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ReportagePolitique

Le tour de France interrompu de Marine Tondelier, rattrapé par les incendies

Au cours de son tour de France, Marine Tondelier découvre la baie de l'Aiguillon avec Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux.

Marche des Fiertés rurales dans la Vienne, rencontre avec des pompiers à Die et mémorial des victimes de Xynthia à La Faute-sur-Mer... Le tour de France de Marine Tondelier démarré fin juin a dû être écourté par les incendies.

L’Aiguillon-la-Presqu’île (Vendée), reportage

Repliée, la tonnelle. Rangés, le mini-stand et les bouteilles de pétillant pomme-citron. Dimanche 26 juillet, à La Faute-sur-Mer — désormais intégrée à la commune de l’Aiguillon-la-Presqu’île —, le tour de France de Marine Tondelier s’est arrêté plus brutalement que prévu. La candidate écologiste devait encore gagner Bordeaux et la Gironde. Mais l’incendie qui ravage les champs d’arbres des Landes, les évacuations massives et l’air saturé de fumées et de microparticules ont fini par avaler le programme.

« Il n’y a pas grand intérêt à y aller pour finir calfeutrée », tranche-t-elle avant de prendre un train pour Paris. La tournée, lancée le 28 juin pour vingt-cinq étapes et 5 000 kilomètres, aura donc été raccourcie par le sujet même que les Écologistes prétendre mettre au centre de la présidentielle : l’entrée de la France dans un régime climatique qui défait autant les agendas que les territoires.

Remettre du lien

Depuis un mois, Marine Tondelier sillonne le pays dans un van Volkswagen ID.Buzz « made in Europe » loué pour l’occasion et conduit par Ismaël, salarié des Écologistes. Sur la carrosserie, le slogan promet « 5 000 kilomètres, zéro carbone, 100 % terrain ». Le zéro carbone relève évidemment de la réclame davantage que de l’analyse de cycle de vie, mais le véhicule remplit discrètement sa mission.

Son portrait vert aimanté sur les flancs du véhicule attire l’attention, de même que les cartons de livrets empilés à l’arrière, consacrés à la montagne, au numérique, à la solitude ou à la santé. Entre les tracts, les marque-pages en forme de thermomètre traînent de petites cartes frappées d’une vieille trouvaille de 2012, apparemment toujours rentable : « Une autre Marine est possible. »

La veille de l’arrêt forcé, cette autre Marine marchait à Chenevelles, dans la Vienne, au milieu des tracteurs décorés, des drapeaux arc-en-ciel et des chars de la cinquième édition des Fiertés rurales. Ici, la politique se fait en plein champ entre une intervention d’Aurore Berger et la prise de parole de Bernard Cazeneuve, avec les paillettes, les bottes et plusieurs milliers de personnes venues rappeler que les campagnes ne sont pas condamnées à l’invisibilité LGBTQIA+.

Marine Tondelier fait à peu près tout sur son tour de France : enchaîner les rencontres, alpaguer les gens, surveiller l’actualité, enregistrer des pastilles vidéo... © Jéromine Derigny / Reporterre

Le dispositif de ce tour de France, lui, tient davantage du camping politique que de la machine présidentielle. Une tonnelle, quelques bouteilles, des élus du coin, des livrets, un téléphone, et Marine Tondelier qui fait à peu près tout : enchaîner les rencontres, alpaguer les gens, surveiller l’actualité brûlante, enregistrer des pastilles vidéo, réserver une chambre pour son chauffeur, prendre son billet de train.

« La pression des réseaux sociaux est devenue énorme, on se doit d’être réactifs à tout. Je dois développer trois fois plus d’énergie personnelle que les autres candidats, c’est le pot de terre contre le pot de fer », avoue celle qui ne ménage pas sa peine. On pourrait appeler cela une campagne auto-démerdante. La précarité des moyens ne l’empêche pas de se comporter en candidate sérieuse, déterminée à installer ses thèmes avant que d’autres ne les repeignent à leurs couleurs.

Depuis fin juin, Marine Tondelier sillonne le pays dans un van Volkswagen ID.Buzz «  made in Europe  » loué pour l’occasion et conduit par Ismaël, salarié des Écologistes. © Jéromine Derigny / Reporterre

Son fil rouge est une « politique du sensible », qui remettrait le lien, la santé, la vulnérabilité et l’attention aux autres au centre de l’action publique. « Je veux vraiment me battre contre la solitude, qui a encore tué cet été lors des vagues de chaleur, mettre au centre la nécessité d’une société du lien », répète-t-elle.

Le tour lui sert à accumuler les visages et des preuves : pompiers volontaires rencontrés à Die avec la députée Marie Pochon ; agriculteurs expérimentant des pratiques alternatives ; syndicalistes ; salariés d’ONG, bénévoles… « J’ai rencontré partout des personnes qui portent ce pays à bout de bras. Les gens bien sont comme les ours polaires sur la banquise : on les croit en voie de disparition, mais ils résistent en silence. »

Des « rois du cimetière »

Reste que les militants verts ont le moral qui prend l’eau. Au déjeuner, devant des moules-frites au roquefort, Marine Tondelier déroule un diagnostic peu appétissant : « Les adhérents sont déprimés, les cadres du parti sont déprimés, les journalistes politiques sont déprimés, les gens en général sont déprimés. » Après les municipales et l’échec de son appel à la primaire de la gauche, elle sent les énergies retomber.

