Juin 2026, la canicule de tous les records
La carte de l'Europe le 24 juin 2026. - © Sabrina Blanchard / AFP
La carte de l'Europe le 24 juin 2026. - © Sabrina Blanchard / AFP
À son commencement, le 17 juin, personne n’imaginait l’ampleur historique qu’elle allait prendre. « La canicule que nous vivons est d’une sévérité exceptionnelle », résume Météo-France. Le 22 juin, près de 500 records ont été pulvérisés.
Les températures sont accablantes, et les chiffres qu’elles abandonnent dans leur sillage le sont tout autant. Chaque mois ou presque, de nouveaux records climatiques font tomber les précédents à peine ceux-ci couronnés. La cadence de ce turnover est si intense qu’elle pousse parfois à s’en détacher. Mais cette fois-ci, la canicule que traversent la France et l’Europe mérite d’être regardée dans les yeux tant elle est brutale et hors du commun.
À son commencement, le 17 juin, personne n’imaginait l’ampleur historique qu’elle allait prendre. Neuf jours plus tard, la France détient désormais un nouveau record d’« indicateur thermique national », dit ITN. Calculé tous les jours depuis 1947, cet indicateur évalue la température moyenne dans l’Hexagone à partir des données de 30 stations météorologiques réparties uniformément sur le territoire.
Les journées du 5 août 2003 et du 25 juillet 2019 trônaient jusqu’ici à la première place du classement, avec 29,4 °C. Un record battu une première fois le 23 juin avec 29,9 °C et une deuxième fois, dès le lendemain, avec 30 °C. Le 25 juin se positionnerait lui aussi en tête du classement, également avec 30 °C, d’après les premières estimations de Météo-France, communiquées le jour même à 17 h. Les trois journées que vient de vivre la France deviennent ainsi les plus chaudes de son histoire.
Les nuits, qui permettent à nos organismes de récupérer, ont elles aussi été cauchemardesques. Le record de la nuit la plus chaude a été battu entre le 24 et le 25 juin, deux jours seulement après être tombé une première fois. Le mercure est resté supérieur à 27 °C à Nantes et Orly. À Paris, où certains habitants ont erré dans les parcs jusqu’au matin en quête de fraîcheur, le thermomètre n’est pas descendu sous les 26,4 °C. Du jamais-vu.
500 records en une journée
Il y a douze ans, Évelyne Dhéliat, célèbre présentatrice météo de TF1, présentait un bulletin fictif censé illustrer une journée de canicule d’août 2050. La carte, semblant tout droit sortie d’un film de science-fiction, avait marqué les esprits. Elle affichait pourtant des valeurs jusqu’à 13 °C inférieures à ce que la France a affronté… le 24 juin 2026.
Ce jour-là, le record national de chaleur à un instant T — observé près de Montpellier en 2019 et s’élevant à 46 °C — n’a certes pas été franchi, mais la ville de Saumur (Maine-et-Loire) a atteint les 44,1 °C. Lundi 22 juin, près de 500 records mensuels ou absolus de températures ont été enregistrés, principalement sur la moitié ouest du pays.
Les cartes de Météo-France ont bien sûr viré de couleur. Le 25 juin, quelque 72 départements ont été placés en vigilance rouge, pulvérisant le précédent record. Côté feux de forêt, le même jour, 48 préfectures affichaient un seuil de risque « élevé ». Deux autres, « très élevé ». Là encore, une première en France. Et tandis qu’on suffoque à terre, les océans aussi croulent sous des températures hors normes : +3 °C dans le golfe de Gascogne, et +3,3 °C au nord-ouest de la Méditerranée, comparés aux normales de saison de 1991 à 2020.
Disque rayé
Le reste de l’Europe de l’Ouest n’est pas épargné. Le 25 juin, pas moins de 100 millions de personnes auraient affronté des températures supérieures à 35 °C, d’après les calculs de l’AFP. La veille, le Royaume-Uni battait son record de chaleur mensuel… datant du 28 juin 1976. En Espagne, au moins 212 décès —recensés entre le dimanche 21 et le mercredi 24 juin — peuvent être attribués à la canicule, selon l’Institut de santé Carlos III à Madrid. Et l’Allemagne commence à se calfeutrer à mesure que le dôme de chaleur s’échappe de l’Hexagone par l’est.
D’après World Weather Attribution, un réseau international de scientifiques, cette canicule sans précédent pour l’Europe aurait été pratiquement impossible il y a à peine cinquante ans. Si la même configuration météorologique s’était produite en 1976, l’épisode aurait été plus frais de 3,5 °C. Par ailleurs, les températures nocturnes étouffantes, observées ces derniers jours, sont elles devenues 100 fois plus probables aujourd’hui qu’il y a seulement vingt-trois ans, précise leur rapport publié le 26 juin.
« Oui, nous avons les solutions. Non, nous ne les mettons pas en œuvre assez rapidement »
« Les scientifiques comme moi commencent à ressembler à un disque rayé, s’est agacée l’une des autrices, Friederike Otto, professeure à l’Imperial College de Londres. Année après année, nous faisons les mêmes déclarations en réaction à des vagues de chaleur atteignant des niveaux toujours plus élevés. Oui, c’est le changement climatique. Oui, c’est de notre faute. Non, ce n’est pas El Niño. Oui, nous avons les solutions. Et non, nous ne les mettons pas en œuvre assez rapidement. »
Des milliers de morts
Un chiffre manque encore à ce terrible décompte : celui du nombre de vies emportées par la canicule. L’an passé, 5 700 décès liés aux chaleurs extrêmes avaient été recensés en France. Trois quarts d’entre eux concernaient des personnes de plus de 75 ans, notamment des femmes. « Et pourtant, on n’a jamais visage, jamais un portrait, regrettait il y a quelques jours dans Reporterre la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte. Comme si on voulait les rendre invisibles. »
D’après Benoît Thomé, directeur des relations institutionnelles à Météo-France, « la canicule que nous vivons est d’une sévérité exceptionnelle, d’un niveau au moins équivalent à 2003 ». Cette année-là, la vague de chaleur avait causé la mort de plus de 14 000 personnes. Si le bilan humain définitif de l’épisode actuel ne sera sûrement pas dévoilé avant de nombreux mois, il promet d’être dramatique.
Et si juin 2026 nous semble aujourd’hui exceptionnel, il restera malgré tout l’un des juins les plus frais du reste de nos vies. Pour l’heure, la trajectoire actuelle d’émissions de gaz à effet de serre guide la France vers un réchauffement à 4 °C d’ici la fin du siècle. Dans un tel scénario, d’après une étude publiée dans The Lancet en 2024, le nombre médian de décès liés à la chaleur sur notre territoire s’élèverait cette fois à 23 382 par an.