Les vagues de chaleur, une « hécatombe sanitaire grandissante »
Vague de chaleur à Toulouse, en 2023. - © Patrick Batard / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Vague de chaleur à Toulouse, en 2023. - © Patrick Batard / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Les fortes températures, de plus en plus précoces, provoquent chaque année 5 398 décès en France, selon Oxfam. Elles affectent en priorité les personnes précaires, âgées et les femmes.
C’était il y a à peine quelques semaines, quand nous subissions le premier coup de chaleur d’un été qui s’annonçait déjà suffocant. Un journaliste de RMC nous enjoignait à arrêter de pleurnicher. « Tu mets un t-shirt, t’arrêtes de chouiner et basta ! » Et d’ajouter : « L’actualité “il fait chaud” dès qu’on dépasse 30 °C, ça suffit ! J’entends parler de sécurité. Mais sécurité de quoi ? »
Pour trouver des réponses à ses interrogations, sans aucun doute légitimes, nous lui conseillons vivement de lire le copieux rapport d’Oxfam « Santé et climat : la fièvre monte, quand le réchauffement climatique menace notre santé », publié le 18 juin.
« Une hécatombe sanitaire grandissante »
Les chiffres inédits de l’étude donnent à voir la catastrophe sanitaire qu’entraînent les températures caniculaires. Et surtout, ces données pointent, de façon implacable, l’inégalité sociale provoquée par le réchauffement climatique. « Notre système de santé n’est nullement prêt à répondre à cette hécatombe sanitaire grandissante », alerte l’ONG.
5 398 décès chaque année
Chaque année, la chaleur provoque 5 398 décès en France, en moyenne. Les fortes températures aggravent le risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) et les maladies cardiovasculaires. Elles sont dangereuses pour la santé du cœur, elles compliquent les grossesses, multiplient les symptômes des maladies chroniques, accroissent la perte de sommeil, renforcent les syndromes d’anxiété et malmènent aussi notre santé mentale.
À titre d’exemple, pour chaque augmentation de la température de 1 °C, les risques d’AVC augmentent de 3,8 %. Le risque de mourir d’un infarctus du myocarde est aussi 7 % plus élevé lors des 1 % des journées les plus chaudes de l’année. Les principales victimes ? D’abord et avant tout les femmes, souvent mal diagnostiquées et mal soignées, d’autant plus dans les périodes de canicules où les services de santé peuvent être saturés.
La surexposition des personnes précaires
Rien qu’au cours de l’été 2025, 13 095 personnes souffrant d’une hyperthermie, d’une déshydratation ou d’une hyponatrémie (une diminution du sodium) ont dû être hospitalisées. Les populations les plus précaires et les plus vulnérables, déjà touchées par un système de soins défaillant, sont, là aussi, les premières concernées. À l’été 2025, la mortalité liée à la chaleur a été 31 % plus élevée dans les 10 départements les plus pauvres que dans les 10 départements les plus riches.
Une « triple peine » touche violemment ces populations précaires, rapporte l’étude d’Oxfam. « Elles sont surexposées aux risques climatiques, elles ont un état de santé dégradé et une inégale capacité à se protéger par rapport aux autres. »
Une « triple peine » pour les populations précaires
Le risque d’une surexposition aux fortes chaleurs est ainsi dix fois moins important pour les habitantes et habitants des 20 % des quartiers urbains les plus favorisés par rapport aux 20 % des quartiers les plus défavorisés. En cause ? Le déficit de végétalisation, les logements mal isolés, le manque de lieux de baignade et d’îlots de fraîcheur, etc.
Les personnes précaires sont aussi les plus mal en point et donc les plus fragiles face aux aléas climatiques, comme le rapporte Noémie Letellier, chargée de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), citée dans le rapport. « Globalement, plus le revenu d’une personne est élevé, plus elle a de chances d’être en bonne santé. Inversement, une personne défavorisée a plus de risque d’être en mauvaise santé, ce qui rend les conséquences du changement climatique plus dangereuses. C’est l’une des raisons pour lesquelles le changement climatique reproduit et aggrave les inégalités sociales de santé », explique la chercheuse.
Un hôpital en surcharge
Oxfam insiste sur le fait que le réchauffement climatique vient mettre en difficulté un système de santé déjà « dégradé ». « Il augmente les besoins de soin alors qu’un quart des lits d’hôpital a été supprimé depuis les années 2000. » Aujourd’hui, 59,5 % des bâtiments hospitaliers sont vétustes et le manque de personnel et d’investissements est aussi criant. « La crise climatique et la crise du système de santé, dont l’hôpital public, s’ajoutent l’une à l’autre et conduisent tout droit vers la catastrophe, si rien n’est fait », alerte Oxfam.
Car, au-delà des vagues de chaleur, le changement climatique a aussi d’autres conséquences dramatiques sur la santé, comme les incendies. En 2022, l’année des mégafeux dans les Landes, les feux de forêt ont émis quatre fois plus de particules fines que tous les poids lourds dans l’Hexagone et en Corse. « En fin de compte, les fumées des feux de forêt sont responsables de 2 830 décès par an en France », constate Oxfam.
Il en va de même pour certaines maladies vectorielles comme le chikungunya. En raison notamment du réchauffement climatique, « le moustique tigre qui n’était présent que dans un seul département de l’Hexagone en 2004 en a depuis colonisé 79 ». La France est particulièrement touchée. En 2025, on a compté plus de personnes infectées en Corse et dans l’Hexagone que dans toute l’Union européenne en dix ans, selon l’ONG.
Faire payer les pollueurs
Pour pallier à cette situation qui renforce les inégalités de notre société, Oxfam a une solution toute trouvée. Un crédo qu’elle rappelle rapport après rapport : faire payer les pollueurs, taxer les grandes firmes et les ultrariches.
« 0,1 % des personnes les plus riches au monde émet en une journée ce qu’une personne des 50 % les plus pauvres émet en une année. 308 millionnaires émettent autant de gaz à effet de serre que 118 pays », souligne l’ONG. Bien à l’abri, ces ultrariches ne souffrent pourtant pas des conséquences sanitaires du réchauffement climatique.
« 17 mois des bénéfices de TotalEnergies suffiraient »
« Pour financer certaines actions d’adaptation de la santé au changement climatique, dont le coût pour la France a été évalué à 853 millions d’euros par an, des sources de financement existent, martèle Oxfam en pointant les récents profits de TotalEnergies. À l’heure où les conséquences du changement climatique sur la santé se démultiplient, 17 mois des bénéfices de TotalEnergies suffiraient pour financer les actions d’adaptation de la santé jusqu’en 2050. »