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Canicule

L’Inde s’étonne : pourquoi la France est-elle si peu préparée aux canicules ?

Un homme se rafraîchit à Saumur, dans le Maine-et-Loire (photo d'illustration).

Même les touristes asiatiques rompus aux climats tropicaux ont été saisis par la violence de la canicule et la panique sur le Vieux Continent. En Inde, la presse s’interroge : pourquoi l’Europe ne se prépare-t-elle pas sérieusement au chaos climatique ?

Quand je me regarde, je me désole ; quand je me compare, je me console. « Bien que je sois habitué à des chaleurs similaires en Asie, celle que j’ai ressentie ici semblait presque anormale », raconte à Reporterre Prateek, Indien de 35 ans, qui rendait visite à des amis en France fin juin. « L’humidité accentue la chaleur étouffante, surtout dans les rues, qui rayonnent de chaleur après la tombée de la nuit. Les urbanistes qui ont imaginé Paris n’ont pas anticipé un tel changement climatique. » Il est depuis rentré en Inde, à l’ombre des grands arbres de la ville de Bangalore, où il fait… moins chaud !

Comme lui, certains visiteurs décrivent un sentiment de canicule à la fois familier… et déstabilisant. « Avec la vague de chaleur en Europe, on se sent comme à la maison », titre Shrutikantha Kandali dans le magazine Down To Earth, où elle raconte son voyage en France. « Ce ne sont pas tant les températures qui m’ont surprise, mais de voir des villes où la marche et le vélo sont centraux, face à une canicule qu’elles n’ont pas été conçues pour affronter. » Et de s’interroger : « Combien de temps ces villes peuvent-elles résister au dérèglement climatique ? »

Lire aussi : « Le débat sur la climatisation est une diversion »

Avec 43 °C en avril à New Delhi cette année, l’Inde n’est évidemment pas épargnée par les vagues de chaleur, de plus en plus chaudes et précoces. À températures égales, celles-ci sont néanmoins ressenties très différemment d’un point à l’autre du globe, explique le climatologue indien Chandra Bhushan à Reporterre. « En Europe, les canicules surviennent brutalement. À Londres, elle est arrivée juste après une semaine pluvieuse, alors qu’en Inde, les températures augmentent progressivement, ce qui permet à l’organisme de s’acclimater. D’autre part, en été, l’Europe reçoit seize heures de soleil par jour, ce qui laisse moins de temps pour se refroidir la nuit. »

Manque de préparation

Il n’y a pas que le choc des organismes. Réseaux électriques et infrastructures qui déraillent, incendies, hôpitaux, écoles et maisons de retraite sous pression… Autant d’images qui poussent la presse à s’interroger : pourquoi l’Europe peine-t-elle à faire face aux vagues de chaleur que l’Inde connaît chaque été ? « Pendant des décennies, cela n’a pas été nécessaire, ses habitations et ses infrastructures ont plutôt été conçues pour des hivers glaciaux, avance The New Indian Express dans une vidéo. À l’inverse, les maisons en Inde sont conçues pour résister aux fortes températures avec de hauts plafonds, des sols en pierre ou carrelage, des vérandas. »

L’absence de climatisation suscite aussi la surprise, elle qui est généralisée dans les grandes villes d’Asie — en tout cas pour les classes moyennes. « Pendant très longtemps, l’Europe a manifesté une certaine réticence, les Français en particulier considérant les climatiseurs comme des équipements vulgaires et typiquement américains », explique The Indian Express. Le journal note que ce débat sur la clim s’est invité dans la campagne électorale française, l’extrême droite vantant sa généralisation comme une solution, d’autres mettant en garde contre une stratégie contre-productive. En effet, le tout-climatisation est un bel exemple de maladaptation au chaos climatique, car elle émet des gaz à effet de serre et contribue aux phénomènes des îlots de chaleur urbains.

« La plupart des logements ne sont même pas équipés de ventilateurs »

Pour sauver « l’aménagement urbain admirable » des villes européennes, on ne peut pas faire l’économie de la climatisation, met cependant en garde Down To Earth. « Si les transports en commun deviennent trop pénibles par temps chaud, les personnes disposant d’une voiture climatisée s’y réfugieront et celles qui n’en ont pas en pâtiront. » Une fracture que l’Inde, société très inégalitaire, connaît bien… « Ce qui me frappe le plus, c’est le manque de préparation de l’Europe alors que les avertissements de la science climatique ne sont pas nouveaux, conclut Chandra Bhushan. La plupart des logements ne sont même pas équipés de ventilateurs ou de rafraîchisseurs d’air par évaporation. Il existe un immense potentiel de partage d’expérience entre l’Europe et l’Inde face aux chaleurs extrêmes. »

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