV : « On a des preuves que la consultation publique menée cet automne par voie électronique est illégale [1]. S’il existe encore un État de droit démocratique, la justice doit suspendre ce chantier », martèle Jean Olivier.

Lire aussi : LGV Bordeaux-Toulouse : l’Autorité environnementale pointe de nombreuses lacunes dans l’étude d’impact

Portée par l’association Ciron Bien commun, une autre initiative vise à doter la rivière de droits fondamentaux, et ainsi la préserver des atteintes humaines. D’ici août, l’association va déposer un recours contentieux contre les arrêtés préfectoraux portant sur les autorisations environnementales. « On espère empêcher que la SNCF puisse abattre les premiers arbres cet automne », explique Jean-Yves Boutet, président de l’association.

Comme lui, dans la foule, les manifestants sont nombreux à y croire encore. Pour Marie-Hélène, pas question de baisser les bras, et surtout pas maintenant : « Une lutte comme celle-ci, ce n’est jamais fini. »

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