Amazon s’est installé en catimini... Les habitants l’ont appris après le début des travaux
Les riverains et habitants de Derval mobilisés, le 23 juillet 2026. - © Mathilde Doiezie / Reporterre
Les riverains et habitants de Derval mobilisés, le 23 juillet 2026. - © Mathilde Doiezie / Reporterre
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L’entreprise de Jeff Bezos a annoncé début juin son implantation dans la commune de Derval, en Loire-Atlantique. Un collectif d’habitants dénonce le manque de transparence des élus locaux qui ont acté cette installation furtive.
Derval (Loire-Atlantique), reportage
« Ça me révolte qu’un projet d’une telle ampleur ait été caché par les élus. » Sylvie Le Male habite en lisière de Derval, commune rurale de 3 600 habitants, dans le nord de la Loire-Atlantique. À proximité de la quatre voies entre Nantes et Rennes, sa localisation a attiré l’intérêt d’Amazon.
L’entreprise étasunienne a annoncé le 1ᵉʳ juin l’implantation d’une gigantesque plateforme logistique (69 000 m², soit près de 10 terrains de football), dont l’inauguration est prévue fin 2027. Sur place, cette installation n’est pas du goût d’un groupe de riverains et d’habitants réunis autour de la préservation de l’environnement.
Jeudi 23 juillet, un peu plus d’une trentaine d’entre eux ont occupé le parking de la mairie de Derval, en marge du conseil municipal. Celui du mois de juin, prévu la veille de leur précédent rassemblement, avait été annulé. En plein été, les opposants souhaitaient montrer qu’ils attendent toujours des explications sur le silence du maire (divers droite), Dominique David.
L’implantation d’une plateforme logistique n’est pas une surprise. L’aménagement du parc d’activités des Estuaires le prévoyait, ainsi que l’enquête publique associée, en 2023. Mais le nom de l’entreprise venant s’installer a été tu jusqu’au mois de juin 2026. Une fois tous les délais réglementaires passés et les travaux de terrassement commencés.
La stratégie a été payante pour Amazon, qui cherchait depuis une décennie à ouvrir en Loire-Atlantique une plateforme logistique pour couvrir l’Ouest. Des mobilisations ont eu raison en 2021 de son projet précédent à Montbert, au sud de Nantes.
Encore avant, l’entreprise du milliardaire étasunien Jeff Bezos avait tenté de s’implanter au Loroux-Bottereau et à Grandchamp-des-Fontaines, à proximité du projet d’aéroport du Grand Ouest contesté sur la zad de Notre-Dame-des-Landes. Si l’entreprise dispose déjà d’une agence de livraison à Carquefou, en banlieue nantaise, elle envoie jusqu’ici ses colis depuis un entrepôt implanté près d’Orléans.
Une très discrète concertation
Sans doute consciente des réactions épidermiques qu’elle peut susciter localement, Amazon revendique son avance masquée. Sollicitée, l’entreprise répond par courriel que « le développement d’un projet logistique de cette envergure est un processus long que nous ne pouvons confirmer publiquement que lorsqu’il a atteint un niveau de maturité suffisant et que nous avons des éléments concrets à partager ».
Tout en précisant que l’implantation a été menée « en concertation avec les élus locaux », « associés au projet ». C’est là que le bât blesse, pour les opposants au projet, et Bruno Étienne, un élu de la majorité. Alors qu’une rumeur circulait, celui-ci a demandé fin mai en conseil municipal s’il était prévu que ce soit Amazon qui s’installe. Le maire a répondu qu’il ne savait pas, puis lui a redit encore « non » lors d’un échange privé.
Pourtant, trois jours plus tard : annonce flamboyante d’Amazon à Choose France [1] et conférence de presse au siège de la communauté de communes de Châteaubriant‐Derval. Lors de laquelle sont présents le maire de Derval, également vice-président à l’économie et aux travaux au sein de l’entité. Ainsi que le maire-président (divers droite, ex‐LR) de Châteaubriant, Alain Hunault, et Patrick Labarre, président d’Amazon France Logistique.
Jeudi soir, les habitants expriment donc leur lassitude face aux « balles renvoyées » entre la mairie et la « Com-com », « le maire y étant directement impliqué sur les sujets économiques ». Ils souhaitent que « les élus de Derval en discutent, alors que le projet n’a jamais été débattu ici ».
Le sujet n’était pas prévu à l’ordre du jour, mais il s’est imposé. D’une part, les élus de l’opposition ont réclamé la rectification du procès-verbal du conseil municipal de fin mai, dans lequel la question de Bruno Étienne avait été modifiée. Celui-ci a ensuite annoncé son départ de la majorité : « Ce n’est pas possible d’avoir un chef d’équipe qui ment, puis d’avoir confiance pour la suite. »
D’après sa propre « note historique » publiée le 8 juin, la Communauté de communes était au courant de l’installation d’Amazon depuis au moins le 15 janvier 2025. À l’issue du conseil municipal, le maire n’a pas daigné échanger avec les habitants encore sur place.
Élue d’opposition à Derval, Laurence Le Bihan, exclue de la majorité lors du précédent mandat, ose croire que l’épisode permettra un « tournant pour la démocratie locale ». « Une fois élu, nous avons des responsabilités vis-à-vis des gens qui nous ont choisi, ce n’est pas les pleins pouvoirs. Il faut s’écouter, se concerter… » plaide-t-elle.
Du côté des opposants à Amazon, on ne se fait pas de film sur l’issue de l’installation de l’entreprise. « Mais si ce projet est entériné, nous restons vigilants pour les autres devant suivre dans les parcs d’activités voisins », précise Marie Savoy, coprésidente de l’Association de sauvegarde de l’environnement de Derval. Les rencontres suscitées par cette annonce surprise donnent à chacun l’élan de scruter davantage les décisions locales prises en leur nom.