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Incendies

Incendies : avec les fumées, le danger voyage sur des centaines de kilomètres

Les fumées de l'incendie de Gironde saturent par moment l'air de Bordeaux, comme ici le 26 juillet 2026.

Les fumées du mégafeu en cours en Gironde peuvent se transporter sur des centaines de kilomètres, au gré du vent. Même loin des flammes, elles peuvent provoquer des intoxications et des inflammations pulmonaires et cardiaques.

Après l’évacuation, l’hospitalisation. Depuis plusieurs jours, les urgences de Bordeaux voient arriver des patients haletants après avoir été exposés aux fumées des incendies ravageurs dans la région. Parmi les lits ouverts spécialement dans le cadre du plan blanc déclenché dans les établissements de santé de la zone, au CHU de Bordeaux « 30 % de ceux qui les occupent le sont pour un motif respiratoire », note Maëva Zysman, médecin au service pneumologie de l’hôpital.

La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, invitée sur France Inter mardi 28 juillet, a fait état d’une augmentation de 50 % des appels au Samu dans le secteur. « Nous sommes évidemment très vigilants sur la pollution de l’air, il y a eu des tests hier, il y avait un doute sur des intoxications au monoxyde de carbone évoquées, qui ne sont pas confirmées », a-t-elle précisé.

Une ministre faussement rassurante

Le monoxyde de carbone est un polluant majeur généré par les incendies de forêt, en particulier à proximité des feux, qui peut être mortel. En cas d’exposition dans un rayon de moins d’un kilomètre des flammes environ et de symptômes comme des maux de tête, des vertiges et des pertes de vigilance, mieux vaut se rendre aux urgences. Les victimes de ce gaz toxique y sont alors mises sous oxygène pour chasser l’intoxication et éviter le coma.

« L’avantage, c’est que c’est quelque chose que l’on sent ou que l’on voit. Si vous sentez le brûlé ou si vous voyez un gros nuage de fumée, si vous avez des fragilités, il vaut mieux mettre un masque FFP2, que vous pouvez trouver dans les pharmacies », a ajouté la ministre, faussement rassurante.

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Or, au contraire, le monoxyde de carbone « ne se voit pas et ne sent rien », s’est fait confirmer Reporterre par des experts. Ce fait est même mentionné dans une plaquette... du ministère de la Santé.

« Même avec un masque FFP2, il ne faut pas se mettre en danger »

Et les masques FFP2, ceux en bec de canard que la population générale a découverts lors de la crise sanitaire du Covid-19, contrairement aux masques à gaz, ne font pas barrière aux émanations de gaz tels que le monoxyde de carbone. Alors, rappelle Maëva Zysman, « avec un masque FFP2, il ne faut pas se sentir faussement rassuré et se mettre en danger en restant très proches des zones incendiées ».

Au-delà de l’exposition à proximité immédiate du feu, les incendies dégagent d’autres gaz et particules toxiques, avec d’autres risques pour la santé. Les masques FFP2 ont alors leur utilité, car ils sont présumés protéger en partie des particules fines qui émanent des fumées.

« Nous avons surtout pris en charge des patients qui souffrent de maladies respiratoires chroniques comme l’asthme ou la bronchopneumopathie chronique obstructive [BPCO], car les incendies ont suscité des crises alors qu’habituellement, l’été, c’est calme sur ces pathologies plutôt exacerbées par les épidémies hivernales », précise Maëva Zysman, spécialement dépêchée dimanche pour accueillir ce flux de rescapés des fumées.

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La pneumologue s’inquiète aussi pour les malades les plus âgés, évacués de leur Ehpad en proie aux flammes. « Des exacerbations de leurs maladies respiratoires ont été déclenchées dans les lieux d’accueil temporaires, elles nécessitent une hospitalisation », rapporte-t-elle.

Stéphanie Rist a précisé sur France Inter qu’il restait lundi soir « une cinquantaine de personnes, sur les 2 300 que nous devions continuer de transférer dans d’autres établissements médicosociaux de la région et en dehors ».

Plus nocifs que les pics de pollution habituels

Le danger concerne principalement les personnes atteintes de maladies chroniques respiratoires, cardiovasculaires, souffrant de pathologies oculaires, dialysées, diabétiques ou immunodéprimées et les plus âgées, particulièrement vulnérables aux risques liées à l’intoxication aux fumées, tout comme les nourrissons, les enfants et les femmes enceintes, avec des risques d’accouchements prématurés. Toutes ces personnes doivent s’écarter le plus possible des flammes. Un rapport complet de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), publié en juin, liste les catégories les plus fragiles face à la pollution liée aux incendies de végétation.

