Non, M. Macron, vous n’avez pas fait de « gros travail » pour le climat
Emmanuel Macron à Antibes, le 25 juin 2026. - © Manon Cruz / Pool / AFP
Emmanuel Macron à Antibes, le 25 juin 2026. - © Manon Cruz / Pool / AFP
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Le 25 juin, alors que la température moyenne du pays atteignait un record absolu, Emmanuel Macron a salué le « gros travail » d’adaptation réalisé durant son mandat. Dans cet édito, notre journaliste démonte cet enfumage, preuves à l’appui.
Décidément, nous sommes bien bêtes. Nous pensions cuire dans des logements mal isolés ; voir les écoles devenir des fournaises, les villes des étuves, les élevages des cimetières géants ; nous croyions observer les hôpitaux craquer, débordés par les victimes d’hyperthermies et de malaises cardiaques.
Nous avions le sentiment, après ces dix longues journées de canicule, d’essuyer les plâtres d’une catastrophe mal anticipée, en dépit des innombrables alertes émises par les scientifiques depuis cinquante ans. Allons bon ! Tout cela serait une vue de l’esprit, à en croire Emmanuel Macron. Jeudi 25 juin, alors que la température moyenne du pays atteignait un record absolu, le président a salué le « gros travail » d’adaptation réalisé durant son quinquennat.
Il se contente de « petites actions à réaliser par l’administration »
Une semaine plus tôt, dans un salon frais et doré de l’hôtel de Roquelaure, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut s’était déjà félicitée de l’avancée du troisième plan national d’adaptation au changement climatique, qui aurait — à en croire son cabinet — changé « concrètement la vie des gens, des entreprises et des collectivités ». 85 % de cet « ambitieux » programme serait déjà en cours de réalisation. Tout va très bien, madame la marquise.
Si les scénaristes de Don’t look up : déni cosmique souhaitent réaliser un deuxième opus, il y a peut-être là de quoi tirer un peu d’inspiration, tant le fossé semble immense entre les discours de nos dirigeants et la réalité. Rappelons que la publication du document censé préparer la France à un réchauffement de +4 °C d’ici la fin du siècle n’a pas cessé d’être décalée par l’exécutif, alors que le péril climatique, lui, continue sa progression. Prévu pour fin 2023, puis au printemps 2024, il n’a finalement été dévoilé qu’en mars 2025.
On aurait pu espérer que cet allongement du temps de travail se traduirait par une hausse des ambitions. Mais non : c’est bien d’une souris dont le gouvernement a accouché. Dans son avis, le Haut Conseil pour le climat étrille un plan à « faible valeur juridique », manquant cruellement de moyens, et ne comprenant qu’« un nombre très réduit d’actions ». Pas de quoi se vanter, donc.
Nos conditions de vie sur Terre sont brutalement transformées ? Pour y répondre, le gouvernement se contente « de petites actions à réaliser par l’administration », explique à Reporterre Robin Ehl, chargé de campagne et de plaidoyer pour Oxfam France : l’organisation de réunions, la création de groupes de travail, l’écriture de rapports. En ce qui concerne les hôpitaux, le ministère propose par exemple de réaliser une « analyse des risques pour la santé humaine liée aux conséquences du changement climatique ». À part pour s’éponger le front, on peine à voir en quoi elle soulagera les soignants et les malades qui suffoquent dans des locaux inadaptés à la chaleur.
Quid de la végétalisation massive des villes ?
Droit de retrait climatique, végétalisation massive des villes, installation de volets occultants… Pour les mesures structurelles, il faudra repasser. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir manqué de pistes : les mesures d’adaptation proposées à Emmanuel Macron par les membres de la Convention citoyenne sur le climat (rénovation énergétique globale des bâtiments, lutte contre l’artificialisation des sols…) ont été soigneusement balayées par le président lors de son premier quinquennat.
Les budgets destinés à l’adaptation n’ont par ailleurs fait que s’assécher. Le Fonds vert, qui soutient les collectivités territoriales dans leurs investissements au service de la transition écologique, a vu son enveloppe fondre de deux tiers en deux ans, passant de 2,4 milliards d’euros en 2024 à 837 millions d’euros en 2026. De nouvelles coupes budgétaires pourraient de nouveau retrancher 162,5 millions d’euros à ce dispositif.
Vers la réautorisation des « bouilloires thermiques »
Dans le même temps, les reculs environnementaux ont continué de se multiplier. Quarante-trois au cours des six derniers mois, selon le Réseau Action Climat. Dernier en date, particulièrement mal à propos : le projet de loi « de relance du logement », présenté le 24 juin en conseil des ministres, prévoit de réautoriser la location des « bouilloires thermiques », où étouffent les plus précaires dans l’indifférence des dirigeants.
« L’honnêteté » devrait selon Emmanuel Macron conduire à « regarder » le « gros travail » d’adaptation qu’il aurait mené ces dernières années. Peut-être sommes-nous trop peu intelligents, trop peu subtils, pour en prendre conscience. Son travail de sape environnemental est plus aisé à mesurer.