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ReportageIncendies

Le cap Ferret évacué, des milliers d’hectares en fumée : l’incendie de Gironde rappelle le cauchemar de 2022

Les sapeurs-pompiers luttant contre l'incendie en Gironde, le 23 juillet 2026.

Un intense incendie s’est déclaré le 22 juillet dans les paysages forestiers de Gironde. Au centre d’hébergement du Porge, le cauchemar de l’été 2022 est dans toutes les têtes.

Le Porge (Gironde), reportage


La commune du Porge et la salle des fêtes où nous avons effectué notre reportage le 23 juillet ont depuis également été évacuées.


L’odeur de brûlé prend au nez. Le 23 juillet en début d’après-midi au Porge, en Gironde, le ciel était bleu au nord, puis recouvert d’une fumée grise à l’est et au sud. Mercredi 22 juillet, en fin de matinée, un incendie s’est déclaré dans la commune voisine de Saumos, où 3 000 hectares avaient déjà brûlé à l’été 2022. Le 24 juillet au matin, l’incendie avait déjà parcouru 8 700 hectares et 20 000 personnes avaient été évacuées. Des chiffres amenés à grandir rapidement.

Les habitants situés en première ligne de l’incendie ont été évacués dès mercredi soir. Assise à côté des lits de camp disposés dans la salle des fêtes du Porge, Patricia, 63 ans, a très peu dormi la nuit passée. La gendarmerie a procédé à son évacuation à 18 heures, en compagnie de sa mère de 87 ans.

L’incendie a déjà parcouru près de 9 000 hectares. © Amandine Sanial / Reporterre

« Pendant la nuit, des gens passaient sans arrêt dans le hall, il y avait du brouhaha, raconte-t-elle. Mais c’est déjà gentil d’organiser ça, tout est gratuit ici. » Ses lunettes rouges cachent ses petits yeux. Elle s’inquiète pour la santé de sa mère.

« Pour l’instant, on ne pense pas à rentrer chez nous »

« Pour l’instant, on ne pense pas à rentrer chez nous. On peut rien faire du tout contre le feu, de toute façon, se résigne-t-elle, abattue sur sa chaise en bois. Et puis on est sujet à en avoir d’autres. »

700 pompiers étaient mobilisés contre cet incendie, le 23 juillet. © Amandine Sanial / Reporterre

Assise à l’extérieur, Solange, 80 ans, est venue prêter main forte par solidarité. Cette Porgeaise a connu le dernier incendie d’ampleur de la commune, en 1989. « C’est pareil : c’était déjà en juillet, c’est de la pinède donc ça brûle pareil… J’ai eu très peur à l’époque car j’étais proche du feu et le vent aurait pu le faire tourner vers chez moi. » Il avait brûlé 3 700 hectares.

Installés à ses côtés, Ingrid et Francis, 67 et 78 ans, ont dû quitter leur maison une première fois hier soir, avant de rentrer dans la nuit. « Vers 2 heures du matin, ça cramait de l’autre côté de notre rue. On voyait les flammes partir en tornade dans le ciel, ça illuminait tout, c’était insupportable émotionnellement. »

Les fumées ont masqué le soleil de l’après-midi. © Amandine Sanial / Reporterre

Des écorces et de la cendre commençaient à joncher leur terrain. Une nouvelle évacuation est intervenue à 7 heures du matin, le 23 juillet. « Depuis 2022, c’est simple, j’appréhende l’été maintenant », admet Ingrid.

Dans le ciel, des fumées noires s’échappent çà et là. « Ce sont des reprises de feu », indique un sapeur-pompier en les pointant du doigt. Qu’est-ce qui a changé ici entre l’incendie de 1989 et celui de 2026 ? Ingrid pointe les limites de la monoculture de pins : « Je pense qu’il faudrait une autre végétation aujourd’hui. »

« Mais où est la rentabilité ? Nulle part ! »

La discussion dérive sur la rentabilité de cette activité économique. Elle s’agace : « Mais où est la rentabilité ? Nulle part ! Aujourd’hui, il faut être réaliste sur les risques. » À ses côtés, Francis ironise : « Ne vous en faites pas pour les générations futures, elles n’auront pas de problèmes, il y a l’IA. »

«  La météo joue en notre défaveur, les vents sont tournants. Ça va être très compliqué  », craint l’adjudant-chef des sapeurs-pompiers Stéphane Vignolles. © Amandine Sanial / Reporterre

Au cœur de l’après-midi, alors que 700 sapeurs-pompiers étaient mobilisés sur cet incendie, un nouveau feu était déclaré à Gaillan-en-Médoc, à 50 kilomètres du Porge, mobilisant 43 sapeurs-pompiers. Une situation redoutée, alors que les conditions météorologiques rendaient l’incendie principal difficilement contrôlable, avec des sautes de flammes en direction de Lège-Cap-Ferret, haut lieu touristique du littoral.

Les premiers villages du cap Ferret ont été évacués par voie terrestre, et une trentaine de maisons ont brûlé autour du bourg de Lège. La préfecture a ordonné l’évacuation de l’ensemble de la presqu’île du cap Ferret, et des centaines de personnes ont déjà été évacuées par bateau.

Des centaines de personnes dorment sur des lits de camp depuis le 22 juillet. © Amandine Sanial / Reporterre

L’Union européenne a annoncé envoyer trois bombardiers d’eau en soutien, suite à l’activation par la France du mécanisme de protection civile de l’Union européenne (UE). Un nouvel incendie s’est déclenché à Biscarosse le 23 juillet à 17 heures, au nord du département des Landes. Vendredi 24 au matin, il avait déjà parcouru 2 500 hectares et forcé l’évacuation de 23 000 personnes.

« Il n’y a plus un arbre debout dans le pays »

Dans la fourmilière du centre d’hébergement du Porge, où 600 personnes ont été évacuées, les informations sur l’avancée de l’incendie arrivent au compte-gouttes. « Il n’y a plus un arbre debout dans le pays », lâche, au cœur d’une discussion, un homme vêtu d’un teeshirt des services techniques du Porge.

«  Pour l’instant, on ne pense pas à rentrer chez nous. On peut rien faire du tout contre le feu, de toute façon  », soupire Patricia, habitante de Porge évacuée avec sa mère et son mari. © Amandine Sanial / Reporterre

D’autres personnes, chasuble orange sur le dos, s’affairent auprès des sinistrés. Ils sont membres de la réserve communale de sécurité civile du Porge, constituée il y a deux ans pour assister les services de secours pendant les événements extrêmes.

« Hier, après le départ du feu, on a enclenché notre plan. On a monté les lits, amené de l’eau et de la nourriture. Certains groupes sont aussi allés prévenir les gens pour l’évacuation », explique Marie-Noëlle, bénévole au sein de la réserve.

« Les incendies de 2022 ont été le déclencheur pour la création de cette réserve. C’est la première fois qu’on passe à l’opérationnel pour un incendie, poursuit Olivier, conscient de l’effet du changement climatique sur les incendies. Pour certains, c’est encore une surprise. Mais on sait qu’on va en vivre de plus en plus. »




Notre reportage en images :


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