Sandrine Rousseau : « Le gouvernement a brillé par son abandon de poste durant toute la période caniculaire »
Sandrine Rousseau lors de questions au gouvernement, le 10 juin 2025. - © Geoffroy Van der Hasselt / AFP
Sandrine Rousseau lors de questions au gouvernement, le 10 juin 2025. - © Geoffroy Van der Hasselt / AFP
Lundi 6 juillet, l’Assemblée nationale examine la motion de censure pour « inaction climatique » déposée contre le gouvernement par les Écologistes. Pour la députée Sandrine Rousseau, l’exécutif « a brillé par son absence durant la canicule » et « devra en répondre ».
Le 30 juin, Sandrine Rousseau, députée Les Écologistes de la 9e circonscription de Paris (Île-de-France), appelait son parti à déposer une motion de censure contre le gouvernement pour sa gestion de la canicule, ce qui a été fait le 2 juillet. Celle-ci est débattue à l’Assemblée nationale lundi 6 juillet à partir de 14 heures.
Reporterre — Pourquoi les Écologistes ont-ils déposé cette motion de censure pour « inaction climatique » contre le gouvernement ?
Sandrine Rousseau — Nous l’avons déposée parce que le gouvernement a brillé par son absence et par son abandon de poste durant toute la période caniculaire. Le plan canicule n’a pas été déclenché dans les hôpitaux, ou alors très tardivement [le 25 juin, le ministère de la Santé a activé la phase 3 de son plan Orsan et a débloqué une enveloppe de 100 millions d’euros pour le rafraîchissement des services hospitaliers].
De la même manière, il n’y a pas eu de consignes concernant la sphère du travail, comme la possibilité pour les personnes les plus exposées aux chaleurs de quitter leur poste ou de décaler leurs horaires [le ministère du Travail a tout de même communiqué à ce propos le 18 juin]. Idem, il a fallu attendre les deux derniers jours de la canicule pour qu’un message soit adressé aux personnes isolées [le 25 juin]. Et ce, alors même que nous avons déjà eu un épisode caniculaire en mai et que, depuis 2003, nous cumulons les vagues de chaleur.
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Il y a donc un vrai sujet autour de cette impréparation qui, à la fin, confine à de l’incompétence : ce gouvernement a laissé les gens se débrouiller seuls avec ce pic de chaleur. Le Premier ministre Sébastien Lecornu ne s’est pas exprimé à ce propos, préférant communiquer sur la prolongation des soldes, de même qu’Emmanuel Macron.
Ils n’ont pas eu un mot d’empathie vis-à-vis des Françaises et des Français, vis-à-vis de toutes les personnes qui résident sur le territoire français, alors qu’elles étaient confrontées à de nombreuses difficultés. Pendant la pandémie de Covid-19, il y avait tous les deux jours une prise de parole de l’exécutif. Là, rien : cette canicule n’a pas été conçue comme une crise sanitaire, comme une crise importante par le gouvernement.
Le Rassemblement national a indiqué qu’il ne voterait pas cette motion de censure, de même que le Parti socialiste. Que pourra-t-elle apporter, sachant qu’a priori elle ne devrait pas passer ?
Nous attendons que l’exécutif soit interrogé sur sa manière de gérer cette canicule : ce n’est pas possible qu’un moment caniculaire de cette ampleur et de cette intensité passe dans les affaires courantes du gouvernement. Voilà pourquoi cette motion de censure est importante : elle permet de marquer le coup et de pointer son inaction et son absence totale de discours écologiste, de discours sur le climat et sur l’aggravation des épisodes climatiques.
« Cette motion de censure permet de pointer l’absence totale de discours sur le climat et sur l’aggravation des épisodes climatiques de la part du gouvernement »
Depuis l’arrivée de Sébastien Lecornu à Matignon, il n’a envoyé que des signaux extrêmement graves, que ce soit concernant l’Ademe ou toutes les autres agences publiques indépendantes, comme Santé publique France. Idem, le Premier ministre n’a pas eu une parole sur ce qui va se passer dans les années à venir.
Je ne veux pas que cela se perde dans l’actualité politique au milieu de trois actus et de deux matchs de foot. Nous voulons que cette question et cette absence de mobilisation de l’État soit un débat politique. Nous voulons que cette question et cette absence de mobilisation de l’État soit un débat politique.
Les Écologistes réclament aussi l’ouverture d’une commission d’enquête sur l’« absence de politique d’adaptation » de l’exécutif. Qu’en attendez-vous ?
Pour moi, le problème ne relève pas que de l’adaptation. On le voit aujourd’hui avec la question de la climatisation : tout le débat se concentre uniquement sur l’adaptation, c’est-à-dire sur comment vivre dans une France à + 4 °C, à + 5 °C. Cela évacue complètement le sujet de la réduction des émissions de gaz à effet de serre, lequel est encore une fois mis au second plan.
Or, toute politique d’adaptation ne peut être qu’imparfaite si le réchauffement climatique s’emballe et si elle ne garantit pas la survie des plus faibles et, au-delà, de la survie de l’humanité. Le débat sur l’adaptation est donc un débat partiel, et la commission d’enquête devra également investiguer la question de l’atténuation de ce réchauffement car il n’y a pas d’adaptation possible dans un monde à + 4 °C. L’épisode que nous venons de vivre le montre très bien.
« Toute politique d’adaptation ne peut être qu’imparfaite si elle ne garantit pas la survie des plus faibles »
En tout cas, il faut que tous les ministres — écologie, logement, santé, éducation nationale, justice… — qui ont brillé par leur absence durant cet épisode caniculaire soient individuellement questionnés sur le fait qu’ils avaient tous quelque chose de plus important à faire à ce moment-là, alors que l’ensemble du pays était en très grande difficulté.
Au fond, aucun d’entre eux n’en a pris la mesure, car eux-mêmes n’ont pas vécu dans leur chair ce qu’est la canicule. Comment ont-ils pu laisser un pays entier dans une situation aussi compliquée sans aucun accompagnement et sans aucune politique publique ? Ils devront en répondre.