Chaleur, sécheresses, pluies... El Niño pourrait revenir en 2026
Des coraux blanchis à cause de la hausse des températures dans le récif de Ningaloo, en Australie, en mars 2025. - © Violeta J Brosig / Minderoo Foundation / AFP
Des coraux blanchis à cause de la hausse des températures dans le récif de Ningaloo, en Australie, en mars 2025. - © Violeta J Brosig / Minderoo Foundation / AFP
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Le phénomène climatique El Niño pourrait revenir durant l’année 2026, prévient l’Organisation météorologique mondiale. Conséquences de cet « enfant terrible du Pacifique » : les températures pourraient bondir.
Trois ans plus tard, il pourrait bientôt être de retour. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a déclaré le 3 mars qu’un épisode de réchauffement El Niño était « possible » durant cette année 2026.
Surnommé « l’enfant terrible du Pacifique », ce phénomène climatique naturel récurrent est connu pour provoquer des pics de température à l’échelle de la planète. Il réapparaît en moyenne tous les 3 à 7 ans dans le Pacifique. Il s’était récemment produit en 2015-2016 puis en 2023-2024.
Actuellement, c’est un épisode La Niña (la phase opposée d’El Niño, plus froide) qui se déroule dans le Pacifique. Selon le dernier bulletin de l’OMM, ses conditions de faible intensité sont en train de s’estomper et devraient céder la place à des conditions neutres (c’est-à-dire ni El Niño, ni La Niña), puis, dans le courant de l’année, à un nouvel épisode de réchauffement El Niño.
D’après les modèles de l’organisation, les chances qu’El Niño fasse son apparition augmentent progressivement de mai à juillet pour atteindre environ 40 %. De son côté, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) indiquait en février qu’il y avait 50 à 60 % de chances que le phénomène El Niño se forme « pour la fin de l’été et au-delà », en notant toutefois que « l’incertitude des modèles reste considérable et que les prévisions faites à cette période de l’année ont tendance à être moins précises ».
De quoi parle-t-on ?
Pour comprendre qui est cet enfant terrible, il faut l’imaginer comme une anomalie. En temps normal, les eaux de surface de l’ouest du Pacifique sont plus chaudes que celles situées à l’est : elles peuvent atteindre 30 °C aux abords de l’Indonésie, contre 24 °C le long des côtes latino-américaines. Cette différence de température génère une différence de pression dans l’atmosphère, ce qui contribue à la formation des alizés, des vents intertropicaux qui poussent les eaux chaudes de l’est vers l’ouest, et favorisent en retour les remontées d’eau froide le long des côtes.
Lorsque El Niño fait son apparition, tout l’équilibre est perturbé : par « effet de glissement des alizés », les eaux chaudes s’aventurent jusqu’au centre du Pacifique, les vents intertropicaux s’affaiblissent, les remontées d’eau froide s’interrompent au large du Pérou. Or, comme l’expliquait le climatologue Jérôme Vialard à Reporterre en 2023, ces remontées d’eau froide jouent le rôle de « climatiseur de la planète Terre ». Conséquence : à cause d’El Niño, l’atmosphère se réchauffe, localement comme à l’échelle de la planète.
Lorsque ce phénomène a lieu, les années sont en moyenne plus chaudes. Les sécheresses sont aussi plus importantes au nord de l’Australie et du Brésil, en Afrique australe, en Inde, aux Philippines et en Indonésie. À l’inverse, la Californie, l’Afrique de l’Est et l’Amérique du Sud peuvent être sujettes à de très fortes pluies.
En cas d’épisode intense, les récifs coralliens situés à l’est du Pacifique peuvent blanchir. Sans apport d’eaux froides riches en nutriments, le plancton vivant au large des côtes péruviennes est quant à lui susceptible de mourir, entraînant dans sa chute les petits poissons qui en dépendent. Les gros poissons, eux, migrent vers des zones plus favorables, ce qui a un effet sur les populations locales vivant de la pêche.
Les températures pourraient bondir
L’OMM rappelle que « les phénomènes climatiques à grande échelle d’origine naturelle, tels qu’El Niño et La Niña, s’inscrivent dans un contexte plus large de changement climatique d’origine anthropique, qui fait s’élever les températures mondiales à long terme, accentue les phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes et modifie les régimes saisonniers de précipitations et de températures ».
Ainsi, le nouvel épisode El Niño, combiné au changement climatique, pourrait faire bondir les températures. Dès la période de mars à mai 2026, « on devrait observer une élévation de la température à la surface des terres émergées du monde entier », indique l’OMM.
L’ampleur du phénomène reste encore incertaine. « La communauté de l’OMM surveillera attentivement la situation au cours des prochains mois afin d’éclairer la prise de décisions », a écrit la secrétaire générale de l’OMM, Celeste Saulo, dans le dernier bulletin. Elle souligne que « le dernier épisode El Niño, survenu en 2023-2024, a été l’un des cinq épisodes les plus intenses jamais enregistrés et [qu’]il a joué un rôle dans les records de températures mondiales de 2024 ».