Face aux incendies, les Écologistes réclament un « État-providence climatique »
Marine Tondelier lors de la conférence de presse organisée le 27 juillet 2026. - © Daniel Perron / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Marine Tondelier lors de la conférence de presse organisée le 27 juillet 2026. - © Daniel Perron / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Congé climatique, soutien aux agriculteurs... Les Écologistes appellent à la mise en place d’un « État-providence climatique », qui pourrait être financé grâce à une taxe sur les bénéfices des groupes pétroliers et gaziers.
Les incendies qui frappent le sud-ouest de la France ne doivent pas devenir une catastrophe de plus, effacée de l’agenda politique dès les premières pluies. Pour Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, le pays a atteint un « point de bascule » qui impose de décréter « l’état d’urgence climatique » et d’adopter une loi de programmation en procédure accélérée.
« Je ne vois pas comment on peut faire comme si de rien n’était, comment on repart à nos vies d’avant sans réaction politique, sans actes concrets et forts », a-t-elle déclaré lors d’une conférence de presse organisée en urgence au siège du parti à Paris, lundi 27 juillet. L’État doit, selon elle, « mettre les moyens, planifier et réorienter ses politiques publiques », avec une mobilisation comparable à celle engagée pour soutenir l’Ukraine. Ne pas prendre de décision forte constitue désormais, estime-t-elle, « une responsabilité lourde ».
Élargir la protection sociale aux effets du dérèglement climatique
Au cœur des propositions écologistes figure la création d’un « État-providence climatique », qui serait une nouvelle étape pour la protection sociale. De même que la Sécurité sociale fut fondée en 1945 malgré des finances publiques exsangues, l’État devrait aujourd’hui protéger la population contre les effets déjà présents du dérèglement climatique.
Cela passerait notamment par un congé climatique et une adaptation du droit du travail lors des canicules, par un soutien renforcé aux agriculteurs perdant leurs récoltes ou leurs jeunes arbres, et par une prise en charge des logements fissurés par le retrait-gonflement des argiles. Près de 20 millions de personnes seraient exposées à ce risque, alors que le régime assurantiel consacré aux catastrophes naturelles ne suffirait plus, selon le parti, à couvrir l’ampleur future des dommages.
Les Écologistes proposent de financer ce dispositif par — entre autres — une contribution sur les bénéfices exceptionnels des groupes pétroliers et gaziers. Ils réclament également une réunion de crise associant forces politiques et groupes parlementaires, afin d’aboutir à des engagements dès la rentrée. Et invitent à instaurer une nuit du « 4 août climatique » en référence à la nuit du 4 août 1789 qui a aboli les privilèges féodaux. « Il s’agit là d’abolir les privilèges climatiques. »
« Il y a aussi beaucoup de pyromanes en politique »
Le parti dénonce par ailleurs une sécurité civile encore « adaptée aux années 1990 ». Sur les douze Canadair de la flotte française, cinq seulement seraient actuellement en capacité d’intervenir. Depuis 2023, 500 des 1 000 camions-citernes promis auraient été livrés, alors qu’un millier de véhicules anciens doivent parallèlement être retirés. La députée Sandra Regol prépare une proposition de loi sur la sécurité civile, dans un contexte de grèves répétées des pompiers et d’intensification des interventions liées aux incendies, inondations et tempêtes.
Depuis la Gironde, le député Nicolas Thierry estime que cette deuxième crise majeure en quatre ans confirme l’entrée dans « un nouveau régime climatique ». Les forêts de pins maritimes, cultivés de manière intensive sur des sols sableux qui se dessèchent rapidement, sont particulièrement vulnérables. La pression démographique augmente encore l’exposition des habitants à la lisière des massifs. « Il n’y a pas à chercher seulement des victoires sur les incendies éteints, mais aussi sur les incendies évités », souligne-t-il, appelant à renforcer l’ONF, la prévention et les moyens d’incendie et de secours.
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La sénatrice de Gironde Monique de Marco, évacuée de Lanton avec ses petites-filles, décrit des forêts qui « s’enflamment comme des allumettes dans des zones inaccessibles par voie terrestre ». Arrivée à Bordeaux, enveloppée de fumées et de particules fines, elle dénonce aussi l’absence de masques FFP2 : « C’est un véritable cafouillage. Ces masques, commandés à hauteur de 2 millions d’euros, ne sont pas à disposition. »
Marine Tondelier met enfin en cause une gestion forestière qui privilégie les coupes rases et les plantations d’arbres à croissance rapide, alors que le puits de carbone forestier français s’est fortement dégradé. Et refuse que les départs de feu individuels servent à masquer les choix collectifs : « Il y a aussi beaucoup de pyromanes en politique. »