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TribuneTransports

« Pourquoi s’entêter à dépenser des milliards ? » : une centaine de maires et parlementaires s’opposent à la LGV Toulouse-Bordeaux

Dans le camp de la grande mobilisation anti-LGV Bordeaux-Toulouse-Dax en octobre 2024.

Coûteuse, tardive et à l’utilité loin d’être prouvée : une centaine d’élus s’opposent dans cette tribune au mégaprojet de LGV du Sud-Ouest. Et plaident pour la rénovation et la modernisation des lignes existantes.

Le Conseil d’orientation des infrastructures (COI) a rendu au mois d’avril 2026 son évaluation du Grand projet du Sud-Ouest/Ligne nouvelle du Sud-Ouest (GPSO/LNSO). Instance de référence et pilier indispensable à l’évaluation de nos grands chantiers, la légitimité du COI est telle que ses conclusions doivent être prises en compte. Or, en l’espèce, ses conclusions sont claires et mettent fin aux illusions, entretenues à grand renfort de communication, par les promoteurs des LGV du Sud-Ouest.

En premier lieu, ce projet ne pourra pas aboutir dans les temps impartis : au mieux la ligne Bordeaux-Toulouse serait mise en service en 2035 et la Bordeaux-Dax en 2042. Et le tronçon Dax-Espagne, renvoyé aux calendes grecques.

De surcroît, la nouvelle ligne Bordeaux-Dax n’a aucune utilité et la priorité doit être donnée à la poursuite des « efforts de régénération et de modernisation de la ligne classique Bordeaux — Hendaye ».

Un gain de temps négligeable

Sur l’efficacité même du projet, les chiffres sont connus : sur la liaison Bordeaux-Dax, la LGV permettrait un trajet d’environ 49 minutes, contre 54 minutes pour la ligne existante modernisée. Mais en pratique, avec les arrêts et les ralentissements, le temps de parcours s’élèverait à environ 55 minutes. Et cette analyse se dispense de l’implantation, hors commune, des gares LGV. Autrement dit, aucun gain réel, voire un temps de trajet plus long pour certains habitants.

Concernant la nouvelle ligne Bordeaux-Toulouse ses bénéfices socio-économiques et ses impacts environnementaux doivent être réévalués. En l’état, le COI émet des réserves quant à son utilité réelle et elle n’apparaît pas comme une infrastructure prioritaire.

Ensuite, le financement du projet, tel qu’il avait été imaginé, est irréaliste dit aussi le COI. D’abord parce que « la participation de l’État sera difficilement mobilisable à la hauteur et dans le cadre auxquels il s’était pourtant engagé » et l’abandon suggéré de la ligne Bordeaux-Dax privera le projet des financements européens.

Près de 30 milliards d’euros de budget...

Le budget est aussi fortement sous- évalué : au lieu des 14 milliards annoncés, les dernières estimations sont d’au moins 20,4 milliards en portage public et de 27,6 milliards d’euros avec un financement en partenariat public-privé.

La baisse des financements couplée à l’explosion du budget prévisionnel rendent ainsi ce projet infinançable, les collectivités ne pouvant pas assumer seules le poids des investissements nécessaires. Collectivités déjà en grande difficulté financière, qui pour une grande majorité ne profiteront pas de ces nouvelles infrastructures et dont les habitants se sont prononcés à plus de 80 % contre le projet lors de l’enquête publique réalisée en 2015.

La carte du projet. SNCF Réseau

Une opposition motivée avant tout par le refus d’un projet inutile et anti-écologique. Inutile car il consiste au doublement de voies qui existent déjà, qui ne sont pas saturées et qui peuvent être modernisées pour améliorer les temps de trajet et leur capacité. Anti-écologique parce que ce projet prévoit la destruction de 4 800 hectares d’espaces naturels et agricoles avec notamment une atteinte grave à l’écosystème exceptionnel de la vallée du Ciron pour un gain carbone défavorable à quinze ans et sans cesse revu à la baisse.

Nous sommes convaincus que le grand Sud-Ouest a besoin d’investissements ferroviaires importants pour dessiner un avenir des mobilités désirable et réaliste à court ou moyen terme dans lequel le train occupera une place centrale pour les transports du quotidien.

… au détriment de l’entretien des lignes existantes

Le vice-président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine en charge des mobilités a d’ailleurs confirmé notre analyse sur les ondes de Radio France : « On n’est plus dans une possibilité financière de pouvoir assumer ces travaux [entretien et rénovation des lignes du quotidien] qui aujourd’hui sont nécessaires, sous peine d’avoir des lignes qui soient encore fermées dans les prochaines années. » Alors pourquoi s’entêter à dépenser des milliards pour une ligne nouvelle ?

Nous demandons aux autorités nationales et territoriales compétentes de prendre la mesure de l’opposition quasi unanime des élus locaux et de la population à ce projet aujourd’hui confortée par le rapport d’évaluation du COI et d’en tirer les conséquences qui s’imposent, à savoir :

  • Un abandon immédiat du projet GPSO/LNSO pour lequel des millions d’euros d’argent public ont déjà été dépensés en pure perte.
  • La rénovation et une modernisation de la ligne Bordeaux-Toulouse existante pour en améliorer la capacité et les temps de trajets et garantir aux usagers une meilleure fiabilité dans leurs déplacements quotidiens.
  • L’achèvement des travaux engagés (dont 80 % réalisés) sur la ligne Bordeaux-Dax existante pour permettre une liaison rapide avec l’Espagne dès 2030 au titre du mécanisme d’interconnexion européen.
  • Un engagement financier massif dans le développement d’une offre de train du quotidien qui réponde réellement aux besoins des habitants.

