Une « bactérie mangeuse de chair » sur les plages espagnoles : « Les cas graves sont très rares »
Le changement climatique permet des conditions plus favorables à la prolifération de Vibrio vulnificus en Méditerranée. - © Lorena Sopena Lopez / Anadolu / AFP
Le changement climatique permet des conditions plus favorables à la prolifération de Vibrio vulnificus en Méditerranée. - © Lorena Sopena Lopez / Anadolu / AFP
Le réchauffement de la Méditerranée crée des conditions propices à la prolifération de Vibrio vulnificus, une bactérie marine pouvant provoquer, dans de rares cas, de graves infections. On la trouve pour l’instant surtout sur les côtes espagnoles.
Madrid (Espagne), correspondance
On surnomme cette bactérie aquatique « mangeuse de chair », pour la spectaculaire nécrose des tissus qu’elle peut provoquer. Vibrio vulnificus peut se transmettre lors d’une baignade avec une plaie ouverte ou par la consommation de fruits de mer infectés crus ou peu cuits. Avec le changement climatique, elle trouve des conditions idéales pour s’épanouir en mer Méditerranée, particulièrement le long des côtes espagnoles.
« C’est une bactérie qui peut entraîner de graves infections, pouvant dans certains cas extrêmes évoluer en septicémie. Mais ces cas restent tout de même encore rares », tient à rassurer Carmen Amaro, professeure de microbiologie à l’université de Valence. Les personnes âgées ou celles souffrant de problèmes de santé sont les plus à risque, explique celle qui analyse la présence de cette bactérie sur la côte est de l’Espagne. Dans les cas bénins, elle peut provoquer de la fièvre et des gastro-entérites.
Une étude a recensé 167 infections par différentes formes de Vibrio — toutes n’étant pas aussi dangereuses — entre 2010 et 2023 en Espagne. Un peu plus de 2 % de ces cas seulement étaient liées à la bactérie Vibrio vulnificus. On sait par exemple qu’en 2002 un homme est décédé de la bactérie Vibrio vulnificus après que sa blessure est entrée en contact avec de l’eau de mer. Depuis ce dernier mort recensé officiellement, une autre personne a elle aussi été hospitalisée pendant deux semaines après l’infection d’une blessure sur une plage de la mer Cantabrique en 2007, mais s’en est sortie.
Une augmentation des risques
Les cas documentés en Espagne restent peu nombreux mais risquent de se multiplier, puisque la bactérie Vibrio vulnificus aime les eaux chaudes et modérément salées. On la retrouve principalement dans les estuaires et autour des lagunes où se mélangent eau douce et eau de mer.
« La Méditerranée espagnole n’est normalement pas un environnement favorable à la vie de cette bactérie car elle ne remplit pas toutes les conditions en termes de température et de salinité, explique Jaime Martinez Urtaza, professeur au département de génétique et de microbiologie de l’université autonome de Barcelone. Mais avec les changements climatiques, elle a une fenêtre d’opportunité. » Si le phénomène se poursuit au même rythme, la bactérie pourrait à l’avenir arriver sur les côtes françaises.
Les épisodes de précipitations extrêmes dans le bassin méditerranéen, notamment ceux de goutte froide, comme à Valence en 2024, sont un autre facteur favorable au développement de la bactérie. « Lorsqu’il y a des pluies torrentielles dans une région, cela rejette des eaux douces dans la mer, donc la salinité diminue. Si la salinité baisse et que l’eau est déjà plus chaude, les conditions deviennent alors idéales pour sa prolifération », détaille Jaime Martinez Urtaza.
Une bactérie sous surveillance
« On l’observe de plus en plus ces vingt dernières années en Méditerranée, mais toutes les bactéries de cette espèce ne sont pas virulentes, assure Carmen Amaro. Certaines souches ne portent pas les gènes de virulence, tandis que d’autres peuvent les porter sans être dangereuses. C’est une bactérie génétiquement très variable. »
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies a néanmoins déjà alerté sur cette bactérie alors que son expansion a été observée en mer Baltique, où l’eau est bien moins salée qu’en Méditerranée. En 2018, 445 cas y ont été signalés après des fortes chaleurs, soit plus du triple de la moyenne des années précédentes. Depuis, des cas continuent d’être enregistrés, comme en 2025, quand un homme est décédé après une baignade sur les côtes allemandes.
Jaime Martinez Urtaza souligne que l’évolution de nos modes de vie accroît aussi les risques d’exposition. Le vieillissement de la population augmente le nombre de personnes vulnérables, tandis que la multiplication des activités nautiques, de la pêche et de la consommation de fruits de mer rend plus fréquentes les occasions d’être exposé à la bactérie.
En Espagne, des contrôles sont régulièrement menés sur la qualité de l’eau et des fruits de mer. La prudence est de mise, même si les experts estiment que les risques restent, pour l’instant, faibles. « Des informations ont circulé sur la fermeture de plages en Espagne en raison de cette bactérie, mais ce n’est pas exact. On parle plutôt de fermetures en raison de pollution fécale », explique Jaime Martinez Urtaza, qui a participé à la création d’une carte recensant les risques actuels à travers le monde.