Anti-écolo, anti-LGBT... Qui est le futur Défenseur des droits proposé par Macron ?
François-Noël Buffet, pressenti pour être le nouveau Défenseur des droits, le 3 juin 2026. - © Daniel Perron / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
François-Noël Buffet, pressenti pour être le nouveau Défenseur des droits, le 3 juin 2026. - © Daniel Perron / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Critiqué pour ses prises de position contre les LGBT, l’IVG et l’immigration, le futur Défenseur des droits proposé par Emmanuel Macron, un sénateur LR, s’illustre aussi par son aversion pour ce qu’il appelle « l’écologie punitive ».
Malgré la polémique, le président de la République a officialisé sa proposition de nommer François-Noël Buffet, figure de la droite au Sénat, au poste de Défenseur des droits. Cette autorité administrative indépendante est chargée de veiller au respect des libertés et des droits des citoyens. Si le Parlement approuve, cet élu Les Républicains (LR) de 64 ans succèdera à Claire Hédon, connue pour ses alertes récurrentes sur la fragilisation de l’État de droit, notamment en matière de liberté de manifestation.
Dans une décision parue le 8 juillet, celle qui a été présidente d’ATD Quart-Monde se dit « effrayée » de ses observations au terme de ses six années de mandat. Elle dénonce la « logique de confrontation » des autorités qui a conduit à « un lourd bilan humain » lors de la manifestation à Sainte-Soline le 25 mars 2023. Elle a indiqué saisir le ministère de l’Intérieur pour demander des sanctions disciplinaires à l’encontre des gendarmes identifiés dans son enquête.
Les militants écologistes dans le viseur du sénateur
On peut s’attendre à un tout autre point de vue de la part du sénateur François-Noël Buffet. Sa probable nomination provoque déjà l’inquiétude pour ses positions sur la constitutionnalisation du droit à l’avortement, contre le mariage des gays et des lesbiennes et ses propositions répressives sur l’immigration. Reporterre a aussi cherché à décrypter ses orientations en matière d’écologie. Résultat : si le sénateur n’est pas de ceux qui nient le réchauffement climatique, ses opinions le placent en opposition avec une grande partie des défenseurs de l’environnement et du climat.
À ses yeux, les personnes qui se sont rassemblées lors de la grande manifestation contre la mégabassine de Sainte-Soline (Deux-Sèvres) en mars 2023 « n’étaient pas venues simplement pour manifester ». « Certaines d’entre elles étaient venues pour casser, pour tuer, pour blesser les forces de l’ordre », avait-il assuré sur Public Sénat. « Ce n’est pas une manifestation pacifique », avait-il conclu. Le tout sans un mot pour les participants gravement blessés par les forces de l’État. 200 manifestants avaient été blessés, dont certains très gravement.
Dès 2022, l’élu LR avait qualifié la première mobilisation, en octobre, à Sainte-Soline, de « weekend dramatique », au cours duquel la « violence » des manifestants aurait « atteint des sommets » contre la gendarmerie.
« Cette montée de violence s’est manifestée ailleurs et sous d’autres formes », poursuivait-il en listant : « On a ainsi dégradé des œuvres d’art ; on a bloqué la circulation ; on a créé des tensions extrêmement fortes. » Une référence, sans doute, aux actions menées par des activistes climat dans les musées et les routes bloquées par des militants pour interpeller sur l’urgence de la rénovation énergétique des bâtiments.
En faveur de la dissolution des Soulèvements de la Terre
François-Noël Buffet s’est par ailleurs exprimé en faveur de la dissolution des Soulèvements de la Terre, procédure engagée en 2023 par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, avant d’être annulée par les juges du Conseil d’État. La cause de l’ire du sénateur contre le mouvement écologiste ? « Des messages ouvertement hostiles aux forces de l’ordre », projetés sur la façade d’un musée lyonnais lors de la Fête des Lumières. Le message, « La police blesse et tue », avait été diffusé par Les Soulèvements de Terre pour « rappeler les violences policières », en particulier à Sainte-Soline.
« Il est assez étonnant de constater que ces propos font davantage réagir l’espace médiatique et les politiques que les vidéos des gendarmes de Sainte-Soline où ils étalent abondamment leur joie à mutiler et même à tuer des manifestantes écologistes », avait commenté le mouvement, à la suite des réactions « épidermiques » suscitées par leur action. François-Noël Buffet indiquait de son côté qu’une « plainte [avait] été déposée ».
Il faut dire que le sénateur, ancien ministre auprès du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, est un fervent défenseur des forces de l’État. Dès 2012, il défendait par exemple la « présomption de légitime défense » pour un policier ou un gendarme qui ferait usage de son arme à feu. Cette présomption a été approuvée le 7 juillet par l’Assemblée nationale, avec le vote en faveur d’une proposition de loi à l’initiative du groupe Les Républicains.
En 2025, François-Noël Buffet portait un projet de loi pour étendre les prérogatives de la police municipale et des gardes champêtres, reprenant les recommandations de son rapport. Port d’armes, contrôles d’identité, verbalisations, fouilles, palpations, usage de drones… Ces pouvoirs sont renforcés. Il se targuait lui-même d’avoir armé sa police municipale lorsqu’il était maire d’Oullins, près de Lyon. Pour « prévenir les violences lors des manifestations », le sénateur a aussi cosigné une proposition de loi en 2018 introduisant notamment un nouveau délit pour « punir la dissimulation de son visage ».
Écologie dite « positive » contre écologistes « radicaux »
Outre ses positions très sécuritaires, y compris sur les manifestations écologistes, le sénateur du Rhône dresse aussi une distinction claire entre sa conception de l’écologie dite « positive », « qui ne repose pas sur la décroissance mais sur l’innovation », et ce qu’il nommait sur Sud Radio une « écologie punitive », qui met notamment en place les zones à faibles émissions (ZFE).
« Je n’ai rien contre l’écologie, naturellement, je suis réservé sur un certain nombre d’écologistes radicaux, associés à des personnes qui sont des extrêmes, et qui n’ont pas la même vision que nous sur le développement économique du territoire », déclarait François-Noël Buffet, alors candidat Les Républicains au siège de président de la Métropole de Lyon, en juin 2020 sur BFMTV. Il exprimait alors des « réserves contre l’écologie radicale, associée à des extrêmes », en ciblant ses concurrents écologistes qui s’étaient alliés avec les listes de gauche (le Parti socialiste et La France insoumise) pour le second tour.
Son écologie, c’est celle des bassines, dont il défendait le financement public face à une irrigation agricole insuffisante à son goût en France. C’est aussi celle d’un assouplissement de la réglementation sur les installations d’élevage et de la réintroduction de pesticides néonicotinoïdes. Il démontre aussi sa vision en vantant les mérites du cimentier Vicat, dont trois usines, notamment celle située sur la commune de Montalieu‐Vercieu, à quelques kilomètres de Lyon, font partie des 50 sites industriels les plus émetteurs de CO2.