Toujours plus gros, les SUV « cannibalisent » l’espace public
Les SUV provoquent une « cannibalisation » de l’espace public, selon les ONG. Ici le parking d'un constructeur automobile près de Mulhouse, le 2 juin 2026. - © Sébastien Bozon / AFP
Les SUV provoquent une « cannibalisation » de l’espace public, selon les ONG. Ici le parking d'un constructeur automobile près de Mulhouse, le 2 juin 2026. - © Sébastien Bozon / AFP
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La tendance à l’augmentation de la taille des voitures neuves provoque une confiscation de l’espace public, voire une « cannibalisation », selon un rapport d’ONG.
Toujours plus larges et plus longues, les voitures des particuliers. Selon un rapport des ONG Transport&Environment (T&E) et Clean Cities, paru le 24 juin, la taille moyenne des véhicules neufs vendus en Europe gagne 1,2 cm par an depuis l’an 2000. Au rythme où vont les choses, les véhicules neufs pourraient mesurer en 2040 plus de 4,5 mètres de long et 1,90 mètre de large.
Ces chiffres confirment une tendance à la « SUVisation » du parc de véhicules neufs, visible depuis 2010 sur les routes et dans les statistiques des constructeurs. La part des SUV, ces véhicules de grands gabarits, dans les ventes de voitures neuves en France est passée de 12 à 52 % ces quinze dernières années.
Une « cannibalisation » de l’espace
Cette tendance pose, selon les ONG, un problème de partage de l’espace public. À grande échelle, les centimètres supplémentaires finissent par représenter un volume considérable.
En matière de stationnement, les villes pourraient perdre environ 1 place sur 10 à l’horizon 2040 si la tendance actuelle se prolonge. À Paris, entre 7 000 et 12 000 places de stationnement seraient ainsi « cannibalisées » selon T&E. Et ce sont plus de 100 000 places qui manqueraient dans des métropoles plus vastes comme Londres ou Berlin.
Sur la route, la normalisation de voitures plus larges diminue l’espace de circulation des cyclistes.
« Il est temps que l’automobile s’adapte à la ville, et non l’inverse », dit Marie Chéron, directrice de T&E France, dans le communiqué de presse de l’organisation.
Un risque accru en cas d’accident
Ces grands gabarits posent également un problème immédiat de sécurité. S’ils offrent à leur conducteur un sentiment de sécurité supérieur, ils ne pardonnent pas, en revanche, pour les cyclistes et piétons en cas de collision.
Même à faible allure, les capots plus hauts augmentent le risque de décès en cas de choc frontal, en particulier pour les enfants. Les piétons ou cyclistes sont percutés au niveau des organes vitaux et ont plus de chance de se retrouver sous le véhicule.
Les automobilistes, au volant de grandes carrioles, ont également une moins bonne visibilité sur la chaussée.
Ce constat conduit les deux ONG à une estimation du nombre de décès induit par la tendance au gonflement des voitures. D’ici à 2040, si rien n’est fait, ce sont 400 décès supplémentaires par accident de la route qui pourraient avoir lieu, en France, à cause des mensurations excessives de nos véhicules.
Un SUV électrique embarque autant de métaux critiques que 5 citadines
L’autre enjeu est écologique. Les SUV pèsent environ 200 kg de plus qu’une voiture standard, selon le WWF, et avoisinent souvent les 2 tonnes, contre quelques centaines de kilogrammes pour les véhicules légers ou « intermédiaires ».
En conséquence, les SUV produisent plus de particules fines et consomment plus d’énergie. Le WWF estime qu’ils possèdent en moyenne 26 chevaux de puissance de plus que les véhicules classiques. L’Agence internationale de l’énergie calculait, en 2023, que les SUV consomment 20 % de carburant en plus qu’un modèle classique.
Même en roulant à l’électricité, les SUV restent une absurdité. D’après le WWF, un SUV de type Audi Q8 e-tron ou Tesla Model X nécessite cinq fois plus de lithium, de nickel et de cobalt qu’une Twingo ZE. L’ONG estime également qu’un SUV électrique émet, sur l’ensemble de son cycle de vie, deux fois plus de gaz à effet de serre qu’un véhicule électrique léger.
Le prix d’une voiture neuve explose
L’engouement pour les bolides hypertrophiés est paradoxal, car il est concomitant à une baisse du nombre moyen de passagers par véhicule, avec la diminution du nombre de familles nombreuses.
Il est alimenté par les choix des sociétés de leasing et des constructeurs, qui perçoivent des marges plus élevées sur ces modèles, vendus en moyenne 59 % plus chers que les non-SUV selon T&E. Ces multinationales donnent le LA sur le marché et peuvent façonner les imaginaires grâce à 2 à 5 milliards d’euros d’investissement chaque année dans la publicité.
Cette tendance a fait exploser le prix moyen d’une voiture neuve, à 34 000 euros en 2024 (+30 % en deux ans), ce qui freine considérablement la conversion de la mobilité du quotidien à l’électrique. De nombreux Français et Françaises, dépendant de leur voiture, n’ont plus les moyens d’acquérir un véhicule neuf.
Pour contrecarrer cette tendance, T&E et Clean Cities demandent des normes plus strictes, des taxes à l’achat ciblant les véhicules volumineux et des mesures volontaristes de réduction de la place de la voiture. À Lyon, Bordeaux et Paris par exemple, le stationnement est plus cher pour les SUV.
En juin 2025, plusieurs organisations de la société civile demandaient déjà à la Commission européenne de limiter à 85 cm de haut le capot des véhicules neufs.