« Au-delà des arbres qui brûlent, il y a aussi des voitures »

En plus des gaz, ceux-ci dégagent des particules en suspension, « un indicateur majeur pour le suivi de la pollution atmosphérique par les incendies », souligne l’Anses. Ce sont en majorité des particules fines, dont on entend habituellement parler en cas de pollution de l’air liée à la circulation automobile.

« Au-delà des arbres qui brûlent, il y a aussi des voitures et autres, alors les feux chargent l’air de fumées plus nocives que les émissions des pics de pollution standard liés au trafic routier », compare Olivier Brun, coresponsable de la mission pollution climat de la Société de pneumologie en langue française.

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Les particules des incendies sont particulièrement redoutables car « elles sont davantage irritantes que les habituelles. En plus des problèmes pulmonaires, on peut donc s’attendre à des effets cardiovasculaires de type AVC ou infarctus, immédiats et en décalé, sur toute la région », craint Lucile Sesé, pneumologue à l’hôpital Avicenne à Paris et experte en santé environnementale.

En effet, ces particules sont transportables sur de longues distances, et peuvent ainsi atteindre la santé des plus vulnérables à plusieurs centaines de kilomètres. « Le niveau d’exposition est très élevé, c’est comme si on était au-dessus d’un barbecue géant pendant plusieurs heures consécutives, dans toute la Gironde, voire au-delà, dans les Landes », alerte Maëva Zysman, la pneumologue du CHU de Bordeaux.

Une qualité de l’air très dégradée

En effet, l’atmosphère est extrêmement dégradée sur une grande partie de la Gironde, des Landes et du Lot-et-Garonne, a alerté lundi l’observatoire de la qualité de l’air en Nouvelle-Aquitaine, qui propose une carte détaillée avec des zones écarlates particulièrement inquiétantes.

Il interpelle sur des concentrations très élevées en particules fines, suffisamment petites pour entrer dans les voies respiratoires et provoquer des irritations et faire empirer des maladies respiratoires. Celles qui s’échappent de la fumée et de la suie et peuvent rester en suspension dans l’air pendant plusieurs jours, voire semaines, et se déplacer à travers les régions en fonction du sens du vent.

Ces particules provoquent des soucis transitoires comme des yeux et des nez qui coulent, des irritations de la bouche, de la gorge et de la peau « généralement bénins, bien que potentiellement exacerbés par la répétition des expositions », indique l’Anses.

Elles peuvent également susciter de la toux, des gênes respiratoires, des sifflements, voire un poids dans la poitrine et déclencher des crises d’asthme ou des exacerbations d’autres maladies pulmonaires.

« N’utilisez pas d’aspirateur, mais plutôt une serpillère »

Alors, si les fumées se rapprochent, il est recommandé, en particulier pour les personnes vulnérables, d’éviter de sortir près des lieux incendiés, d’y pratiquer la marche ou des activités physiques. Mieux vaut rester à l’intérieur en fermant les fenêtres, en arrêtant la VMC, en bloquant avec du linge humide les entrées d’air et en ouvrant seulement lorsqu’il n’y a pas de fumée.

Dans son rapport, l’Anses incite à veiller particulièrement sur les personnes sans abri et celles vivant en grande précarité, par définition moins à même de se barricader.

Par ailleurs, pour éviter de mettre en suspension les particules nocives, l’agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine préconise de « ne pas utiliser son aspirateur pour retirer les poussières, ainsi que tout souffleur, tout nettoyeur haute pression (type Kärcher) ou balayage à sec pouvant mettre en suspension des particules ». Elle incite plutôt à « nettoyer les surfaces à l’eau uniquement : lingettes humidifiées pour les objets et meubles de la maison et serpillières humides pour les sols ».

Des évacuations réalisées suffisamment tôt

Le rapport de l’Anses conclut que les risques sanitaires à moyen et long terme de ces expositions sont « un champ de recherche émergent et à développer ». Et Maëva Zysman de rassurer dans la mesure du possible : « Globalement, les mesures pour évacuer ont été prises suffisamment tôt, donc les effets sur la santé devraient être limités. Les fumées peuvent provoquer des épisodes aigus et des consultations aux urgences, mais l’état des connaissances scientifiques ne fait pas mention pour l’heure d’effets graves pour la santé au long cours ».

Avec plus de 220 000 personnes évacuées dans le Sud-Ouest, soit quasiment l’équivalent de la population d’une ville comme Rennes, c’est l’exode le plus important connu dans l’Hexagone depuis 1940.

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