Moins de voitures, plus de vélos et de trams : le pari réussi des Écologistes à Tours
La rue Nationale à Tours est entièrement sans voiture. - © Philippe Turpin / Photononstop / Photononstop via AFP
La rue Nationale à Tours est entièrement sans voiture. - © Philippe Turpin / Photononstop / Photononstop via AFP
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Municipales — Pistes cyclables, lancement d’une deuxième ligne de tramway… Passée sous pavillon écologiste en 2020, la mairie de Tours a accéléré le développement des mobilités douces, avec l’ambition de réduire la place de la voiture.
Tours (Indre-et-Loire), reportage
348, 349… En cette matinée de février, le compteur du nombre de vélos franchissant le pont Wilson, à Tours, s’agite. Des coureurs et piétons accompagnent cette valse de part et d’autre de l’ouvrage. Certains prennent le temps de s’arrêter pour observer la Loire, un peu agitée ces derniers temps. Toutes les dix minutes, le passage d’un tramway ponctue ce flux incessant de Tourangeaux. Depuis août 2020, aucune voiture n’est autorisée sur le pont. Tout juste élue, la gauche écologiste, sous l’égide d’Emmanuel Denis, candidat à sa réélection, a pris la décision de privilégier les mobilités douces sur cet espace, malgré les oppositions.
Six ans plus tard, le débat s’invite dans la nouvelle campagne des municipales. Christophe Bouchet (Union du centre et de la droite), principal concurrent d’Emmanuel Denis, critique du plan mobilité engagé par la municipalité, promet de rouvrir le pont s’il est de nouveau élu — il a été maire de Tours de 2017 à 2020. Même engagement du côté du candidat du Rassemblement national Aleksandar Nikolic, crédité en troisième position dans les sondages, juste devant la candidate de La France insoumise, Marie Quinton.
À gauche, c’est surtout le bilan d’un mandat sous le signe des mobilités douces que la municipalité veut brandir. En six ans, elle a avancé sur les questions des transports en commun et surtout de cyclabilité. Entre 2019 et 2025, la ville est passée de la 19e à la 6e place des villes les plus cyclables de France, selon le baromètre de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB).
110 km de pistes cyclables d’ici 2026
« On partait d’une ville où il n’y avait tout simplement pas de piste cyclable, cingle Tom Pollak, coprésident du Collectif Cycliste 37 (CC37), qui promeut la pratique sur le territoire. Le Covid a lancé un sursaut sur le vélo. C’était le moment propice pour lancer un plan ambitieux. »
La Ville a alors investi par le biais de la Métropole, dans un schéma cyclable qui traverse les 22 villes composant la communauté de communes. Nommé Vélival, il prévoyait un parcours de 350 km de pistes cyclables, répartis en treize itinéraires, dont la plupart passe par Tours. La première phase, commencée en 2024, prévoyait la réalisation de sept itinéraires, soit 110 km de pistes, pour 81 millions d’euros d’ici 2026. « Quatre ont été faits, avec quelques discontinuités sur des carrefours difficiles, admet l’équipe municipale encore en place. Le reste arrivera dans 2 à 3 ans. »
Dans le centre-ville, la rue Marceau est le parfait symbole de ce chantier. En 2024, des places de stationnement ont été supprimées afin de créer une piste cyclable bidirectionnelle, « la première de la ville », pour un budget de 10 millions d’euros. Résultat, plus de 1 000 passages selon le comptage de 2024 de la CC37. « Il y a un report des cyclistes qui ne peuvent plus passer par la rue Nationale maintenant que l’artère commerçante est réservée aux piétons. On voit aussi une augmentation des passages rue Buffon », explicite Tom Pollak.
Du côté de la rue d’Entraigues, qui permet de relier l’avenue Grammont à la ville de La Riche, le bruit des sonnettes a détrôné celui des moteurs. Les voitures qui s’y aventurent sont vite forcées de la contourner par des sens interdits installés tous les 100 à 200 mètres. Depuis 2022, elle est devenue une « vélorue », un axe où les cyclistes sont majoritaires et prioritaires.
