Pourquoi le Parti animaliste a-t-il accepté d’intégrer des listes de droite ?
Un tractage lors d'un rassemblement pour la journée mondiale des blaireaux, en mai 2022. - © Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Un tractage lors d'un rassemblement pour la journée mondiale des blaireaux, en mai 2022. - © Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Des membres du Parti animaliste ont fait leur entrée dans les conseils municipaux sur des listes de gauche, mais aussi de droite. Un paradoxe, alors que des députés de droite ont massivement soutenu la loi Duplomb.
À Montpellier, Le Havre, Montreuil, Thonon-les-Bains, Grenoble, Marseille, et dans plus de vingt autres villes françaises, le conseil municipal comptera désormais un membre du Parti animaliste. Création de parc canin, mise en place de dispensaire, stérilisation des chats errants, végétalisation des menus en cantine scolaire, des cours sur l’éthique animale... Autant de mesures qu’ils comptent mettre en place durant leur mandat.
Ils sont 28 en tout à avoir été élus sur des listes aux dernières élections municipales. Une « percée », dont se félicite Mira Douchka Markovic, coprésidente de ce tout jeune parti fondé en 2016, et consacré à la cause animale : « Nous avons doublé, voire triplé notre nombre d’élus par rapport à 2020 ! Nous sommes fiers de démontrer que la cause animale intéresse les électrices et les électeurs. » Et de rappeler que le parti animaliste avait déjà fait 2 % aux élections européennes de 2024.
Un parti qui se revendique transpartisan
Sur ces 28 élus animalistes, 18 figurent sur des listes d’union des gauches, quand les 10 restants sont intégrés à des listes centristes ou divers droite. Parmi elles, on retrouve notamment la liste Horizons conduite par Édouard Philippe au Havre. Pour rappel, la droite et le centre (dont Horizons) avaient massivement soutenu la loi Duplomb en 2025, laquelle autorise notamment l’agrandissement des élevages intensifs. De même, de nombreux députés de droite et du centre participent à un groupe d’études visant à promouvoir la chasse et la pêche.
Un paradoxe que balaie la direction du Parti animaliste, qui se revendique transpartisan : « Peu importe la couleur politique de l’individu, à partir du moment où il a vraiment envie de faire changer les choses sur les questions animales, explique Mira Douchka Markovic. Bien sûr que c’est extrêmement triste et décevant que toutes ces personnes aient voté pour la loi Duplomb… Mais ici, ce sont des élections locales, sans considération nationale. Donc on regarde ce que la personne a envie de faire localement, et on discute au cas par cas. C’est un peu de la dentelle. »
« L’objectif, c’est de faire évoluer les mentalités de l’intérieur »
« Vous imaginez bien que je ne défends pas les élevages intensifs et que je suis contre les pesticides ! renchérit Béatrice Canel-Depitre, membre du Parti animaliste élue sur la liste d’Édouard Philippe au Havre. L’objectif, c’est de faire évoluer les mentalités de l’intérieur. Et je pense que les animalistes qui rentrent dans les municipalités vont justement permettre d’apporter un nouveau discours que certains n’ont jamais entendu. »
L’ancienne maîtresse de conférences en sciences de gestion raconte comment, pendant la campagne, ses colistiers ont réagi au sauvetage d’un goéland blessé : « Ils m’ont posé plein de questions, m’ont demandé comment il allait… Malheureusement, le lendemain, on a appris qu’il ne pourrait pas être sauvé, et ils m’ont exprimé leur empathie. Ça prouve bien que la cause animale traverse la société dans son ensemble. Elle n’a pas de couleur politique. »
Des lignes rouges
Il existe en revanche des lignes rouges, prévient Mira Douchka Markovic : « Notre mouvement est transpartisan, mais il est aussi humaniste, démocrate et républicain. On s’inscrit dans ce cadre-là, et on ne fera pas alliance avec des personnes qui ne le respectent pas », explique-t-elle, sans pour autant condamner clairement l’extrême droite.
Mais le Parti animaliste formule aussi des reproches à la gauche, avec qui il partage pourtant un grand nombre de valeurs et de sensibilités. « À gauche, ça bouge, mais le problème, c’est que dès qu’il y a un conflit avec un intérêt humain, la question des animaux passe au second plan », déplore Mira Douchka Markovic. Elle prend l’exemple d’Aymeric Caron, ex-député La France insoumise (LFI), qui a échoué à faire passer une loi anticorrida en 2022 : « Sa proposition a finalement été trappée par LFI à la place d’un sujet sur la vaccination des soignants… C’est dommage, car l’intention est là, mais il faut que ça aille plus loin. »
Et d’ajouter : « Le peuple de gauche, qui se bat contre les oppressions, devrait au moins être antispéciste [1]. Parce que les plus opprimés des opprimés, ce sont les animaux partout dans le monde. »
Des objectifs rarement atteints
À Saint-Ouen, Jérôme Hirigoyen, membre du Parti animaliste, a été élu, lui, sur une liste de gauche portée par le socialiste Karim Bouamrane. S’il estime lui aussi que « l’écologie et la cause animale sont des sujets ni de droite, ni de gauche », il affirme qu’à titre personnel, étant de gauche, il ne se serait peut-être pas engagé auprès d’une liste d’une autre couleur politique, « car il y a aussi d’autres mesures à porter que celles de la cause animale durant le mandat ».
Il raconte que dès le début de la campagne, Karim Bouamrane nourrissait un intérêt pour les sujets en lien avec la condition animale. « Le dialogue a été très fluide. Il voulait déjà intégrer plus de communication et de sensibilisation sur le sujet », témoigne Jérôme Hirigoyen.
« Il y a aussi d’autres mesures à porter que celles de la cause animale »
Le nouveau conseiller municipal de Saint-Ouen considère que son élection n’est pas seulement « symbolique », mais révélatrice d’une réelle volonté de faire de Saint-Ouen une « “ville de vivants”, c’est-à-dire une ville qui n’est pas centrée autour de l’humain, mais qui prend en compte les animaux, la biodiversité et les équilibres naturels ».
Édouard Philippe et Karim Bouamrane ont toutefois des progrès à faire en termes de protection animale : selon le comparateur de L214, le maire du Havre n’aurait atteint que 20 % des objectifs sur les questions animales, et celui de Saint-Ouen, 18 % seulement. L’inclusion des conseillers municipaux animalistes les aideront-ils à s’améliorer ? Réponse dans six ans !