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Municipales 2026

Les Écologistes signent une entrée historique à la mairie de Saint-Étienne

Mairie de Saint-Étienne, en Auvergne-Rhône-Alpes, le 18 mars 2026.

Passée à gauche au second tour des municipales, la mairie de Saint-Étienne compte pour la première fois de son histoire des élus écologistes dans son exécutif. Les défis qui les attendent sont immenses.

Saint-Étienne (Loire), correspondance

C’est une victoire nette : Régis Juanico (Parti socialiste) est arrivé en tête des élections municipales de Saint-Étienne (Loire), le 22 mars, avec 44,13 % des voix face à trois concurrents (Rassemblement national, Les Républicains et La France insoumise). Pareille à une poupée russe écarlate, sa percée contient plusieurs leçons. La première est l’arrivée des Écologistes au sein de l’exécutif, pour la première fois dans l’histoire de la ville.

Après le premier conseil municipal de la nouvelle majorité, qui se tiendra vendredi 27 mars à 17 heures, onze élus écologistes devraient siéger aux côtés du nouveau maire, issus de cinq partis (Les Écologistes, Génération écologie, Debout !, Parti animaliste, Générations).

Ils vont notamment détenir deux postes clés : Julie Tokhi (Les Écologistes) sera première adjointe, chargée de la transition écologique et de l’état civil, et Jean Duverger (Génération écologie) sera adjoint aux finances. « C’est un tournant dans la vie politique de Saint-Étienne, qui pourrait se traduire par des changements », constate Vincent Béal, maître de conférences en science politique à l’université Jean Monnet de Saint-Étienne, coauteur de Sociologie de Saint-Étienne (La Découverte, 2020).

Victoire historique dans une ville de droite

En effet, si elle a élu l’un des premiers maires socialistes de France en 1888 (Émile Girodet), Saint-Étienne ne fait pas partie de ces grandes villes ouvrières qui ont été, après la Libération, de solides fiefs de la gauche. Cette dernière n’a gouverné la mairie qu’à deux reprises, en 1977 et 2008. L’écologie politique, elle, n’a été présente qu’à travers des mobilisations citoyennes, des élus d’opposition et un conseiller municipal délégué sous Michel Thiollière (Parti radical) en 1995.

« Il y a eu un début de réflexion sur la transition écologique sous les mandats de Michel Thiollière, de 1995 à 2008, avec un projet d’écoquartier stoppé par la crise de 2008 et le développement du tram, et sous le mandat du socialiste Maurice Vincent de 2008 à 2014 qui a renforcé la piétonnisation du centre-ville, observe Vincent Béal. Cela a été stoppé par Gaël Perdriau [ex-LR] en 2014, avec le retour d’une idéologie plus favorable à la voiture. »

« C’est un tournant dans la vie politique de Saint-Étienne »

Une autre grande leçon de cette élection concerne justement l’ancien maire Gaël Perdriau, condamné en première instance le 1er décembre 2025 à cinq ans de prison et d’inéligibilité pour complicité de chantage, association de malfaiteurs et détournement de fonds publics dans l’affaire dite « de la sextape ». Il a depuis fait appel. Révélé par Mediapart en août 2022, ce scandale a terni l’image de la quatorzième ville de France et bloqué les rouages de la mairie : conseils municipaux sous haute tension, départs de chefs de service, boycott des ministres.

Au-delà de Gaël Perdriau, cette élection marque un tournant pour tout le courant de centre-droit historiquement majoritaire à Saint-Étienne depuis 1947, qui a été balayé comme jamais. En effet, le principal groupe d’opposition est désormais celui du RN, arrivé deuxième avec 26,68 % des voix. Un score historique pour ce parti, habitué depuis 1989 à ne pas dépasser les 15 % au second tour quand il y parvenait.

Gare de Saint-Étienne, en Auvergne-Rhône-Alpes, en 2020. © Christian Goupi / Robert Harding RF / Robertharding via AFP

Défis climatiques

Derrière la victoire symbolique et politique des écologistes, une question cruciale était en jeu dans cette élection, celle du climat. Car malgré sa situation géographique privilégiée, à 500 mètres d’altitude et entourée de sites naturels très accessibles du centre-ville (Pilat, Forez, gorges de la Loire), Saint-Étienne doit affronter d’importants défis liés au changement climatique.

Les études de Météo-France la classent parmi les villes qui seront le plus touchées par le réchauffement climatique. Et ce, dès 2030. « Il y a un enjeu politique très fort à Saint-Étienne par rapport aux pics de canicule, confirme Natacha Gondran, professeure à l’École des mines de Saint-Étienne au sein du laboratoire Environnement-Ville-Société. La ville risque de connaître, dans quelques années, des nuits où la température sera trop élevée pour permettre au corps de se reposer. »

Pour faire face à cette menace et combler le retard accumulé ces dernières années, la nouvelle majorité a prévu une batterie de mesures. « Comme nous ne pouvons pas refaire toutes les places qui ont été bétonnées, nous végétaliserons dès que ce sera possible techniquement et financièrement, de façon adaptée et intelligente, explique Olivier Longeon, nouveau conseiller municipal (Les Écologistes), tête de liste écologiste aux élections municipales de 2008, 2014 et 2020. On n’est par exemple pas obligés de planter des arbres partout, parfois des plantes suffisent à canaliser l’eau et apporter de la fraîcheur. »

Pistes cyclables et serres municipales

Deux décisions très symboliques ont par ailleurs été annoncées : faire réapparaître par endroits le Furan, une rivière qui passe sous la ville, et la réouverture des serres municipales créées dans les années 1950 qui produisaient jusqu’à 150 000 plants par an, fermées par Gaël Perdriau en 2023. « Les serres permettent à la fois de disposer de notre propre parc de ressources végétales et d’un outil formidable pour faire de la pédagogie auprès des habitants », déclare Julie Tokhi.

Saint-Étienne est par ailleurs abonnée aux dernières places d’un autre type de classement, celui des grandes villes cyclables. « Je participe à un garage collectif de vélos et je reçois régulièrement des témoignages de personnes qui abandonnent parce qu’elles ont peur de rouler en ville ou parce qu’elles ont eu de petits accidents », constate Natacha Gondran.

Peu nombreuses, les pistes cyclables se trouvent en effet parfois prolongées de façon soudaine par un tronçon de route ou par un trottoir, interrompues par un rond-point ou un élément de voirie. « Nous allons tout faire pour rendre le vélo praticable dans Saint-Étienne, mais c’est un domaine qui concerne surtout la Métropole », précise Julie Tokhi. Une Métropole incontournable dans un autre domaine crucial, l’artificialisation des sols.

Ultime campagne

Depuis les années 1960, des habitants de la classe moyenne quittent en effet Saint-Étienne (passée de 220 000 habitants en 1975 à 170 000 en 2015) pour des villes de la périphérie qui grandissent sans retenue et sans politique de régulation intercommunale, formant chaque jour des bouchons dignes du périphérique parisien.

« Le contrôle de l’urbanisation est l’une des questions majeures que devra affronter la nouvelle majorité en investissant l’échelle intercommunale, analyse Vincent Béal. Aucune politique de transition écologique ne peut obtenir de résultats probants si elle ne renverse pas l’ordre social et territorial qui amplifie les problèmes liés au changement climatique. »

Pour que la nouvelle majorité puisse pleinement engager son projet de transition écologique, une dernière victoire reste donc à obtenir, celle de la Métropole. Les élus de Saint-Étienne vont devoir faire preuve d’un sens aigu de la négociation auprès de ceux des 52 autres communes pour obtenir la présidence. L’élection devrait se dérouler mi-avril.



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