12 jours de tempête au Chili : les premiers signes d’un « super Niño » dévastateur
Une voiture écrasée par des gravats à Viña del Mar, au Chili, le 17 juillet 2026. - © Cristobal Basaure / AFP
Une voiture écrasée par des gravats à Viña del Mar, au Chili, le 17 juillet 2026. - © Cristobal Basaure / AFP
Pluies et vents violents, crues, inondations et glissements de terrain balaient le Chili depuis mi-juillet. Les premiers dégâts d’un phénomène « El Niño » qui s’annonce exceptionnel et pourrait rendre les prochains mois cataclysmiques.
Santiago (Chili), correspondance
Dans la vallée de Limarí, déjà touchée par une énorme sécheresse depuis quinze ans, les dégâts causés par la mégatempête qui affecte le pays andin depuis douze jours sont titanesques.
Anita Laferte, une habitante du secteur rural d’El Trapiche sur la commune d’Ovalle, a été évacuée vendredi 17 juillet par hélicoptère avec son fils, son frère et ses parents. « Notre terrain se situe entre un estuaire et un fleuve qui ont débordé et tout inondé », raconte-t-elle.
« Nous avons reçu l’alerte sur nos téléphones, mais nous n’avons pas eu le temps de partir, détaille la femme de 32 ans, les torrents d’eau ont envahi notre maison en 15 minutes, les animaux que les voisins avaient dû laisser en fuyant la tempête se sont noyés... Nous n’avons rien pu faire. »
« L’état de catastrophe est décrété quand nous sommes déjà en train de compter les morts »
Les vallées semi-désertiques du nord du Chili — la région de Coquimbo où vit Anita, et la province de Huasco — sont les plus affectées. Mais les tempêtes touchent dix des seize régions du pays. Un phénomène « inédit », selon le président d’ultradroite José Antonio Kast qui a décrété l’état de catastrophe pour les territoires les plus sinistrés, lundi 20 juillet.
« Trop tard », s’agace le maire de la ville de Coquimbo, Ali Manouchehri. « La gestion de la crise par le gouvernement est un échec total, dit-il, l’état de catastrophe est décrété quand nous sommes déjà en train de compter les morts. »
Selon le dernier bilan provisoire communiqué le 25 juillet par le Service national de prévention et d’intervention en cas de catastrophe, 13 personnes sont décédées, 15 sont portées disparues et environ 43 000 isolées. Plus de 16 000 habitants sont privés d’électricité et plus de 123 000 sont privés d’eau potable.
Les autorités estiment, pour l’instant, que 1 587 logements ont été détruits, 5 780 ont subi des dégâts importants et environ 27 000 souffrent de dégradations mineures.
Avec l’appui de l’armée, 190 tonnes de produits de première nécessité ont été acheminés vers les régions sinistrées, et le ministère de la Santé a déclaré une alerte sanitaire afin d’accélérer l’affectation des ressources nécessaires pour éviter l’apparition de maladies liées à la crise.
Les prémices d’un « super Niño »
Alejandro Cortes, un paysan de 62 ans qui vit depuis sa naissance dans la vallée de Limarí, se souvient que la dernière tempête de cette ampleur remonte à 1997. L’année d’un « Niño » intense.
Phénomène climatique naturel qui s’étale sur neuf à douze mois, « El Niño » se caractérise par un réchauffement inhabituel à la surface de l’océan Pacifique tropical qui perturbe les conditions météorologiques à l’échelle mondiale.
Les tempêtes de ces derniers jours au Chili sont « sans aucun doute, liées au Niño, affirme Roberto Rondanelli, directeur du Centre de recherche sur le climat et la résilience, c’est un évènement extraordinaire, de forte intensité », qualifié en langage courant de « super Niño ».
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Les trois « super Niño » enregistrés depuis le début des relevés modernes au milieu du XXᵉ siècle ont eu lieu en 1982-1983, 1997-1998 et 2015-2016. « La question à laquelle nous pourrons répondre dans les prochains mois est si nous vivons le Niño le plus intense jamais enregistré », ajoute Roberto Rondanelli, également maître de conférences au département de géophysique de l’université du Chili, qui étudie le phénomène depuis les années 1980.
« Il y a toujours des incertitudes, mais ça pourrait être le cas, confie-t-il, car cet intense Niño avance plus vite que d’autres vécus jusqu’à présent, et il faut très probablement s’attendre à des tempêtes en août, septembre ou octobre. »