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Pollutions

Algues vertes : la Cour des Comptes critique encore et toujours les carences de l’État

Un tracteur nettoie les algues vertes sur une plage bretonne, en juillet 2025.

Résultats insuffisants, absence de stratégie... Dans son dernier rapport, la Cour des comptes étrille l’inaction de l’État contre les algues vertes, notamment dans les vasières qui concentrent plus de la moitié des échouages.

Elles sont déjà là, échouées sur le sable de la baie de Saint-Brieuc, dans les Côtes-d’Armor, et de Douarenez, dans le Finistère. Depuis la mi-juin, plusieurs centaines de tonnes d’algues vertes ont été ramassées sur le littoral breton, avant l’arrivée des vacanciers. Mais si les plages concentrent l’attention, les vasières sont beaucoup plus touchées par ce phénomène.

Rade de Lorient, baie de Morlaix, Rance maritime… Ces zones littorales composées de sédiments fins non sableux constituent un angle mort de lutte contre la prolifération des algues vertes, critiquent la Cour des comptes et la chambre régionale des comptes de Bretagne dans un rapport publié jeudi 9 juillet.

Cinq ans après une première évaluation qui concluait à l’échec des plans de lutte contre les algues vertes, leur nouveau constat est tout aussi sévère pour l’État : pas de progrès ou si peu. Pas suffisamment en tout cas pour enrayer durablement le phénomène.

Une prolifération qui s’aggrave dans les vasières

Pire, la prolifération s’accroît dans les vasières bretonnes qui représentent désormais 84 % des surfaces touchées, essentiellement dans le Morbihan. « Or, peu d’actions ont été déployées dans ces secteurs depuis les derniers travaux de la cour », est-il écrit dans le rapport.

Alors que l’État n’a défini aucune stratégie pour ces zones, la Cour des comptes appelle à réviser les schémas d’aménagement et de gestion des eaux qui les couvrent pour intégrer des objectifs de lutte contre l’eutrophisation de l’eau et de limitation des algues vertes.

Car c’est bien ce que rappelle la juridiction : cette prolifération est la conséquence de concentrations excessives de nitrates dans les cours d’eau, issus à plus de 90 % de l’activité agricole.

« Le seul levier d’action efficace pour limiter la prolifération d’algues vertes »

Et « réduire ces apports azotés constitue le seul levier d’action efficace pour limiter la prolifération d’algues vertes ». Pour cela, il faudrait ramener les concentrations entre 10 et 25 mg/l selon les cours d’eau. Or, selon le rapport, la moyenne actuelle dans les huit baies concernées par les plans de lutte, dépasse encore 33 mg/l.

Sur la baie de Saint-Brieuc, la plus touchée par les algues vertes, les magistrats vont plus loin : « Sans l’évolution des modes de production, (élevage porçin intensif), il est illusoire d’espérer réduire significativement flux de nitrates dans les cours d’eau de la baie. »

Encore faut-il connaître la réalité des effectifs dans la première région d’élevage de porcs de France. C’est pourquoi la Cour des comptes réitère sa demande, déjà formulée en 2021 : donner aux services de l’État chargés du contrôle environnemental un accès rapide, complet et gratuit à toutes les bases de données d’identification animale. Une mesure indispensable pour cibler les exploitations les plus contributrices en azote.

Autre demande, déjà formulée en 2021 : que les aides accordées aux coopératives porcines, laiteries et légumeries, soient conditionnées à des engagements concrets sur la réduction des fuites d’azote. Là-dessus non plus, rien n’a été fait.

Moyens en hausse, résultats en deçà

Même constat concernant les objectifs de qualité de l’eau. La Cour recommandait déjà en 2021 de fixer, pour chacune des huit baies et des sites vasiers, un seuil de concentration de nitrates permettant de diviser par deux les échouages d’algues vertes. C’est aujourd’hui le cas pour seulement trois d’entre elles — Saint-Brieuc, La Forêt et Douarnenez. Et ce sont justement les trois seules baies qui enregistrent une baisse des échouages des algues vertes, note la Cour.

Elle salue tout de même la progression des moyens et de nouvelles obligations pour les exploitations : entre le premier plan lancé en 2011 et le troisième en cours jusqu’en 2027, les crédits sont passés de 56 millions d’euros à 128,6 millions d’euros.

Aussi, les dépenses publiques consacrées à la prévention des fuites d’azote ont quasiment doublé en dix ans, passant de 42,70 euro par hectare et par an à 80,80 euro. Mais malgré cet effort financier, les magistrats estiment que les résultats sont très en deçà des objectifs affichés.

« L’État, sous la pression agricole, traîne des pieds »

Ce rapport assez sévère contre l’État vient une fois de plus confirmer ses carences dans la lutte contre les algues vertes. « L’État a été plusieurs fois condamné par la justice pour son inaction, notamment en mars 2025 suite à une plainte d’Eau et Rivières de Bretagne. Ce jugement enjoignait l’État à se saisir de toutes mesures utiles sous 10 mois », rappelle Arnaud Clugery, porte-parole de l’association.

Pour lui, « ce rapport confirme que l’État sous la pression agricole qui s’exerce au plus haut niveau de l’état, traîne des pieds ». Ce qui a conduit Eau et rivières de Bretagne, à demander à la justice, une nouvelle fois, de se ressaisir de l’inexécution de son jugement.

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