Climat : la France cuit, et le gouvernement se félicite des (maigres) avancées
La France connait pour la seconde fois avant l'été de très fortes chaleurs. - © Thibaut Durand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
La France connait pour la seconde fois avant l'été de très fortes chaleurs. - © Thibaut Durand / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
En pleine vague de chaleur, le ministère de la Transition écologique s’est félicité, le 17 juin, de l’avancée de son plan d’adaptation au changement climatique. Une stratégie mal financée et largement insuffisante, rétorquent les associatifs.
Dans le contexte, l’exercice d’autocongratulation pouvait sembler légèrement décalé, voire inopportun. Alors que le pays cuit, pour la seconde fois en moins d’un mois, sous des températures dantesques, le ministère de la Transition écologique a présenté à la presse, le 17 juin, un premier bilan de son plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc), adopté en mars 2025.
Dans un salon doré de l’hôtel de Roquelaure, à Paris, préservé de la chaleur étouffante de la ville et donnant sur un luxuriant jardin, Monique Barbut et son cabinet se sont félicités de l’avancée de ce plan « ambitieux sur son ampleur, mais aussi sur sa cohérence ». Il aurait, en un an et quelques, déjà changé « concrètement la vie des gens, des entreprises et des collectivités ».
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Parmi ses motifs de fierté, le ministère a cité l’introduction par décret dans le Code de l’environnement, en janvier, de la trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (Tracc). Ce scénario de référence, établi à partir des politiques climatiques actuelles des États, projette un réchauffement de +4 °C de la France hexagonale d’ici la fin du siècle. Son inscription dans le Code de l’environnement devrait permettre « d’intégrer » le « réflexe » de l’adaptation dans « tous les champs de l’action publique ».
Le ministère s’est également réjoui de l’adoption de nouveaux textes réglementaires, notamment d’un décret obligeant les employeurs à aménager les postes de leurs salariés en cas de fortes chaleurs.
Le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, a aussi annoncé quelques mesures [1], notamment la baisse de 5,5 % de la TVA pour les pompes à chaleur réversibles, et l’intégration systématiquement du « confort d’été » dans les projets de rénovation des quartiers prioritaires.
Surtout, a insisté le ministère de la Transition écologique, 85 % des actions listées dans le plan national d’adaptation au changement climatique sont depuis mars 2025 « engagées », c’est-à-dire réalisées ou en cours de réalisation. « 85 %, c’est encourageant comme chiffre », veut croire le cabinet de Monique Barbut.
Un chiffre « trompeur »
Y a-t-il de quoi s’enorgueillir ? Non, tranchent des associatifs. Ce pourcentage ne signifie pas que la France est bien préparée au changement climatique, ou même en voie de l’être. La majorité des mesures prévues dans le plan sont « de petites actions à réaliser par l’administration, et ne sont pas du tout à la hauteur des enjeux, pointe Robin Ehl, chargé de campagne et de plaidoyer pour Oxfam France. Il s’agit souvent d’organiser des réunions, de créer des groupes de travail ou de préparer des rapports ».
« Même si toutes les mesures du plan étaient appliquées et bien appliquées, elles seraient insuffisantes pour faire face aux conséquences du changement climatique », abonde Elsa Ingrand, chargée de campagne chez Notre affaire à tous.
Les 85 % suggèrent que « l’État agit, alors qu’il analyse juste les problèmes »
En ce qui concerne l’approvisionnement en eau potable des départements et territoires d’outre-mer, l’action imaginée par le gouvernement consiste par exemple à lancer une étude de vulnérabilité. Cette case de la « to-do list » environnementale du gouvernement pourra être cochée à la publication de l’étude, en 2027. « Mais est-ce qu’on aura vraiment garanti l’accès à l’eau de ces territoires ? Pas du tout », pointe Robin Ehl.
Idem pour l’adaptation des hôpitaux à la chaleur : le Pnacc propose de saisir le Haut Conseil de la santé publique afin de réaliser une analyse des risques pour la santé humaine liée aux conséquences du changement climatique. « Est-ce que ça va aider les soignants qui suffoquent sur leur lieu de travail ? Est-ce que ça va soulager les malades ? Pas dans l’immédiat », poursuit Robin Ehl.
Le pourcentage de « 85 % de mesures engagées » mis en avant par le gouvernement est selon lui « trompeur » : « Il suggère que l’État agit, alors qu’il analyse juste les problèmes. » Et pendant ce temps, « les retards s’accumulent ».
Pour Monique Barbut, « on ne peut pas aller plus vite que la musique »
« On a besoin d’études pour avoir une meilleure connaissance de l’impact du réchauffement climatique sur les territoires français, reconnaît Adeline Paradeise, juriste chargée de contentieux et de plaidoyer chez Notre affaire à tous. Mais on a aussi besoin d’actions. » Rénovation généralisée des bâtiments, mise à disposition des bâtiments climatisés ou naturellement frais (comme les églises) aux personnes mal logées, installation de volets occultants… « Les solutions existent déjà, mais les pouvoirs publics décident de ne pas s’en emparer. »
Le plan du ministère risque par ailleurs de se heurter à l’assèchement des budgets destinés à l’adaptation au changement climatique, en particulier du Fonds vert. Créé en 2023, ce mécanisme, qui soutient les collectivités territoriales dans leurs investissements au service de la transition écologique, est l’une des charpentes du Pnacc. En deux ans, son enveloppe a fondu de deux tiers, passant de 2,4 milliards d’euros en 2024 à 837 millions d’euros en 2026. Des coupes budgétaires annoncées en juin pourraient à nouveau retrancher 162,5 millions d’euros à ce dispositif.
Nombre de rapports jugent les investissements du pays « très insuffisants »
En rognant sur le budget de l’adaptation, le gouvernement joue un jeu dangereux. Dans un avis de 2025, le Haut Conseil pour le climat jugeait les investissements du pays « très insuffisants », et rappelait que les différer entraînerait « une augmentation des coûts à long terme ». Une analyse confirmée par des rapports de l’Assemblée nationale, du Sénat, du Programme des Nations unies pour l’environnement, de la Banque mondiale et de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE).
« Il faut changer de paradigme, et voir ces financements comme un investissement sur le long terme », insiste Elsa Ingrand. D’après une étude publiée en 2023 dans la revue Nature Climate Change, chaque euro investi dans la prévention des inondations permettrait par exemple d’éviter 4 euros de dommages.
Interrogée sur l’écart entre l’intensification rapide du changement climatique et la lenteur avec laquelle le pays s’y adapte, Monique Barbut a répondu qu’« on ne [pouvait] pas aller plus vite que la musique ». La France, défend-elle, est l’un des premiers pays à s’être saisi de la question. « Ça ne veut pas dire qu’on a tout fait, je suis d’accord. » Il suffisait de mettre le nez dehors, en cette après-midi suffocante de juin, pour s’en rendre compte.