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EntretienCanicule

Morts de la canicule : « Le gros du problème, c’est le logement »

Une tour d'habitation dépourvue de volets, le 9 juillet 2026 à Paris.

Les chaleurs de l’été 2026 ont déjà provoqué près de 6 000 morts en excès. D’où l’urgence de mettre en place des actions ambitieuses et égalitaires sur le logement, estime l’épidémiologiste Basile Chaix.

Un bilan humain jamais vu depuis la canicule de 2003 et ses 15 000 morts : 36 % de personnes en plus sont décédées entre le 17 juin et le 2 juillet par rapport à l’attendu sur la base des six dernières années, selon les données provisoires de Santé publique France, soit 5 764 décès.

Si des leçons ont été tirées de 2003, avec une meilleure prévention du risque de chaleur extrême dans les Ehpad, 2026 doit provoquer un nouvel électrochoc : toutes les tranches de la population sont touchées par la surmortalité. Avec un dénominateur commun, celui des logements inadaptés aux fortes chaleurs, dénonce Basile Chaix, directeur de recherche à l’Inserm, spécialiste des effets de l’environnement sur la santé.

Reporterre — Le fait marquant de ces vagues de chaleur du début d’été est qu’à partir de 15 ans, les personnes de tous les âges ont été victimes de la canicule, alors qu’on avait tendance à se préoccuper principalement des plus vieilles. L’excès de mortalité le plus notable concerne même les 45-64 ans avec un bond de 55 %. Comment l’expliquer ?

Basile Chaix — Ce bilan est très inquiétant pour l’avenir, car l’exceptionnel d’aujourd’hui risque d’être l’habituel de demain. D’autant plus que l’été n’est pas fini et que la chaleur tue également en dehors de la période de canicule. Par exemple, sur tout l’été 2023, il y a eu 5 300 morts imputables à la chaleur, parmi lesquelles un tiers seulement sont survenues pendant les canicules. C’est notamment lié à la fatigue accumulée, qui augmente le risque d’accident du travail ou de la route, c’est prouvé.

Cela explique aussi pourquoi aucune classe d’âge n’a été épargnée. C’est pourquoi il faut s’attaquer aux logements inadaptés à la chaleur, qui expliquent la majorité de la mortalité en période caniculaire.


Santé publique France indique que les décès « ont augmenté dans tous les types de lieux », mais « en particulier à domicile ». Qu’est-ce que cela dit des améliorations notables depuis 2003 et de celles que le gouvernement doit porter après ces vagues de chaleur inédites par leur intensité ?

Pour les personnes très vulnérables et très identifiables, dans des Ehpad, c’est le minimum qu’une attention particulière leur ait été portée depuis 2003, avec une prise de conscience que la chaleur les tue. Je ne sais pas si cela doit susciter un applaudissement.

« Il faut un plan pour que les personnes vulnérables vivent mieux la chaleur chez elles »

Il faut à présent mettre l’accent sur les personnes vulnérables à domicile. Les communes établissent des listes pour les recenser, il faut qu’elles aient suffisamment de personnel, a minima pour les appeler, passer chez elles et engager un plan pour leur permettre de mieux vivre la chaleur dans leur habitat.

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Même pour les personnes traditionnellement opposées à la climatisation, les vagues de chaleur prennent de telles proportions qu’elle devient un équipement médical nécessaire à la survie pour les personnes très âgées, souffrant d’une ou plusieurs maladies chroniques.

La prochaine étape, c’est d’intervenir en amont de l’été, avec une prise en charge de l’État, pourquoi pas via la Sécurité sociale, de l’installation de la climatisation chez elles, mais aussi de la facture énergétique qui en découlerait pour les personnes les plus défavorisées.


Comment diminuer les inégalités d’accès à la climatisation pour les plus vulnérables ?

Face au mur d’investissements nécessaire pour améliorer le confort d’été dans les logements, en urgence, pour l’été prochain, il faut commencer par équiper en climatisation les plus vulnérables, puis, en descendant, aller vers les populations les moins fragiles.

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Certains agitent la solution de la climatisation sans résoudre le problème de la facture énergétique qu’elle engendrerait dans un contexte où le pouvoir d’achat est très affecté, mais le gouvernement n’a pas la volonté d’agir pour régler la question de cette inégalité. Or, sans intervention massive de l’État, elle va s’établir de façon inégalitaire.


Pourquoi l’action du gouvernement face aux vagues de chaleur de cette année est-elle insuffisante à l’aube des prochaines ?

Les campagnes de prévention mentionnant qu’il faut boire de l’eau, c’est de la communication. Comme ça, le gouvernement peut se prévaloir de faire quelque chose, tout en laissant de côté le gros du problème : le logement. Il est probablement condamnable car il dit qu’il a fait tout ce qu’il pouvait faire, mais ce n’est pas vrai.

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Les budgets alloués aux offices HLM sont insuffisants. Le fonctionnement du parc locatif privé, avec des locataires qui n’ont pas leur mot à dire alors qu’ils subissent les effets de la chaleur dans des logements bouilloires, ça produit une surmortalité scandaleuse. Je n’ai pas de solution miracle à proposer, mais une chose est sûre : cette surmortalité survient alors que nous avons pris conscience il y a plus de vingt ans que la chaleur extrême tue. Elle tue moins là où la population est davantage équipée, notamment dans le sud de la France, par exemple.


Pourquoi la climatisation est paradoxalement la solution la plus mise en avant, alors qu’elle participe au réchauffement climatique ?

Plus globalement, c’est la question du logement qui doit être au cœur des réflexions. L’installation de la climatisation doit se faire tout en poursuivant l’effort de rénovation énergétique des logements, car c’est la mère des batailles.

Les projets de rénovation engagés pour maintenir la chaleur dans les logements coûtent extrêmement cher. Malheureusement, compte tenu de ce que nous avons vécu et de ce qui s’annonce, ils ne vont pas suffire, car ils ne prennent pas en compte le confort d’été. C’est une chose d’isoler un habitat, c’en est une autre de le concevoir pour que la chaleur puisse être évacuée la nuit. Sans possibilité de faire passer l’air de façon transversale, l’inertie thermique des logements les rend invivables même plusieurs jours après la fin d’une vague de chaleur.

« Il faut aller au-delà de la solution de la climatisation »

Le problème, c’est qu’une fois que les bailleurs ont engagé des frais pour isoler l’habitat, il reste peu de sous dans le parc locatif public pour se préoccuper du confort d’été. C’est pire dans le privé, d’autant plus que le confort d’été est très peu pris en compte dans le diagnostic de performance énergétique, la fameuse lettre, la seule qui intéresse les propriétaires, surtout soucieux de leur business.

Le nouveau défi qui s’annonce consiste à nous adapter aux vagues de chaleur, à court comme à long terme. Il faut aller au-delà de la solution de la climatisation, se pencher sur la prise d’habitudes différentes avec une meilleure adaptation des modes de vie. L’effet d’îlot de chaleur urbain augmente jusqu’à 8 °C la température par rapport à la périphérie rurale. L’Île-de-France a été la région la plus touchée par la surmortalité en ce début d’été et Paris est la ville la moins adaptée à la chaleur en Europe, compte tenu de sa densité et du manque d’espaces verts. Il est urgent de repenser l’aménagement urbain.

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