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Politique

Tout-voiture, tout-béton... À Bordeaux, après l’ère écologiste, la peur du retour en arrière

En 2021, sur le Quai des Queyries, la municipalité de Pierre Hurmic a supprimé 250 places de stationnement et transformé une voie jusqu’alors dédiée aux voitures en espace réservé aux cyclistes.

Après la victoire du macroniste Thomas Cazenave face au maire sortant Pierre Hurmic, les associations écologistes redoutent un changement de cap susceptible de fragiliser les politiques engagées ces six dernières années.

Il avait mis fin à soixante-treize ans de règne de la droite et du centre à Bordeaux. En prenant la mairie en 2020, Pierre Hurmic avait ouvert la voie à une ère verte dans l’histoire de la ville. Dimanche soir, Thomas Cazenave y a mis un terme. Élu d’une courte majorité — 50,9 %, à quelque 2 000 voix près — l’ancien ministre délégué aux Comptes publics n’a pas tardé à donner le ton. Depuis son QG, quelques minutes après les résultats, il saluait « le message clair » des Bordelais : « Ils veulent du changement, une nouvelle ambition. »

Du changement, mais pas sur tous les sujets : sur la question du climat, certains chantiers engagés lors du mandat précédent semblent faire consensus. S’il moquait la « politique de l’arbre » de Pierre Hurmic, le nouveau maire Renaissance entend aller « au-delà de la simple végétalisation pour rénover et adapter la ville », avec notamment un « plan fraîcheur » qui comprend la création de structures d’ombrage, des fontaines et des matériaux clairs antichaleur.

Un possible retour de la voiture en centre-ville

Sur la question de la mobilité, en revanche, le changement n’est pas du goût de tous. « On avait un dialogue privilégié avec l’équipe de Pierre Hurmic. Il y a eu beaucoup d’avancées, notamment sur le cadre de vie et les circulations. On espère que ces acquis vont perdurer », détaille Ludovic Fouché, coprésident de l’association Vélo-Cité, qui promeut le cyclisme à Bordeaux.

Marqueur du mandat Hurmic, le vélo s’est taillé une place de choix à Bordeaux : en six ans, la ville a aménagé 43 km de pistes cyclables et étendu de 87 hectares le secteur piéton. Sur la place du vélo accordée par la nouvelle municipalité, Ludovic Fouché se veut confiant. L’inquiétude porte plutôt sur le retour du tout-voiture, enjeu phare des municipales. Pendant la campagne, Thomas Cazenave a plaidé pour un moratoire sur la piétonisation et la suppression de places de stationnement, menaçant de détricoter la politique menée par Hurmic.

« On sent bien que le curseur n’est pas au même niveau. Plusieurs annonces vont dans le sens d’un retour de la voiture en centre-ville. On en voit les inconvénients… Les avantages, beaucoup moins. »

Des dossiers brûlants à l’échelle de la métropole

Comme sur de nombreux autres sujets, la bataille va surtout se jouer à l’échelle de la métropole, compétente en matière de transport, de logement ou de transition énergétique. Avec la bascule à droite et au centre de plusieurs communes limitrophes — Le Haillan, Parempuyre ou encore Bègles, bastion de la gauche depuis la Libération — la majorité métropolitaine va changer de visage, et Thomas Cazenave ne cache pas son intention d’en briguer la présidence.

« On s’attend à des discussions assez dures dans certaines communes où il y a des velléités de revenir en arrière, prévient Ludovic Fouché. Mais il leur sera dur de rétropédaler : juridiquement parlant, il sera difficile de supprimer des pistes cyclables. »

Rive droite, une voie qui traverse le parc aux Angéliques permet aux cyclistes et piétons de remonter la Garonne.

Sur le volet du logement, Thomas Cazenave entend bâtir plus pour en faire baisser le coût, et « supprimer les normes inutiles » qui freinent la construction de nouveaux logements. « Il semblerait que la politique de Thomas Cazenave soit de construire, construire, construire, dans une ville qui est déjà très minérale, souffle Agnès Doherty, coprésidente de l’association Aux arbres citoyens. C’est dommage, on observait de belles avancées, j’espère juste qu’il ne va pas tout détricoter. »

Le changement de majorité pourrait aussi peser sur d’autres dossiers sensibles : au nord de Bordeaux, le projet Emme (pour Electro Mobility Materials Europe), une raffinerie de cobalt et de nickel classée Seveso seuil haut, prévue en zone inondable, cristallise les tensions. Dans les mois qui viennent, le conseil métropolitain devra se prononcer sur la modification du PLU nécessaire à la construction de l’usine. « Ce projet est impensable. J’espère que les élus vont prendre en compte les oppositions locales, mais le combat risque d’être rude », analyse Sylvie Perez, présidente de l’association Préservons notre paysage urbain.

« Plus de droite, en général, c’est plus de béton »

Jusqu’ici, les collectifs pouvaient compter sur le soutien des élus écologistes de Bordeaux, désormais minoritaires. « Nous allons nous battre pour rappeler aux nouveaux élus les dangers d’une usine en zone inondable et ses répercussions économiques : il faudra renforcer les digues, adapter le réseau routier… », poursuit-elle.

Les opposants s’appuient aussi sur les maires nouvellement élus des communes concernées, Blanquefort et Parempuyre, tous deux défavorables au projet. « C’est bien le signe que la population est contre », insiste Benoît Calvet, membre du collectif Alerte Seveso Bordeaux métropole. Lui se dit « méfiant » de l’arrivée de Thomas Cazenave au pouvoir. « Mais on a réussi à convaincre des élus de droite que ce n’était pas le bon endroit. J’espère qu’il nous entendra et agira intelligemment. »

Lire aussi : « C’est le monde dans lequel on vit » : à Bordeaux, la mairie écologiste soutient un énorme projet de data center

Autre dossier brûlant : la ligne grande vitesse (LGV) Bordeaux-Toulouse. Opposant de la première heure, Pierre Hurmic défendait la modernisation de la ligne existante. Là encore, un changement de cap est redouté : « Mon ambition, c’est Bordeaux en grand, c’est oui au rayonnement, oui à la LGV », déclarait Thomas Cazenave au journal Sud Ouest, trois jours avant son élection. Un discours qui inquiète, mais n’étonne pas les opposants au projet.

« Plus de droite, en général, c’est plus de béton, grince Stéphanie Mariette, secrétaire de l’Association Stop LGV Bordeaux métropole. Le seul espoir que j’ai, c’est que la droite de la métropole arrête de répondre aux sirènes du BTP. Et il est encore temps ! Le projet de lignes nouvelles n’est pas engagé, il est donc annulable en l’état. Surtout, on espère que le nouveau maire va s’emparer de sujets plus sérieux que du sapin en verre sur la place de la mairie »

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