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Municipales 2026

Municipales : « La politique à la télé, c’est la prime à l’outrance »

Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, sur laquelle se concentrent les attaques médiatiques et politiques.

Municipales — La France insoumise subit des attaques de toutes parts. Mais la stratégie de diabolisation du parti par une partie de la classe politique et des médias n’a pas eu d’effets sur le scrutin, indiquent des experts.

« Haro sur La France insoumise 24 heures sur 24 sur toutes les chaînes » : c’est ainsi que Jérémie Younes de l’observatoire des médias Acrimed et auteur d’un article à ce sujet décrit la campagne de diabolisation que subit le parti de Jean-Luc Mélenchon. C’est aussi le constat dressé par Arrêt sur images, qui a listé dans une émission les critiques acerbes reçues par LFI.

Les alliances au second tour des élections municipales entre les candidats socialistes et insoumis ont été décrites ad nauseam comme « des accords de la honte » dans l’entre-deux-tours du scrutin. Que ce soit sous la forme d’une question posée par le journaliste Jean-François Achilli à Agnès Pannier-Runacher sur Sud Radio, une affirmation de Jean-Michel Aulas, le candidat de la droite et du centre à Lyon sur Franceinfo, dans la bouche de Manuel Valls sur CNews ou dans celle de l’éditorialiste Laurent Tessier sur Europe 1.

Exclusion de LFI de l’arc républicain

Si la diabolisation de La France insoumise a été façonnée par la droite et le centre et reprise par certains membres du Parti socialiste, elle a pu profiter de l’écho du système médiatique. « La politique à la télé, c’est le règne du commentaire, la prime à l’outrance, à l’analyse qui tient en une minute, ce qui favorise par construction les idées de droite », observe Jérémie Younes.

Dans ce dispositif médiatique, « les éditorialistes jouent un rôle majeur dans la diabolisation de LFI, indique-t-il. Ce sont souvent des rédacteurs en chef qui possèdent le pouvoir de légitimation, de mise à l’agenda, et de cadrage. On remarque parmi eux une formidable unicité : ils et elles partagent les mêmes constats, se posent les mêmes questions, et ont les mêmes réponses... à peu près toutes et tous très hostiles à LFI. »

« La reprise de ces mêmes éléments de langage à travers les médias est le symptôme d’une large campagne de diabolisation et d’exclusion de La France insoumise de l’arc républicain », pointe Benjamin Tainturier, docteur en sociologie, spécialiste de l’influence des discours d’extrême droite sur le champ médiatique français.

Ce traitement médiatique n’est pas réservé à LFI, assure Jérémie Younes d’Acrimed, mais touche depuis de nombreuses années tous ceux, à gauche, « qui brisent les consensus journalistiques sur le néolibéralisme, sur les guerres impérialistes, sur les questions de racisme, de violences policières ou d’islamophobie, qu’ils viennent du monde politique, associatif ou universitaire. Mais il est vrai que nous assistons à une accélération particulièrement violente de ce processus contre ce parti. »

LFI décrite comme un bastion de l’antisémitisme

La France insoumise est décrite par ses adversaires comme le nouveau bastion de l’antisémitisme, plus encore que le Rassemblement national. Les accusations d’antisémitisme sont anciennes [1] mais ces attaques se sont récemment appuyées sur les propos de Jean-Luc Mélenchon concernant la prononciation des noms du pédocriminel Jeffrey Epstein et du politique Raphaël Glucksmann. « L’accusation d’antisémitisme est un outil très puissant pour discréditer un parti », souligne Benjamin Tainturier. Le fait que le philosophe Raphaël Enthoven ait été relaxé du délit d’injure après avoir qualifié La France insoumise de « passionnément antisémite » a marqué une étape. « Les adversaires de LFI s’en sont saisi, relève le sociologue. Dire que le parti dans son ensemble est antisémite est problématique, mais on ne peut pas le reprocher légalement. Ça exonère de toute forme d’explication et ça tue le débat. »

« L’accusation d’antisémitisme est un outil très puissant pour discréditer un parti »

Les adversaires de LFI s’appuient également sur la mort du jeune néonazi Quentin Deranque, décédé à Lyon après un affrontement avec la Jeune garde, pour clamer que les insoumis rendent légitime la violence politique. « Je suis terrifié de ce qui se passe à gauche, a déclaré le garde des Sceaux Gérald Darmanin sur France 2, le 17 mars. Comment le Parti socialiste peut-il s’allier avec des personnes qui ont eu en leur sein des personnes extrêmement violentes  ? Je pense à monsieur Raphaël Arnault [ancien porte-parole de la Jeune garde, aujourd’hui député de La France insoumise]. »

Un discours qui s’adresse aux convaincus

Selon Jérémie Younes, il n’est pas démontré que les insoumis « sont plus violents dans les idées, le programme ou les déclarations que les autres partis. J’aimerais qu’il existe des études sérieuses pour vérifier si le discours de Mathilde Panot est plus "violent" que celui, disons, de Marc Ferracci [député EPR]. » Néanmoins, comme le pointe Isabelle Veyrat-Masson, historienne et sociologue des médias, spécialiste de la communication politique : « Les journalistes n’ont pas inventé les liens entre les insoumis et la Jeune garde, ni la présence du collaborateur d’un parlementaire insoumis ce jour-là. Ces bagarres ne pouvaient être que renvoyées à la question des insoumis. »

Qu’entraîne ce battage médiatique dans l’isoloir ? « Tous nos travaux montrent un effet limité des médias : il y a une vraie liberté de la part des citoyens », pointe Isabelle Veyrat-Masson. « Les personnes auxquelles ces médias s’adressent sont déjà convaincues que La France insoumise pose un problème, et les électeurs insoumis vont être confirmés dans leur discours, abonde Benjamin Tainturier. En revanche cette diabolisation peut avoir un effet de démoralisation et de démobilisation. Quand on est un élément de LFI, ça doit être compliqué à vivre au quotidien. »



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