Et en réponse à l’appel du pied de Jean-Luc Mélenchon, une militante résume l’état des relations avec La France insoumise : « Jean-Luc Mélenchon ne tend pas la main, il met la pression. Sa main tendue, à ses conditions et sans discussion, on s’en fout. Ce n’est vraiment pas le sujet du moment. »

Les propositions des Écologistes sur l’enfance, l’eau, les littoraux ou l’isolement sont régulièrement aspirées par la grande centrifugeuse des querelles à gauche. © Jéromine Derigny / Reporterre

Tondelier qui a longtemps investi dans l’union de la gauche, se retrouve à devoir défendre sa propre candidature tout en expliquant qu’elle n’a pas renoncé au rassemblement. Et au passage à rechercher des parrainages dès que l’occasion se présente...

Elle reparle des « rois du cimetière », ces dirigeants qui préfèrent régner sur les ruines de leur camp plutôt que de partager le pouvoir, et soupire : « J’aimerais bien passer deux jours sans qu’on me parle de Jean-Luc Mélenchon. » Elle n’y parvient guère. Ses propositions sur l’enfance, l’eau, les littoraux ou l’isolement sont régulièrement aspirées par la grande centrifugeuse des querelles à gauche.

La montée des risques

À La Faute-sur-Mer, la politique du sensible quitte les livrets de campagne. Laurent Huger, maire LR venu à sa rencontre dans un tee-shirt blanc qui met en valeur un poitrail bronzé, épilé et bodybuildé, reçoit la délégation. Peu suspect de tendresse idéologique envers les écolos, il parle pourtant le même langage lorsqu’il s’agit de vivre avec la submersion marine.

« L’écologie de demain, c’est celle qui explique aux gens qu’ils vont devoir payer pour leur sécurité », explique celui qui a fermé la forêt adjacente et qui ne sait pas comment prévenir les gens qu’ils ne pourront plus vivre ici d’ici à la fin du siècle... « Et même peut-être avant. » La commune a été marquée au fer rouge par la tempête Xynthia qui, dans la nuit du 27 au 28 février 2010, y a tué 29 personnes.

Laurent Huger, maire LR, reçoit la délégation. © Jéromine Derigny / Reporterre

Devant le mémorial consacré aux victimes, le silence se fait. Les noms inscrits rendent soudain dérisoire toute la quincaillerie habituelle des campagnes. La candidate est visiblement très touchée. Ici, la « vulnérabilité » n’est ni un concept ni un élément de langage : elle a des âges, des familles, des maisons disparues. Des enfants morts noyés rappellent, s’il était besoin, à la candidate enceinte de sept mois pourquoi le combat pour un monde habitable devrait irriguer l’ensemble des bords politiques. Ici, les habitants ont connu les maisons inondées, les procès, les démolitions, puis l’apprentissage forcé des plans d’évacuation et des alertes.

Avec Allain Bougrain Dubourg, président de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), venu de l’île de Ré, Marine Tondelier revêt enfin son k-way et monte à bord d’un zodiac semi-rigide pour observer ce littoral où la beauté des paysages ne suffit plus à dissimuler la montée des risques. Ici, la LPO travaille d’arrache-pied pour protéger la réserve naturelle nationale de la baie de l’Aiguillon.

Point de bascule

Ce tour de France aura d’ailleurs été poursuivi par les catastrophes. « J’ai été précédée par les incendies, ou suivie, au choix », observe-t-elle. En Savoie, son fils Joseph s’est retrouvé bloqué à Pralognan-la-Vanoise après l’incendie et les chutes de pierres ayant coupé l’unique route d’accès. Plusieurs milliers d’habitants ont dû être ravitaillés par hélicoptère pendant des jours. Puis, la Drôme et la Gironde qui s’est embrasée, avec plus de 220 000 évacuations et une pollution de l’air devenue dangereuse autour de Bordeaux. « Ce n’est pas rien. »

Les militants rencontrés oscillent entre la satisfaction d’avoir eu raison et la rage de n’avoir pas été entendus. « On a tout eu : écoterroristes, éco-illuminés… Il faut que les gens aient le nez dans le mur pour comprendre », lâche l’un d’eux. Philippe, à La Faute-sur-Mer, se montre moins sûr : « Les gens voient la forêt brûler, mais je doute que cela change quoi que ce soit. »

Avec Allain Bougrain Dubourg, venu de l’île de Ré, Marine Tondelier revêt son k-way et monte à bord d’un zodiac semi-rigide pour observer un littoral où la beauté des paysages ne suffit plus à dissimuler la montée des risques. © Jéromine Derigny / Reporterre

Marine Tondelier, elle, veut croire que l’été constitue un point de bascule. Elle parle déjà d’un « État-providence climatique » chargé de protéger les habitants contre les canicules, les pertes agricoles, les logements inhabitables et la multiplication des catastrophes. Elle défend un droit du travail adapté et la planification des usages de l’eau.

« Va-t-on réserver l’eau aux centres de données de l’intelligence artificielle, au maïs irrigué, aux maraîchers ou aux bêtes ? » La campagne présidentielle devra répondre à ce genre de questions, assure-t-elle, et pas seulement compter les petites phrases ou les mains tendues.

À plus de 21 heures, dans le TGV qui remonte de La Rochelle vers Paris, la faim commence à tirailler la candidate. Ses narines repèrent une odeur de pizza qui s’échappe du paquet d’un voyageur. Il la reconnaît : « Je vous en donne une part si vous ne faites aucune alliance avec Mélenchon ! » Elle sourit, un peu lasse. « C’est mon quotidien. » Même au wagon-bar, impossible de passer deux jours sans lui. Et de toute façon , la pizza n’est pas veggie.

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