Changement climatique : le gouvernement fixe une trajectoire, sans mettre les moyens
Le changement climatique touche plus fortement certaines zones, notamment la France et l’Europe occidentale. Ici, un agriculteur arpente son champ, dans la commune de Fontjoncouse (Aude) ravagée par des incendies, le 6 août 2025. - © Lionel Bonaventure / AFP
Le changement climatique touche plus fortement certaines zones, notamment la France et l’Europe occidentale. Ici, un agriculteur arpente son champ, dans la commune de Fontjoncouse (Aude) ravagée par des incendies, le 6 août 2025. - © Lionel Bonaventure / AFP
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Le gouvernement a publié, le 23 janvier, sa trajectoire de référence pour l’adaptation au changement climatique. Si celle-ci pourra servir de boussole, elle pâtit d’un manque d’ambition et de financements.
Il nous manquait un cap clair : +2 °C de réchauffement en 2030, +2,7 °C en 2050 et +4 °C en 2100 en France continentale. L’annonce est passée inaperçue et pourtant nous disposons désormais d’une trajectoire de référence pour l’adaptation au changement climatique par le biais d’un décret paru le 23 janvier.
Ces chiffres découlent des travaux du Giec et de ceux, plus récents, du CNRS et de Météo-France et tiennent compte des engagements existants des États pour réduire leurs émissions carbone. Et si 4 °C vous semble énorme — ça l’est — c’est que le changement climatique touche plus fortement certaines zones, notamment la France et l’Europe occidentale.
« On manque de mesures contraignantes et des investissements qui vont avec »
La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut assure, dans un communiqué, que « la Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (Tracc) s’appuie sur la science pour […] nous donner les moyens d’anticiper plutôt que de réparer dans l’urgence ». Mais cette trajectoire demeure une boussole plutôt qu’un véritable chemin contraignant pour les politiques actuelles, loin des préconisations des scientifiques, ONG et même des services du ministère de la Transition écologique.
L’inspection générale de l’environnement (Igedd) soulignait l’été dernier qu’il « parait possible et souhaitable de conférer certains effets juridiques à la Tracc plutôt que de la limiter à une simple “boussole” à la disposition des acteurs », à condition de limiter les risques juridiques et les surcoûts occasionnés.
Le gouvernement a choisi une voie bien moins ambitieuse, en ne passant pas par une loi au Parlement, mais par un simple décret. Celui-ci invite seulement à prendre en compte cette trajectoire de réchauffement dans les futurs documents d’urbanisme ou plans climats locaux. Pour l’ONG Oxfam, nous ne sommes « toujours pas prêts » : « On a bien eu des avancées avec la loi Climat de 2021, et un cadre européen, explique Robin Ehl, chargé de plaidoyer pour l’ONG, mais on manque de mesures contraignantes et des investissements qui vont avec. »
Un budget annuel insuffisant
Ces investissements, ce sont ceux prévus par le plan national d’adaptation au changement climatique. Le dernier en date a été présenté il y a un an. À l’époque déjà, ONG et écologistes considéraient qu’il était largement insuffisant en termes d’ambitions, et notamment de financements.
Des limites aujourd’hui pointées par la Commission européenne elle-même, qui estime le budget annuel nécessaire en France pour l’adaptation au changement climatique à 9,5 milliards d’euros par an, plus de cinq fois plus que ce qui existe actuellement. Et ce décalage se retrouve dans les ambitions sur la réduction des émissions carbone : -1,6 % entre 2024 et 2025, quand il faudrait les réduire de 4,7 % chaque année.
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Le gouvernement excelle ainsi dans l’art de fixer des objectifs sans se donner les moyens de les atteindre. Et ce n’est pas le privé qui va le faire à la place des pouvoirs publics. Dès 2022, le Giec remarquait que les entreprises connaissaient mal les risques climatiques et réalisaient peu d’investissements d’adaptation pour les anticiper.
Surtout, « l’adaptation nécessite d’accélérer les investissements pour faire des économies demain en réduisant les dégâts et en protégeant les plus vulnérables », insiste Oxfam.
Car si le changement climatique va toucher plus fortement certains territoires (littoraux, forêts, zones inondables), il pèsera aussi plus fortement sur celles et ceux qui ne peuvent pas s’en protéger : travailleurs exposés (agricoles, bâtiment, livreurs), personnes âgées ou atteintes de maladies chroniques (Covid long, asthme, etc.). Et les risques sont encore plus grands pour les personnes n’ayant pas de titre de séjour, « qui sont exclues des services publics qui leur permettraient de se protéger ».
De quoi pousser sans attendre l’État à agir à d’autres échelons, notamment municipaux. C’est justement l’enjeu d’un rapport de l’ONG à venir dans les prochaines semaines.