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Canicule

La voiture, grande gagnante de la canicule

16 % des usagers déclarent utiliser davantage leur voiture pendant les épisodes de fortes chaleurs.

La voiture climatisée est le mode de transport plébiscité lors des fortes chaleurs. Ce, alors qu’elle contribue largement au réchauffement climatique.

La canicule a une grande gagnante : la voiture. Celle qui contribue tant au réchauffement climatique devient aussi, ironiquement, le meilleur refuge contre ses effets. La voiture est « le mode plébiscité en période de canicule », explique Camille Krier, directrice associée au sein de 6t-Bureau de recherche.

Au-delà d’une trentaine de degrés, 53 % des automobilistes jugent leur véhicule agréable, contre seulement 24 % des usagers des transports en commun, 22 % des cyclistes et 17 % des piétons, selon une étude menée en 2024 par 6t-Bureau de recherche.

« Les individus recherchent un mode motorisé, qui ne demande pas d’effort physique, un mode individuel et un mode climatisé. Or, le seul qui regroupe toutes ces caractéristiques, c’est la voiture », précise Camille Krier. Résultat, 16 % des usagers déclarent utiliser davantage leur voiture pendant ces épisodes.

« Le cercle vicieux de l’automobilité »

Avec la voiture reine, les transports en commun voient leur fréquentation reculer. Lors du pic de températures du 1er juillet 2025, alors que l’Île-de-France était en vigilance rouge, la fréquentation a chuté de 8 à 20 % dans les bus et de 12 % dans les RER et les trains.

Même chose pour les piétons et cyclistes : plus de la moitié a déclaré au bureau de recherche utiliser moins souvent leur mode de déplacement pendant les épisodes de températures extrêmes, contre seulement un quart des automobilistes. Le vélo est le plus touché : sa part baisse d’environ 12 %, avec une partie des trajets reportée vers la voiture.

Les chercheurs du bureau d’études parlent ainsi d’un « cercle vicieux de l’automobilité ». En 2023, les voitures particulières étaient à l’origine de 18 % des émissions françaises de gaz à effet de serre, davantage que l’agriculture (17 %) et presque autant que l’industrie (20 %). Elles contribuent aussi aux îlots de chaleur urbains, en rejetant de la chaleur et en favorisant un urbanisme très minéral.

Dans le bus, « il fait aussi chaud qu’au soleil »

Ce refuge climatisé reste toutefois très inégalement réparti. « Ceux qui ont des voitures récentes, confortables, climatisées, ce sont les plus riches », rappelle Tom Dubois, urbaniste et porte-parole du Forum Vies Mobiles. Les autres — souvent les mêmes qui vivent dans des bouilloires thermiques, voire travaillent en extérieur — roulent souvent dans des véhicules d’occasion, moins équipés. Le chercheur évoque aussi les « éconduits de la voiture », ces personnes qui ne peuvent pas conduire ou qui renoncent à certains déplacements. « La voiture n’est pas du tout un objet qui offre un accès égalitaire à la mobilité. »

Quant au train, il ne constitue pas non plus une alternative solide à la voiture en temps de canicule. Même si, d’après la SNCF, tous les TGV ainsi que les trains Ouigo et Intercités sont déjà climatisés, ainsi que la quasi-totalité des trains régionaux, le rail ne permet pas toujours d’échapper à la chaleur. Le 22 juin, un TGV Paris-Bâle est resté immobilisé sans ventilation ni air rafraîchi pendant six heures près de Dijon à la suite d’un « souci mécanique ».

La vétusté d’une partie du matériel roulant aggrave la situation. Les voitures Corail, conçues dans les années 1960 et 1970, « n’ont pas été pensées pour ces fortes chaleurs », rappelle Gérald Petitgand, président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports (Fnaut) Auvergne-Rhône-Alpes. Les systèmes de climatisation « ne sont pas capables de produire suffisamment de froid au-delà d’une certaine température ». Malgré cela, ces rames devraient rester en service jusqu’en 2032, voire 2035.

Pour limiter les risques de coup de chaud, la SNCF a supprimé 71 trains Intercités entre le 18 et le 22 juin, en particulier des rames anciennes. Dans le Grand Est, seuls les trains climatisés ont circulé. Jean Castex a aussi invité les voyageurs les plus vulnérables à « décaler leur voyage ».

La situation n’est guère meilleure dans les transports franciliens. À ce jour, 75 % des trains et RER disposent d’une ventilation réfrigérée ou de la climatisation, contre seulement 50 % des métros. Les bus ne sont pas épargnés. Seuls 49 % sont climatisés et leur efficacité varie selon les modèles. « C’est épuisant de prendre le bus tous les matins pour aller travailler, il fait aussi chaud qu’au soleil », a confié un usager au Monde.

Le nerf de la guerre : l’investissement

À l’inconfort s’ajoutent les perturbations. Pendant les canicules, retards, annulations et incidents se multiplient sur le réseau ferroviaire. De quoi décourager les usagers. « Quand les gens utilisent les transports en commun, ils ne veulent pas seulement aller d’un point A à un point B, ils veulent aussi un transport fiable », rappelle Gérald Petitgand.

Les retards, les pannes et les suppressions de trains entraînent « une perte de confiance ». « Les gens ne vont jamais abandonner leur voiture s’ils se disent qu’il faut toujours en garder une au cas où le train ne fonctionne pas. »

« On continue d’investir massivement dans les infrastructures routières »

Les solutions sont pourtant bien identifiées. Il faut adapter les villes, en végétalisant les itinéraires piétons et cyclables et en créant plus d’ombre, et rendre les transports plus résistants aux fortes chaleurs, grâce à une meilleure climatisation, des quais plus frais et des infrastructures ferroviaires adaptées aux températures extrêmes.

« Le nerf de la guerre est toujours le même : l’investissement », résume Tom Dubois. Mais selon lui, les politiques publiques restent largement favorables au « système voiture » : « On continue d’investir massivement dans les infrastructures routières, de soutenir l’industrie automobile et d’encourager l’usage de la voiture, avec des injonctions contradictoires : “Achetez une voiture neuve, et covoiturez au quotidien”. »




Un réseau inadapté

Le réseau ferroviaire n’a pas été conçu pour de telles températures. Les rails peuvent atteindre 70 °C, se dilater et imposer des limitations de vitesse. La chaleur fragilise aussi les caténaires et les équipements électriques, ce qui multiplie les incidents. À cela s’ajoute le risque de feux le long des voies, qui peuvent ralentir ou interrompre la circulation, comme ce fut le cas le 20 juin près d’Arles et de Vienne.

Le réseau ferré francilien subit les mêmes difficultés. « Nos transports vont énormément souffrir », a averti Valérie Pécresse, présidente d’Île-de-France Mobilités. Face à des températures proches de 41 °C, l’autorité organisatrice a reconduit son plan de transport adapté, avec environ 1 train sur 10 supprimé sur plusieurs lignes de RER et de Transilien.

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