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ReportageCanicule

« Ne nous oubliez pas après les canicules » : 37 000 « sinistrés climatiques » interpellent l’État

Naïma, 65 ans, dit vivre un « calvaire » pendant les vagues de chaleur, dans son logement social d'Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

En pleine canicule, l’Affaire du siècle appelle les « sinistrés climatiques » à « se compter pour peser » et interpeller le gouvernement. Plus de 37 000 personnes ont rejoint le compteur citoyen mis en place.

Des écoles, logements et lieux de travail qui deviennent des bouilloires, des hôpitaux saturés, des restrictions d’eau, des maisons qui se fissurent, des pertes agricoles, des incendies dévastateurs qui forcent des habitants à quitter leurs lieux de vie... Des millions de Français vivent ces dernières semaines les conséquences concrètes du changement climatique, en particulier les plus vulnérables.

Alors que la France connaît une nouvelle vague de chaleur et que l’impréparation de l’État est au cœur des débats, des « sinistrés climatiques » lancent un appel à toutes les personnes touchées par le changement climatique : « Se compter pour peser. »

Soutenus par la coalition d’associations l’Affaire du siècle (Notre affaire à tous, Greenpeace France, Oxfam France), ils les invitent à se déclarer via un compteur citoyen, lancé le 9 juillet, qui a déjà recueilli 37 267 participations. Le site permet de se déclarer en quelques secondes et de partager son témoignage. L’objectif de ce recensement inédit est de « faire entendre leurs voix, afin que l’État regarde leurs réalités et agisse », explique l’Affaire du siècle.

Les lanceurs de l’appel «  Se compter pour peser  », le 9 juillet 2026 à Paris. © Léa Guedj / Reporterre

Parmi les « sinistrés climatiques » qui lancent cet appel, il y a les dix personnes qui ont engagé un recours contre l’État en 2025 pour demander une révision du plan d’adaptation au changement climatique. Selon eux, ce plan ne protège pas efficacement, ni de façon juste, les populations exposées aux risques climatiques, et ne garantit pas un financement à la hauteur des enjeux. La décision du Conseil d’État est attendue en 2027.

Combien de « sinistrés » avant que l’État n’agisse ?

Il y a cinq ans, l’Affaire du siècle avait par ailleurs obtenu la condamnation de l’État français pour inaction climatique. « Qu’est-ce qui a été fait depuis ? » interroge Tatjana Uskokovic, coordinatrice de l’Affaire du siècle. D’après les données de Météo-France, on est passé d’une canicule tous les cinq ans en moyenne avant 1989 à deux canicules par an depuis 2015. Rien que pendant celle de juin, Santé publique France a enregistré une hausse des morts de 30 % par rapport à la semaine précédente. 
 
« Combien de personnes auront perdu un proche cet été ? Combien en faudra-t-il pour qu’on arrête de les oublier et que l’État agisse pour les protéger ? » interpelle la militante, qui craint elle-même pour la santé des siens. Avec son collectif d’associations, elle réclame aussi, bien sûr, des mesures d’atténuation du réchauffement climatique, pas seulement d’adaptation. « Il est illusoire de penser qu’on va pouvoir s’adapter à un monde qui continue de se réchauffer d’année en année », dit-elle.

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« Ne nous oubliez pas après les canicules », réclame Naïma, 65 ans, qui vit dans un logement bouilloire à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Dans son appartement d’une tour de logements sociaux de dix-sept étages, elle vit un « calvaire » pendant les vagues de chaleur. Sans volets, ni système de ventilation, elle tente de se protéger des rayons ardents du soleil, qui « tapent dès le matin », en fermant les rideaux.

La retraitée, qui souffre d’hypertension, s’est parfois retrouvée « au bord du malaise ». Membre du syndicat Locataires ensemble, elle se bat contre les bailleurs qui maintiennent des locataires dans des passoires thermiques et souhaiterait qu’une loi soit votée afin de rendre l’installation de volets obligatoires.

Des parents inquiets pour le futur de leurs enfants

Le logement d’Harmonie, 35 ans, n’a pas de volets ni de ventilation non plus. Dans son appartement lillois, où la température a atteint 45 °C en juin, elle n’a « quasiment pas fermé l’œil pendant une semaine ». La situation lui rappelle le mois de juin 2024, lorsqu’elle venait donner naissance à son garçon. Après son accouchement, elle se souvient des « conditions épuisantes » dans sa chambre d’hôpital « surchauffée ». Dans la maternité, le personnel soignant était « démuni » et les sources de fraîcheur se limitaient à un « petit ventilateur de table » et des bouteilles d’eau.

« La fatigue et le stress étaient décuplés par la chaleur » et l’inquiétude de voir son nouveau-né dans l’incapacité de réguler sa température corporelle. « De retour dans mon logement, je pleurais avec mon bébé accroché à mon sein », se remémore-t-elle. Une question la taraudait alors : « Ai-je bien fait de mettre au monde un enfant, si c’est ce futur qui l’attend ? » Aujourd’hui, c’est la colère qui l’habite, lorsqu’elle voit son fils de 2 ans « montrer des signes d’hyperthermie » : « Je suis furieuse quand je constate qu’on rabote encore les budgets qui pourraient nous permettre d’adapter nos vies à ce réchauffement. »

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Sarah, mère d’une fille de 9 ans, scolarisée en CM1 dans une école de Montreuil (Seine-Saint-Denis), a quant à elle participé au mouvement Faites la briller, qui a rassemblé des parents d’élèves pour réclamer la rénovation et la végétalisation du bâti scolaire pendant la dernière vague de chaleur. « C’était une fournaise dans les classes », souligne-t-elle.

Sarah, mère d’une fille de 9 ans, estime que «  c’est aux adultes, et en particulier au gouvernement, d’agir  ». © L’affaire du siècle

Face à cette situation, elle a dû retirer sa fille de l’école : « Elle revenait avec des nausées et des maux de tête. » Et encore, la mère de famille se considère comme « privilégiée », car « d’autres parents culpabilisaient, n’ayant pas la chance de pouvoir garder leurs enfants à la maison ».

« C’est aux adultes, et en particulier au gouvernement, d’agir, car c’est à ces enfants-là qu’on va laisser les conséquences du changement climatique pour toute leur vie », lance-t-elle.

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