Des quartiers populaires privés de plage dans le Finistère
La plage de Fouesnant en septembre 2025. Image d'illustration. - © GLAZ / Mathieu Rivrin / Hemis.fr / hemis.fr / Hemis via AFP
La plage de Fouesnant en septembre 2025. Image d'illustration. - © GLAZ / Mathieu Rivrin / Hemis.fr / hemis.fr / Hemis via AFP
Face aux « incivilités », c’en était trop. Dans le Finistère, le bus menant des quartiers populaires de Quimper à une jolie plage a été supprimé. Les élus locaux de gauche regrettent cette sanction et évoquent un « nettoyage social ».
Fouesnant (Finistère), reportage
La mer d’un bleu presque turquoise recouvre partiellement la cale, le soleil est au rendez-vous et une légère brise rend la chaleur supportable. Ici, à Beg Meil, quartier cossu de la commune littorale de Fouesnant, située dans le Sud-Finistère, toutes les conditions sont réunies pour se baigner ce mardi 21 juillet. La cale [1] est pourtant étrangement déserte.
Là, un duo de touristes allemands, munis de pagaies, partent kayaker. Ici, un groupe d’ados et leur moniteur montent à bord d’une annexe, direction le voilier sur lequel ils vont apprendre à naviguer. Mais personne pour simplement piquer une tête dans ce paysage de carte postale.
Il faut dire que dans cette commune de 10 000 habitants dirigée par le maire Bruno Merrien (Divers droite), plusieurs arrêts de bus desservant Beg Meil ont été supprimés le 13 juillet — en pleine canicule aux allures de fournaise. Et ce, jusqu’à nouvel ordre. La raison ? Des « incivilités », des « débordements » et des « tensions » sur la cale, qui seraient liés à une surfréquentation du site, notamment par de jeunes Quimpérois.
Contactée par Reporterre, la ville de Fouesnant souligne « que cette décision a été prise de manière collégiale, à la suite d’une réunion en préfecture rassemblant le transporteur Breizh Go, les services de l’État et de la région. Ce n’est pas la décision du maire ».
L’Union démocratique bretonne de Quimper (gauche fédéraliste) qualifie de « nettoyage social » la suppression des arrêts de bus, car elle prive les classes populaires de transport public, et de plage. Vincent Esnault, du groupe d’opposition Alternatives Fouesnant (gauche), parle d’une volonté « d’aseptiser le quartier », où les logements coûtent facilement entre 500 000 et 1 million d’euros. Un projet d’hôtel de luxe avec vue doit d’ailleurs voir le jour à l’entrée de la cale.
« Priver les usagers d’un transport en commun n’est pas acceptable »
Chaque été, la ligne de bus « 942 » permet en effet à nombre d’ados non véhiculés d’avoir accès à la plage. Le trajet entre Quimper (65 000 habitants) et la plage dure sinon une trentaine de minutes en voiture. Les fortes chaleurs liées aux dernières canicules — il a fait jusqu’à 39 °C à Quimper — n’ont fait que rendre ce bus plus attractif.
Les usagers de la ligne, qui relie cette préfecture du Finistère située dans les terres à Beg Meil, sont désormais contraints de descendre à un autre arrêt, Cap Coz. Puis de marcher plus de cinquante minutes pour se rendre à Beg Meil. La décision du maire de Fouesnant a suscité de nombreuses réactions. Rien qu’à l’arrêt de bus de Beg Meil Centre, ex-terminus, deux affiches sur le sujet sont placardées : l’une précise les motifs liés à la suppression de l’arrêt, et l’autre, rédigée par des Beg-Meillois sans voiture, regrette la suspension de ces arrêts. Ces derniers ont lancé une pétition, qui a récolté une centaine de signatures.
À Quimper, la mairie, dirigée par le Parti socialiste, déplore cette décision sans pour autant nier les incivilités. « Cette solution n’est pas pérenne et pénalise fortement l’ensemble des usagers », regrette la mairie qui veut traiter de manière individuelle les incivilités en travaillant avec « les forces de l’ordre, les parents et le parquet si nécessaire ».
Pour Vincent Esnault, « priver les usagers d’un transport en commun n’est pas acceptable. Certes, les perturbations et incivilités ne peuvent pas être niées, mais on pouvait aussi trouver un compromis », fait remarquer l’élu. Il est possible, propose-t-il, de limiter la zone de baignade depuis la cale, pour permettre d’un côté aux touristes d’embarquer sur les vedettes qui font le tour de la baie, et de l’autre aux jeunes de plonger.
Dans le bus, des incivilités ont aussi été rapportées : « Pour les éviter, des caméras peuvent être mises dans le véhicule. Le chauffeur pourrait aussi avoir un bouton, qu’il peut presser si besoin, pour avertir les forces de l’ordre qui viendraient alors à sa rencontre. Plein de bus ont ce dispositif, selon Vincent Esnault. Les tensions sur la cale sont aussi du fait des jeunes de Fouesnant. C’est un lieu de rencontre pour les Quimpérois et Fouesnantais qui sont au lycée ensemble le reste de l’année », précise l’élu.