À la suite de cet avis du COI, il est une nouvelle fois démontré que ce projet de LGV Bordeaux-Toulouse ne répond pas aux besoins des habitants, que la branche vers Dax n’y a été greffée que pour aspirer des financements européens finalement non acquis et que tout cela ne se ferait qu’au détriment de la régénération urgente des infrastructures existantes.

La fuite en avant n’est pas une option quand on se trouve au bord du gouffre !


Loïc PRUDHOMME Député de la Gironde
Sophie METTE Députée de la Gironde
Nicolas THIERRY Député de la Gironde
Peio DUFAU Député des Pyrénées-Atlantiques
Florence LASSARADE Sénatrice de la Gironde
Monique DE MARCO Sénatrice de la Gironde
Colette CAPDEVIELLE Députée des Pyrénées-Atlantiques
Mathilde FELD Députée de la Gironde
Hervé GILLE Sénateur de la Gironde
Laurence HARRIBEY Sénatrice de la Gironde
Anne STAMBACH-TERRENOIR Députée de Haute-Garonne
François PIQUEMAL Député de Haute-Garonne
Hadrien CLOUET Député de Haute-Garonne
Christophe BEX Député de Haute-Garonne
Christine ARRIGHI Députée de Haute-Garonne
Fabienne HURMIC Maire de Paillet
Robert RONCOLI Maire de Fargues
Thomas FILIATRE Maire de Preignac
Marc VIGUIE Maire de Louchats
Nadia SABY Maire de Saint-Médard-d’Eyrans
Marcellin DUPART Maire de Gornac
Isabelle DEXPERT Maire de Bazas
Mireille MORLET Maire de Bouridey
Philippe BARRERE Maire de Beautiran
Nathalie BURTIN DAUZAN Maire de Saint-Selve
Sylvain GUILSOU Maire d’Hélette
Stéphane ESPUNY Maire de Lerm et Musset
Sandrine TROYAS Maire de Noaillan
Pascal LOSSE Maire de Gajac
Marc Saint ESTEVEN Maire de Villefranque
Edouard QUINTANO Maire de Saint-Jean-d’Illac
Jean-Marc VAZIA Maire de Sigalens, Vice-Président de la CDC du Bazadais
René CARDOIT Maire de Goualade
Mizel HIRIBARREN Maire d’Itxassou
Michel AIME Maire de Sauviac
Gracia PEREZ Maire de Castres-Gironde
Maitena ZUBELDIA Maire de Gamarthe
Anthony HEMOUS Maire de Saint Côme
Jean-Bernard PAPIN Maire de Saint Michel de Rieufret
Alexandre LARTIGAU Maire de Lignan-de-Bazas
Laurent ESPAGNET Maire de Cazats
Dominique DAVID Maire de Bernos Beaulac
Valérie DUCASSE Mairie de Cours les bains
Denis ESPAGNET Maire de Labescau
Martine FRANCELIN Maire de Lados
Julie CASTILLO Maire de Casteljaloux
Ingrid CAILLOT GRANGE Maire de Bouglon
Dominique OLIVEIRA Maire de Bousses
Florian PATACCONI Maire de Poussignac
Didier LE JALLE Maire de Ruffiac
Marjorie LASSUS Maire de Guerin
Laurent GIRARD Maire de Pinderes
Bernard TAVERNIER Maire Fargues sur Ourbise
Gerard FERRON Maire d’Allons
Christine LUQUEDEY Maire de Captieux
Françoise DUPIOL-TACH Maire de Grignols
Sébastien TAMAGNAN Maire de Marimbault
Michel MORTAGNE Maire de Préchac
Brigitte MELON Maire de Birac
Samuel DURAND Maire de Marions
Nathalie DULUC Maire de Balizac
Fabienne BARBOT Maire de Giscos
Jean Philippe DULOU Maire de Landiras
Valérie BELIS Maire d’Aubiac
Jean Claude DUPIOL Maire de Cudos
Mélanie ZAGO Maire de Sillas
Bruno MARTY Maire de La Réole
Sylvain DA DALT Maire de Durance
JEAN PAUL GLORYS Maire de Saint Martin de Curton
André LE MOIGNE Maire de Sendets
Aude FLEURY Maire de Le Nizan
Hélène PUJOLS Maire d’Escaudes
Antton CURUTCHARRY Maire de Saint-Etienne de Baïgorry
Egoitz URRUTIKOETXEA Maire de Lichans-Sunhar
Mathieu HORN Maire de Boucau
CASTETS CYRIL Maire de Lartigue
Michel ESTENAVES Maire de Lucmau
Marc MABILLET Maire de Tarnos
Antoine DESFORGES Maire de Samonac
Nicole VIGNE Maire de Masseilles
Paul-Marie BLANC Maire de Berat
Françoise RIVETTA Maire de Saumejan
Jean-Pierre ADAM Maire de Pompogne
Raymond GIRARDI Maire D’Argenton
Sophie FRANCO-CARLU Maire de CAUVIGNAC
Alain IRART Maire de Saint Pierre d’Irube, Président de la communauté d’agglomération du Pays basque

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