« Au début, il y a eu des oppositions et finalement, les riverains se sont rendu compte que ça apaisait le quartier, qu’il y avait moins de voitures, se remémore le coprésident du CC37. Mais d’autres rues ont été impactées, c’est vrai. » Faute de pouvoir passer, les véhicules se dirigent vers les routes attenantes, ce qui crée davantage de circulation dans ces rues autrefois tranquilles. « Le trafic se reporte et ça veut juste dire qu’on n’a pas été assez loin. »
Une politique piétonne attendue
Pour aller dans ce sens, la mairie écologiste a alors inauguré deux autres vélorues et abaissé la vitesse à 30 km/h dans toute la ville, à l’exception des grands axes structurants. L’objectif est simple, faire en sorte que les quartiers d’habitation ne soient plus des points de transit, mais des lieux où l’on se déplace en transport en commun, à vélo ou tout simplement à pied. « Le premier mode de déplacement, comme aime rappeler Pascal Riffonneau, Tourangeau et membre de l’association Rue de l’avenir qui met le piéton au centre des politiques de la ville. Maintenant que le vélo est pris en compte, même si tout n’est pas parfait, il faut passer à la marche ! »
Un plan piéton à « hauteur d’enfants » a été annoncé, un peu tardivement, en août 2025 pour rattraper les lacunes et accélérer la marchabilité de la ville. Mais il ne sera mis en œuvre que si la gauche écologiste est reconduite à la tête de la ville. Alors, argument de campagne ou vrai sursaut ? « C’était important d’avancer vite sur le vélo d’abord au vu de notre retard, mais à chaque fois qu’on aménage une rue, on l’améliore pour les piétons », rappelle Frédéric Miniou, adjoint au maire et directeur de campagne.
Une fréquentation qui augmente
Le vélo n’aura pas été le seul cheval de bataille des Écologistes. Les transports en commun, avec le tramway en tête, ont largement été développés. À commencer par la ligne 2, dont les travaux ont été lancés l’été dernier. La ligne de 12 km, reliant Chambray-lès-Tours et La Riche en passant par Joué-lès-Tours et bien sûr Tours, devrait être mise en service pour 2028 et accueillir 35 000 passagers par jour.
Et si le tracé de la ligne et son coût, aux alentours de 500 millions d’euros selon les valeurs de 2023, font toujours débat, principalement à droite, la municipalité les élude et renvoie aux élections de 2020 où « la question de la ligne 2 a été réglée » par le résultat des urnes. Pas question de revenir en arrière donc, comme le voudrait Christophe Bouchet. Le candidat du centre et de la droite préconise une « ligne réduite du boulevard Verdun à l’hôpital Trousseau » pour « économiser 250 millions d’euros ».
Au contraire, le succès du réseau de transports en commun, Fil bleu, à l’échelle de la métropole, conforte plutôt la mairie écologiste à le développer. En six ans, le nombre d’utilisateurs est passé de 39,8 millions en 2019 à 46 millions en 2025, dont près de la moitié est imputée au tramway. La gratuité pour les enfants de moins de 11 ans, l’ajout de bus de nuit avec arrêt à la demande, le dispositif d’accompagnement gratuit pour les plus de 60 ans et le test de trois samedis gratuits n’y sont pas pour rien.
« On a observé une hausse de 20 % dans les transports à ce moment-là. Il faudrait continuer l’expérimentation pour observer une vraie tendance », explique le syndicat des mobilités de Touraine. Du côté des commerçants, cette mesure a été perçue comme un signal positif pour « soutenir la fréquentation du commerce ».
Ces six dernières années, les nombreux changements liés au plan de mobilité, notamment la suppression de 200 places de stationnement, ont fait monter leur inquiétude. « Nous ne sommes pas opposés par principe au développement des mobilités douces ni à l’idée d’un centre-ville apaisé. Un centre agréable, accessible et vivant est dans l’intérêt de tous. Mais le calendrier et la méthode sont déterminants », affirme l’association Tous à Tours — Commerçants et artisans. Elle déplore également un manque de concertation en amont, ce qui leur aurait permis « d’anticiper, d’adapter leur masse salariale ou de préparer leur clientèle » aux changements.
Avec le déploiement des transports en commun et de Vélival, la municipalité a surtout affiché sa volonté de réduire la place de la voiture individuelle à Tours. « C’est dans le sens des choses, dit Tom Pollak. Ça ne sert à rien de faire un plan piéton si on ne régule pas la part de la voiture en ville. » Malgré les ambitions, la part de cycliste est passée de 3 % en 2019 à 5 % en 2025 au niveau de la métropole, avec une tendance plus forte dans le centre de Tours, loin des 10 % visés pour 2030. La mairie écologiste l’admet : « Les aménagements ont du succès, on est dans une dynamique positive, mais il reste beaucoup à faire. »
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