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Pollutions

Incendies : quel est ce produit rouge largué sur les forêts ?

Un Dash Q400-MRE à Bouleternère dans les Pyrénées-Atlantiques le 6 juillet 2026.

Pour freiner les feux de forêt, les pompiers français utilisent du « retardant », un produit rouge vif. Des chercheurs planchent sur une alternative car il peut entraîner une fertilisation excessive des rivières et peut contenir des métaux lourds.

Un puissant jet rouge vif jaillissant d’un camion-citerne, un autre se déversant depuis le ventre d’un avion Dash... Pour maîtriser l’incendie en forêt de Fontainebleau, au sud-est de Paris, les pompiers ont épandu des litres de « retardant ». Cette substance colorée freine la progression du feu et protège la végétation, en la rendant moins inflammable.

Sa couleur rouge provient usuellement de l’oxyde de fer, un pigment d’origine naturelle, qui permet aux pompiers de savoir quelle zone ils ont déjà aspergée. Sur une vidéo du journal Le Parisien, on peut voir comment se déroule le largage, avec la mention « produit chimique non dangereux » à côté. Cette mixture rougeoyante est-elle vraiment sans risque pour l’environnement ?

En France, les pompiers utilisent du Fire-Trol-931, le cousin du Phos-Chek, massivement utilisé contre les incendies aux États-Unis. Il est produit par la même entreprise étasunienne, « Perimeter Solutions », nous informe la chimiste Lola Zavattoni, jointe par Reporterre. Doctorante sur les retardants à faible impact environnemental, elle participe à un programme national de recherche (ANR PREFIBIO) pour développer des solutions anti-incendie avec une entreprise française (Bioex).

Pas d’effet négatif sur la végétation

À l’instar du Phos-Chek, le Fire-Trol est formulé à base de phosphate d’ammonium, une substance que l’on trouve habituellement dans la composition des engrais agricoles. La conséquence : « En cas de ruissellement ou de largage accidentel près d’une zone humide, sa présence dans les cours d’eau peut avoir un effet eutrophisant », explique Jean-Valère Lorenzetti, un post-doctorant qui participe également à ce projet de recherche. Soit un enrichissement excessif de l’eau par des nutriments. Les microalgues et les cyanobactéries vont donc proliférer au détriment des poissons et des écosystèmes aquatiques, comme le confirme une étude étatsunienne de 2023.

Normalement, il s’agit d’une pollution « ponctuelle », mais dans certains cas, le produit peut s’infiltrer dans le sol, et polluer la nappe phréatique : « Ça dépend de la composition du sol, qui favorise ou non l’infiltration », précise Lola Zavattoni.

Si le produit peut temporairement polluer l’eau, il n’aurait en revanche pas d’effet négatif à long terme sur la végétation. « Le retardant peut provisoirement gêner la pousse des plantes à cause de son effet occultant, qui va bloquer la photosynthèse. Mais comme c’est un fertilisant, on remarque souvent un effet rebond avec une croissance rapide dans les années qui suivent », décrit Jean-Valère Lorenzetti.

Cependant, des études menées outre-Atlantique soulèvent un autre risque de pollution lié à la présence, dans ces retardants, de métaux lourds comme du cadmium, du chrome, de l’arsenic ou de l’antimoine.

Une étude étasunienne publiée en 2024 montre que certains retardants, y compris le Phos-Check, contiennent des seuils de métaux lourds 4 à 2 880 fois supérieurs aux limites réglementaires pour l’eau potable, et potentiellement supérieurs aux seuils de toxicité pour la vie aquatique.

À la suite des incendies qui avaient ravagé la Californie en 2025, le média d’investigation indépendant LAist avait également mené une enquête pour étudier les concentrations en métaux lourds dans des échantillons de Phos-Chek. Leurs analyses confirmaient la présence de métaux lourds à des taux variables en fonction des prélèvements, sans que cela ne représente de réelle menace pour la santé humaine. En revanche, l’accumulation de ces métaux cancérigènes et reprotoxiques dans l’environnement pourrait, à terme, avoir un effet sur la biodiversité, s’inquiète le média californien.

Un produit très encadré en France

Comment expliquer la présence de ces métaux lourds dans les retardants anti-incendie ? « Cela pourrait venir des minerais d’où provient le phosphate d’ammonium, qui sont souvent riches en métaux [1] ou des inhibiteurs de corrosion qui sont ajoutés dans la formulation pour protéger les équipements », avance Maude Jimenez, enseignante-chercheuse en chimie à l’université de Lille, et directrice de thèse de Lola Zavattoni.

La chercheuse précise toutefois ne pas avoir entendu parler d’un tel problème de métaux lourds dans le Fire-Trol, utilisé en France : « Ce produit a été testé et validé par le Ceren Centre d’essais et de recherche qui fait beaucoup de tests, notamment sur la germination des plantes… C’est vraiment très encadré. »

Les trois scientifiques rencontrés par Reporterre s’accordent d’ailleurs tous pour dire que : « Les émissions issues de la combustion des incendies sont bien plus dangereuses, cancérigènes et délétères pour l’environnement que la pollution liée au produit retardant. Il n’y a pas photo. »

Pour autant, dans un souci d’écologie et de souveraineté, il et elles continuent à chercher des alternatives plus écologiques et plus locales au Fire-Troll étasunien. « Au sein du projet PREFIBIO, on travaille avec des écotoxicologues et on teste des produits à base de plantes et de protéines végétales. Pour cela, on utilise des déchets ou des produits secondaires de l’industrie agroalimentaire », explique Lola Zavattoni, qui n’a pas encore le droit de révéler la formulation de son produit.

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