7 ans après, Notre-Dame-des-Landes fête toujours la victoire
Le « rituel des sept ans de la victoire » à Notre-Dame-des-Landes, le 17 janvier 2025. - © Evaine Merle / Reporterre
Le « rituel des sept ans de la victoire » à Notre-Dame-des-Landes, le 17 janvier 2025. - © Evaine Merle / Reporterre
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Sept ans après l’abandon du projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes, les habitants de l’ex-zad ont célébré le 17 janvier la signature de premiers contrats légalisant plusieurs habitats.
Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage
« Ils avaient leur invocation : l’État de droit, contre la zone de non-droit. Eh bien cet État de droit, on l’a utilisé contre eux », célèbrent dans leur mégaphone Nath et Isa, dans leurs habits de couleurs et de sequins. Elles invoquent leur propre rite, contre les figures de Manuel Valls, Bruno Retailleau et Gérald Darmanin. Trois ennemis notoires de la zad de Notre-Dame-des-Landes, des « revenants » réunis dans l’actuel gouvernement.
Le 17 janvier, c’était la « fête du bocage sans avions » sur l’ancienne zad de Notre-Dame-des-Landes. Sur place, cette journée est un « jour férié » depuis 2018. L’ancien Premier ministre Édouard Philippe annonçait alors l’abandon du projet d’aéroport du Grand Ouest, après une dizaine d’années d’occupation du terrain par des opposants au projet.
Et pour fêter les sept ans de l’abandon de l’aéroport, l’ancienne zad s’est vu remettre un beau cadeau le 16 janvier : la signature de premiers baux emphytéotiques (des contrats immobiliers de longue durée), permettant aux habitants de rester vivre au moins vingt ans dans plusieurs bâtisses occupées par le mouvement, concluant plusieurs années de négociation avec le département de Loire-Atlantique.
Des baux ruraux avaient auparavant été signés pour les terres en 2019, mais côté habitation, « nous étions restés officiellement des squatteurs », décrit Nicolas, habitant de l’ex-zad depuis 2012. Aujourd’hui, environ 200 personnes habitent sur place, dans une quarantaine de lieux collectifs.
« Ça va nous permettre de nous projeter »
Alors que le soleil rougeoyant décline sur le bocage, Nath et Isa invitent trois groupes à lancer des « balles de baux », composés de photocopies desdits documents signés enroulées autour d’une feuille de laurier, symbole de victoire et de protection. Les balles devaient ensuite traverser la bouche de masques géants représentant les trois hommes politiques conspués. « On a décidé de leur en faire bouffer, de l’État de droit », rient les deux membres.
Benj, 37 ans, habitant de l’ancienne zad depuis dix ans, est rassuré de la signature de ces premiers documents. « Ça nous permet de moins passer pour des méchants vivant hors cadre, s’amuse-t-il, tout en gérant l’intendance de la fête. Ça va nous permettre de nous projeter, de s’ouvrir davantage à des structures associatives, scolaires ou à d’autres initiatives. »
Mais il confesse : « Ça n’a pas été de tout repos. » D’abord, il y a eu des tensions avec ceux qui ne voulaient surtout pas négocier avec les institutions. Deux positions encore « irréconciliables » aujourd’hui, regrette-t-il. De son côté, avec d’autres, il a contribué à proposer une délégation de négociation, avant même les opérations d’expulsion. « On avait fini par comprendre que le plus raisonnable était d’entrer en négociation. On préférait l’idée de continuer à développer notre modèle d’existence et de contribuer à définir le cadre qui le dénaturerait le moins possible. »
Tout n’est pas encore rose sur place. D’autres bâtiments doivent faire l’objet de régularisation. Et les maires de Notre-Dame-des-Landes et de Vigneux-de-Bretagne, les deux communes sur lesquelles est située l’ex-zad, sont opposés à la présence d’habitats légers qu’ils ne veulent pas reconnaître, tout en n’accédant pas toujours aux demandes de validation de permis de reconstruction de bâtis détruits pendant les opérations policières menées contre la zad. Le 17 janvier, une tribune signée par plus de 500 « membres d’associations, de syndicats et organisations agricoles, d’Amap, de parents d’élèves, d’habitantes des communes voisines » a été rendue publique, demandant aux deux maires de considérer « des solutions constructives pour celles et ceux qui font vivre et cultivent notre territoire ».
250 victoires écologistes
Avant de s’attaquer à ces nouvelles phases de négociation, l’heure était à la célébration. Parmi les près de 400 personnes réunies dans le froid mordant de l’hiver, des militants d’autres luttes étaient présents. Comme Julien Le Guet, porte-parole de Bassines non merci, engagé contre les « mégabassines » dans le marais poitevin. Ou des membres de La Tête dans le sable, luttant contre des extensions de carrière de sable à Saint-Colomban (Loire-Atlantique). Deux luttes soutenues par le mouvement des Soulèvements de la Terre, initié à Notre-Dame-des-Landes.
Et tout le monde arrivait avec de bonnes nouvelles de l’an dernier : l’illégalité confirmée de plusieurs bassines, l’abandon d’un projet d’agrandissement de carrière... « L’histoire et les gouvernements ont souvent tendance à gommer les luttes. Chaque année, il faut se rappeler que c’est par nos actions qu’on arrive à préserver des terres ou des zones humides », clame au mégaphone Nicolas, sous un barnum surchauffé pour célébrer autant la victoire de Notre-Dame-des-Landes que les 249 autres victoires écologistes récemment recensées par l’association Terres de luttes.